GE&PIT
MoB^ement sur les frontièros de h Suède. — Patknl, gentil** homme Uyonien , est condamné à mort. — U s'éyade et vient exciter le roi Auguste et le czar Pierre à déclarer h guerre à la Snède.— Siège de Riga.— Charles Xn.— Ses succès sur les Russes. — U les chasse de Nerva.— Fermeté inébranlable de Pierre dans le malheur. — Ses préparatifs contre les Suédois. — Patkul , qui passe à son service , discipline les Moscovites. — Nouvelle campagne contre les Suédois. — Siège et prise de Notebourg par Tarmée russe. — Rentrée triomphante de Pierre à Moscou. — Il poursuit ses réformes et fonde Saint-Pétersbourg à Tembouch are de la Neva. — Il «niége Nerva et Dept.— Prise de Nerva et de toute llngrie. — Bataille de Kalish. — L'envoyé de France en Saxe veut réconcilier Charles XII et Pierre I«'. Le roi de Suède reftd» de fiiire la paix.
Tandis que Pierre poursuivait traequiUeineiit le cours de ses diverses réformes, qui ne fut troublé que par la conspiration des strélitz , un
PIBM»*4iBHMMaH>. 79
graad «Aowrtaient avmthlièiî yen les frontières de Jv-Snèdéi Les PetoHiiraTaient abandonné au rai CMiMes XI , père de Chartes XII , ayée rEstonfé enrta^e > presqne tonte la Lironie : demlèM'proiin^ qui fut cédée , selon Tnsage , soor la condflîon qn'dle garderait tous ses priySég^^ Lé despotique Charles XI les respecta peu. Jean fteynokl Patkul , gentilhomme liyo-> nie» y à ta tète de six députés de la proyince, était yenu (1692) porter au pied du trône, à Stockbohn , des plaintes respectueuses , mais énergiques. Pour toute réponse , on jette en prisa» tes six députés , et l'on condamne Patlcul à piordre l'honneur et la yie. Il s'éyade , et reste qudk|(setemps en Suisse , dans le paysde Yaud. Puis , ayant appris qu'à son ayénement au trône de Pologne , l'électeur de Saxe Auguste ayait promis de recouyrer les proyinces usurpées par les Suédois, court à Dresde représenter combien il était facile de reprendre lia Liyonie et de se yenger sur un roi de dix-sept ans
8Ct ; PIERBB-LB-CffiAIlD.
(GtmAes XU) des injiisies cbnqaMes de ses ancéirés. Pierre songeait dans le inèmè iétaçs à s'empara* de Tlngrie et de la Carélie, proyincea qne les Russes avaient possédées, et dqnt les Suédois s'élaient rendus maîtres.
Palkul va de Dresde à Moscou; dans ces deux capitales , animant le czar et le roi Auguste , les poussant à embrasser les intérêts de sa vengeance personnelle , il cimente leur Union et'hâte leurs préparatifs de guerre.
Précisément, à la même époque, Frédéric IV, nouveau roi de Danemark, se liguait avec la Pologne et la Russie contre le j^me Charles XII. Patkul eut la satisfaction , bien douce pour son propre ressentiment , d'assiéger les Suédois dans Riga , capitale de la livonie , et de presser le siège ^ en qualité de majorgénéral.
Pierre fit marcher vers Tlngrie soixante mille hommes environ. Dans cette armée nombreuse on ne pouvait guère compter, il est
PIERRE-LE-GRANB. 81
vrai , que douze mille soldats bien aguerris » et dificiplinés par le czar lui-m^e. Des niilices mal armées composaient le reste des troupes.
Pierre met le siège devant la petite ville de Nerva. Se croyant sûr de la prendre , il part et se rend à Novogorod , amenant avec lui son favori Menzikoff y personnage d'une singulière fortune , simple garçon pâtissier qui devient fdd-marèchal et prince de Tempire. Le czar avait laissé son armée et ses instructions pour la conduite du siège au duc de Croy , originaire de Flandre , et depuis peu de temps à son service. Le prince Dolgorouki fut commissaire de l'armée. La jalousie des deuxchefe et l'absence d'un monarque dont la vue seule inspirait du coulrage , f uraat cause y en partie , de la défaite inouïe de Nerva.
Charles XII , au mois d'octobre , débarque avec ses troupes à Pemau, en livonie; il pousse vers le Nord, à Revel, et défait un corps avancé de Russes. Dans sa marche
rapide U en bat encore un autre; LesAiyards se repKent sur Merva ; repirés au camp*, îld'j répandent répiwivanie. Déjàr l'on était en novembre. Quoique mal assiégée, la viDe était près de se rendre. Le jeime roi de Suède n*a pas encore neuf mifie hommes sous ses ordres; U ne peut opposer que dît pièces d'artillerie ara cent quarante-cinq canons qui bordent les retranchements moscovites. Charles ne balance pas* à charger , avec ses quelques soldats , une armée si supérieure en nombre. Profitant de la violence du vent et d'une forte neige que ce vent portait contre les ennemis , il s'élance sur leurs retranchements. Ne pouvant s'imaginer qu'ils n'ont qu'une poignée d'hommes à combattre , les Russes n'eurent pas même le temps de se reconnaître.
Le duc de Croy veut donner ses ordres , le prince Dolgorouki refuse de les recevoir. Chacun déserte son poste ; le tumulte y la conftision , une terreur panique se répandent dans
PIÉRRE-LEH3RAND. 83
fonte l*année. Les troupes suédoises n'ont plus alors qu'à tner des hommes qui foient. Charliés , mattre de' toute l'artinene russe , voit tomber à ses ineds trente miDe vaincus , jetant leurs armes et défilant nu4éte devant lui. Les prisonniers étaient quatre fois plus nombreux que les vainqueurs. La terreur et Tindiscipline firent presque tout dans cette journée. Chose incontestable et singulière, le roi de Suéde permit à la moitié des soldats russes de s'en retourner désarmés , et l'autre moitié fut libre de repasser la rivière avec leurs armes I Etrange confiance qui rendit au czar des troupes que la discipline acheva d'aguerrir.
Nerva délivrée, les débris de l'armée vaincue n'osant pas reparaître, tout le pays ouvert jusqu'à Pleskou , Pierre semblait être privé de toute ressource pour soutenir la guerre. Mais comme le fonds de son caractère était une constance d'âme inébranlable , il ne se rebuta dans aucune de ses entreprises.
84 PIERRE'LE-GftAND.
Vers la fin de novembre (1700)» il avait laissé ses troupes devant Nerva , pour se con-* certer avec le roi de Pdogne , lorsqu'il apprit en diemin la victoire des Suédois. Empressé d'apporter un prompt remède au désordre des affaires, il ajourna ses conférences avec Auguste. Les soldats dispersés se rencUrent à Novogorod-la-Grande , puis à Pleskou, sur le lac Peipus. Après un si rude échec, c'était beaucoup pour le czar de se tenir sur la défensive. « Je sais bien , (Usait-il , que les Suédois seront longtemps vainqueurs ; mais ils finiront par nous apprendre à les vaincre. »
Après avoir pourvu aux premiers besoins et ordonné des levées partout , Pierre accourt dans sa capitale pour y faire fondre du canon. Au mUieu de ces préparatifs , il négociait avec
le roi de Danemark. Ce dernier devait lui
fournir six régiments; vaincu lui-même par Charles XII dont il était cousin, il n'osa remplir la promesse à laquelle il s'était engagé.
PlBRU^LEHiRAKD. 85
!Pierre ne trouvait, en outre , qu'un allié peu puissant dans le roi Auguste , et qu'un faible secours dans les Saxons. Là terreur que Charles inspirait en tous lieux avait réduit le czar à ne se soutenir que par ses propres forces. Cette terreur ne fit qu'augmenter quand , traversant la Dwina , malgré les troupes saxonnes campées avantageusement sur le bord opposé , le jeune inrince eut remporté une victoire complète; quand , sans attendre un moment , il eut soumis la Courlande , et qu'on le vit s'avancer en Lithuanie; lorsque enfin la faction polonaise^ ennemie d'Auguste , fut encouragée par le roi de Suède , toujours victorieux.
Le czar n'en persévéra pas moins dans tous ses projets. Le général Patkul, qui était passé à son service , (Msciplinait ses Moscovites et lui tenait lieu de Lefort. Il perfectionnait ce que l'antre n'avait fait qu'ébaucher.
A l'occident de Novogorod est le grand lac Pdpus , qui baigne les murs de Nerva , près
86 PiBBBB-LB-GRAIfD.
de taqneUe Oiarles XII ayait remporté sa niémorable victoire. Ce fat sur ce lac que , pendant' toute l'année 1701 , Pierre fit construire cent demi-galères, portant diacune environ cinquante honmies; d'autres barques forent mises en état de guerre sur le lac Ladoga. Le czaar, en 1702, s'occupait à joindre par des canaux la Baltique , le Pont-Euxin et la mer Caqpienne; il creusait déjà le profond canal qui va du TanaYs au Volga. D'autres monarques emploient les loisirs de la paix à construire des ouvrages publics. Pierre , comme on le voit , end>rassaît des travaux bien plus grands encore après une désastreuse défaite , et lorsqu'il avait à soutenir une guerre terrible.
Pendant que Charles XII ravageait la Pologne, Pierre F' faisait venir de ce royaume et de la Saxe à Moscou , des bergers et des brebis , pour en avoir des laines avec lesqueDés on pût fabriquer de bons draps ; il établissait dés manufactures ; il fouillait les mines de la
PIERRE-LE-GRAHB. 87
Sibérie ; il ne-trayaillàit pas-moins ardemment à enrichir ses États qu'à les défendre.
li y eot , cette même année , qaelques légers combats entrer les Suédois et les Rnases. Les praniers ne forent pas tonjours vainqueurs; et m^ne dans les rencontres où ils obtenaient Tayantage, les Russes, quoique vaincus, 8'aguarrissaient. Une année enfin après la bataille deNerva, Pierre avait déjà des soldats si bien disciplinés, qu'ils défirent, sous le commandement d*un chef russe, un des plus habiles généraux de Charles xn. Si, d'un côté, ce prince avançait en Pologne, les Russes, de l'antre, pénétraient en Ingrie et en livonie. Le maréchal Sheremetof marche à la rencontre des Suédois , que commandait Slipenback ; il hii livre bataille auprès de la petite rivière d'Embac , et remporte la victoire : seize drapeaux et vingt canons tombent en son pouvoir. H avance, met tout à contribution, et prend la petite viUe de Marien-
88 ■ PIERBE-LE-GKAIIB.
bourg sur les frontières de Fliigrie et de la Livonie.
Marienbonrg s'étant rendae à discrétion , les Suédois mettent le feu aux magasins; puis, après eux, les Russes détruisent la ville, et emmènent captifs tout ce qu'ils trouvent d'habitants. Parmi ceux-ci était une jeune Livc^ nienne, élevée chez le ministre luthérien du lieu y nonuné Gluck; elle fut au nombre des prisonnières: cette même jeune fille devint , dans la suite , czarine de ceux qui l'avaient enunenée en captivité ; c'est elle qui gouverna la Russie y après la mort de Pierre-le-Grand, sous le nom de l'impératrice Catherine l^.
Notebourgy place très-forte et bâtie dans une lie du lac Ladoga , dominait sur ce lac.
Sa possession rendait maître du cours de la Neva qui tombe dans la mer. Le czar la fit battre en brèche y nuit et jour , depuis le 18. septembre jusqu'au 12 octobre. Enfin ses troupes montent à l'assaut sur trois points dif-
PUEUB-LE-OEAMD. 89
férenis. La garnison saédoîse était réduite à une centaine de soldats , qui seuls fussent capables de se défendre; ils se défendirent: ils obtinrent sur la brèche même une honorable caiHtulation. Encore le colonel Slipenback , qui commandait dans la place , ne voulut-il se rendre qu'à condition qu'on lui permettrait de faire venir, du poste le plus voisin , deux officiers suédois pour examiner les brèches , et pour rapporter au roi son maître que quatre-vingttrois combattants qui restaient alors ne s*étaient rendus à une armée tout entière que dans Timpossibilité matérielle de pouvoir plus longtemps résister par la force des armes. Si ce trait seul fait voir combien les ennemis du czar étai^it redoutables, il montre aussi de quelle nécessité avaient été pour ce réformateur ses eiforts continus et sa discipline militaire.
n distribua des médailles d'or aux officiers et décerna des récompenses à tous les soldats; mais il en fit punir quelques-uns qui avaient
90 PIERRE-LE-OBANO.
pris Ia> fîiite à Fun des assauts : leurs carnUK rades , après leur avoir craché au visage y k» arquebusèreitt pour joindre le supplice à tl hofife. On répara Notebourg. Le premier gou^ vemeur de cette ville fut Menrikoff, deventi excellent officier. Son exemple était un stinnh lant pour quiconque avait du mérite sans ai|iîr de naissance. A la fin de cette campagne (1702), Pierre ordonna que Sheremetof et fous les officiers qui s'étaient signalés fissent leur entrée triomphante à Moscou. Durant le peu de temps où il y resta lui-même , à l'ouverture de l'hiver de 1703 y il fit exécuter tous ses règlements nouveaux ; il s'appliqua surtout à perfectionner l'administration civile et militaire.
Ses divertissements eux-mêmes contribuaient à faire goûter le nouveau genre de vie qu'A voulait introduire parmi les siens. Ayant invité les dames et tous les boîards aux noees d'un de se» bouffons > il exigea que tout le monde y parât habiHé selon l'ancienne mode. La tabto
PIBn»HLE'*«IIMm; 91
Cxit ierviecoMne dus les repas da \Yf siëde.
^Kjïïemïtiqm svperslitioii ne permettant point
^'aftolnerda feu le jour d^nn mariage, mêm»
^|)end«H[it:im firmd'«xcesBiFy Pierre fit observer
séf AiciB e ni cet usage le jour de la fftCe. Autre»
foîs'lesilaBBOi ne bayaient pas de yin , mab dé
reeu^e-vie^et de Thydromel; il défendit, ce
joaQ4à> toute autre boisson cpie de Thydromel
et de Teau-de-vie. Tous les convives , les dames
surtout 9 de (aire la grimace et de se pincer
les lèvres-; on éclatait vainement en plaintes :
« C'est ainsi qu'en u'^aient vos aïeux, disait
Pierre d'un ton raiHeur , les vieilles coutumes
sont toujours les meilleures. » Cette plaisanterie
ne servit pas médiocrement à corriger ceux
qui continûment de préférer au présent le
temps passé. Les murmures des vieux boïards
en perdirent au moins beaucoup de leur effets
Mais< un établissement plus sérieux et phw
utile fut celui d'une imprimerie en caract^es
latins e( russes; tous les instruments avaient
92 PIERBE-LE-ORAHD;
été tirés de Hollande. On commença dès lord à imprimer des traductions moscovites de quelques livres sur les arts et sur la morale. Fergusson Créa des écoles de géométrie , d*astiro^ nomie et de navigation. Une fondation {dus nécessaire encore et plus philanthropique fut celle d'un vaste hôpital, tel que le czar en avait vu dans Amsterdam , où l'on faisait travàiQer les vieillards et les enfants.
Grâce à l'industrieuse activité du monarque , tout respirait la guerre dans ses États y tandis qu'il favorisait à Moscou les arts de la paix. H découvrait à la fois dans Olonitz une source d'eaux minérales pour les malades, et courait fortifier Notebourg. Jaloux de passer par tous les grades militaires , il était lieutenant des bombardiers sous Menzikoff , avant qu'il l'eût fait gouverneur de Notebourg ; il prit dors le titre dé capitaine , et voulut servir sous lé maréchal Sheremetof.
Après la prise du fort de Nya , voisin de la
PI£R1Œ-LE-ORAlCD. 93
Néya » il résolut enfin de bâUr Saint-Pétersbourg à r^nbouchure de la Neva, sur le golfe de Finlande. Les affaires du roi Auguste étaient ruinées et désespérées; ses amis eux-mêmes rayaient comme forcé de renvoyer au czar près de vingt mille Russes qui fortifiaient son armée. C'était» lui disaientrils , ôter aux mécontents j par ce sacrifice , le prétexte de se joindre aux Suédois. Ces vingt mille Russes , qn^avait disciplinés Patkul, rendirent d'utiles services au czar en Ingrie et en Livonie, pentoit qu'Auguste achevait de perdre ses États. Le renfort des vingt mille soldats » au contraire , et la possession de Nya surtout » mirent Pierre en état de fonder la nouvelle capitale.
Ce (ht dan9 un terrain désert et marécageux , ne communiquant à la terre ferme que par une seule route , que l'on posa les premiers fondements de Saint-Pétersbourg. On commença d'abord par construire un petit fort dans une destles aujourd'hui situées au centre de la ville ;
. 9Jk HSmBE-LE-aftâHD.
^t rilot de Crondoi devint, dès Fanaée 1704, une dtadelle biexpugnable, son» le canMi de laquelle poiivaieni se tenir à Tabri les plus .{psandes flottes.
Ces ouvrages semblaient demander un temps
de imix » et le czar les exécntait au milieu de la
guerre. La difficulté, Tinégalité du terrain
' qu'il Mut raffermir et exhausser, les obatacles
. inattendus et renaissants à chaque pas, lesma-
ladies épidémiques , rien ne rrimta ropiniâtre
fondateur ; en cinq mob de temps , il eut une
/^e. Mais ce n'était encore qu'un assemblage
, de cabanes, avec deux maisons de braque,
entourées de r^parts. A peine dnq mois,
répétons4e, s'étment-ils écoulés depuiBvla km-
. dation de Saint-Pétersbourg , qu'un vaisseau
hollandais y vint trafiquer ; le paUron reçut des
gratifications,, et les vaisseaux de la BoUande
apprirent bientôt le ehemin de Saint-Péters-
>bottffg*
Pierre va passer ensuite l'hiver à M«ieou,
^ NVWE-LE-CUUIfD. V 95
pour 7 établir d'une manière progressive tous les diangements qu'il introduisait dans les \xÀs , dans les moefors y dans les coutumes. D r^le ses finances , dans lesquelles 9 met un nouvel ordre ; il active les travaux commencés £fnr la.Yéronise, dans Azov, et dans un port qu'il creusait sur les Palus-Méotides , sous le fort de Taganrocb. La Turquie , alarmée , lui envoie un ambassadeur pour se plaindre de tous ces préparatifs. « Je suis , répondit-il , le maître dans mes États , comme Test le sultan dans les siens , et ce n*est point enfreindre la paix que de rendre la Russie respectable sur le PontrEuxin. »
Gependaat^ pour raffermir en Ingrie, et pour réparer entièrement le désastre de Narva , Piénre avait besoin de prendre enfin cette ville. On Tasnége donc par terre et par mer y et Ton issiégeaii même teoo^ la i^ace de ^erpi, dans l'Estonie. Le czar courait iBcessamnnent, de Ifnn à l'autre siège y presser les attaques et
96 nERRE-LE-GBAND.
diriger toutes les opérations. Auprès de Dapt » ville fondée par Gustave-Adolphe et qui pos3édait une université , s'étaient postés environ deux mille cinq cents Suédois , sous les ordres du général Slipenback. Pierre allait livrer un assaut général , quand la ville capitula. Puis il éprouva contre ces mêmes Suédois plusieurs échecs dont Charles XII dédaigna de profiter , ce prince ne songeant alors qu'à détrôner Auguste*
Le 12 juillet 170& , un simple colonel suédois y à la tête d'un seul détachement , avait fait élire par la noblesse un nouveau roi de Pologne. Tout cédait à la force ; l'élection de Stanislas Leczinski venait d'avoir lieu ; Charles le fit reconnaître dan» une grande partie de la Pologne. Loin d'abandonné le prince déchu du trône y plus il fut malheureux , plus le czar s'empressa de lui prodiguer ses secours. Pendant que son victorieux adversaire faisait des rois y Pierre V^ battait en détail les généraux
«uédoiB énDB riDgrie et dans l'Ettonie. Il ^[^arait au nége de Nenra, et faisait donner des assauts coup sur coup. Il y avait trois iMstions fameux , par leurs noms du moins , appelés la Victoire , l'Honneur et la Gloire. Pierre les emporta tous trois Tépée à la main. Les assiégeants seprédpitent dans la ville , la piSent y et y commettent toutes les cruautés qui n'^ai^dt que trop communes entre les deux nations. Le cxar courut de tous côtés pour faire cesser le . pillage et les massacres ; il arracba des finnmes aux mains de la soldatesque furieuse ; enfin, après avoir tué deux de ces forcenés qui refusaiait de lui obéir, il^ entre à rhAtel de ville, où tes citoyens s'étaient réfugiés en foule i et là, posant son épée sanglante sur la tatde : « Habitants de Nerva, s*écrie-t-il , ce n'est pas de votre sang que cette épée eA tdnte y mais du sang de mes soldats , que j'ai v^rsé pour vous sauver la vie. j» Tcmte ringrie étapt en son pouvoir, il con^
98 VaSBOIEr-lEr-GA»!^.
lira te gouvem^nent de cette provinee à HenvkéSy en y ajoutant le titre de prince et le rang de général-major. A peine est-fl établi dans Nerva , qu'il ofire de nouveaux secours an roi de Pologne détrôné ; dès que la campagne peut s'ouvrir , il court joindre les troupes qu'il avait envoyées sur les frontières de la lithuanie pour protéger Auguste. Mais tandis qu'il prête k son allié sa généreuse assistance , des vaisseaux suédois s'avancent pour détruire Saint- Pétersbourg et Cronslot dès leur fondation.
La flotte suédoise est repoussée partout , et sa ville naissante reste tranquille.
Ces progrès successif du czar n'empêchaient pas cependant que les soldats de Charles XII , bien qu'inférieurs en nombre , n'eussent toujours l'avantage dans toutes les rencontres où Texpérience et la disdpline l'emportent. Mais après trois batailles ainsi perdues , à Gémevers » k Jacobstad , à Nerva , Pierre avait l'art de réparer ses pertes , et même d'en profiter. La
PIBRRS-LE-^UIIID. 99^
^loavdle ne s'était pas moins répandue, dans Lont son empire , qu'il avait été com[détement débit à la journée de tiémevers. Ce bruit exdtant aux armes un reste d'anciens strélitz en garnison dans Astrakan, les révoltés mas^crèrent le gouverneur de la ville ; et le czar fut forcé d'y envoyer un corps de troupes commandé par le maréclial Sheremetof , pour soumettre et punir les rebelles.
En vain tout au dehors comme à l'intérieur conspirait contre lui , rien ne put un seul instant le décourager. Il partageait alors vérita- Uement avec le héros suédois la gloire de dominer en Pologne ; s'étant avancé jusqu'à Tikoczin » il y vit le roi Auguste pour la seconde fois ; ils se rendirent tous deux ensemble à Grodno , capitale de la Lithuanie , où ils restèrent jusqu'au 15 décembre. Le czar, ^en partant , laissa de l'argent et des troupes à son malheureux allié ; puis , selon ses habitudes , il aUa passer une partie de l'hiver à Moscou , pour
IM
■ efllrail dM§ » cifiulr , 4mb1 i appical
fe nii ût Swt&tp pflrtiNÉ fitioïKiiXy sTft»
▼aieefcrsGffodM p<wr i whiHir aop araiée.
ht m Av^oBte, rédoil i finry tt replnit Ci toute hite sur h Saxe ; qoatre régnants de dragons nMBCg raccompagnaient dans sa ftdte.
D'un antre côté , tandb qoe le car avait k plus grande peine à réonir ses quartiers en Litlmanie, le câtil>re SchuDemboarg , qui déjà ponyait se ^orffier d'ayoir arrêté la mardie de Charles Xn , nourrissait le juste espoir de relever les affaires d'Augoste. Lliabfle capitaine s'avançait plein d'assurance jusqu'au frontières de la Silésie.
Les douze mille Saxons et les six mille Russes conmiandés par Schullembourg étaient soutenus d'un régiment français qui , fait tout entier prisonnier à la bataille d'Hodiistet, s'était trouvé réduit à servir dans les troqpet
nBRmE-I.E-«BAlfD. 101
saxomies. La |^e de Chartes Xn avait frappé d'admiration ces Français , encore tout indignés de leur réooite défaite; ils étaient bten excusaUea : k ivoire gnerriëreeut toiyours tant de diarmes ponr des Français I Mécontents d'aillenrs do service de Saxe » où Ton ne savait pas les api»^ia* , ils posent les armes dès qu'ils foient l'ennemi 9 et demandent à être reçus parmi les Suédois. Ce fut le signal d'une déroute oompiëte; il ne se sauva pas trois bataillons russes; encore le peu de soldats qui purent s'échapper étaient-ils couverts de blessures : on tua tout te reste, sans faire quartio* k personne. Les troupes du czar, enfermées dama GfOdno» couraient les risques d'essuyer une même disgrâce et d'être enveteppées de toutes parts : Pierre sut heureusement les rassembler et même en accroître le ncnnbre. Il fait nuurdier son armée vers l'orient, sous tes ordres du prince Menzftoff, etdelà^aumidi, jusqu'à Kiovte.
102 pierre-le-gbamdI
Le roi de Saëde , malgré tontes les victoires qa'fl remportait , ne faisait réellement nulle conquête. Il poursuivait Auguste sans relAdte, toujours plus occupé d*humilier ce prince et de l'écraser du poids de sa gloire, que de rq[Mttf- <lre ringrie sur un ennemi vaincu qui la M avait enlevée.
Auguste implorait la paix ; il négociait un traité qui lui arrachait la couronne en le couvrant de honte ; il fallait le cacher aux généraux du czar, son protecteur. Ses plénipotentiaires avaient déjà signé le traité fatal pw lequel il renonçait au trône de Pologne , promettant de ne jamais reprendre le titre de roi des Polonais , et reconnaissant Stanislas. Bien plus , il abjurait l'alliance du czar, son bienfaiteur , et s'engageait à remettre au monarque suédois Jean Reynold Patkul , ambassadeur de Pierre I" et général des troupes russes; ce Patkul enfin qui combattatt naguère eiieore pour sa cause.
PIBRmB-LB-GRANIK 108
Cepandant MenzOu^, qui ne sait pas qa'Àugittte négociait avec ses «memis, loi propose de iea attaquer, n n'ose refuser : la bataille se
Hvrê auprès de Kalish, dans le palatinat même
du nouYeau roi Stanislas. Ce fut la première bataifle rangée que gagnèrent les Russes contre les, Suédois. Il est difficile de comprendre comment y après cette victoire y Auguste put ratifier un traité qui lui arrachait tout le fruit de sa victoire elle-même; mais Charles était en Saxe ; son nom inspirait une si grande terreur , Auguste était si mal conseillé , qu'il finit par signer le traité fatal. Il ne s'en tint pas là seulement : dans la lettre qu'il écrivit à son envoyé ïlnkstein , il demandait comme pardon de sa victoire ; il protestait que la bataille s'était livrée malgré lui ; enfin il s'engageait à donner au roi de Suède toutes les satisfactions convenables 9 pour avdr osé vaincre ses troupes.
n fit plus encore: sous l'impérieuse exir gence de Charles^ il écrivit une lettre defélici-
104 PIKKBB-LB-nAim.
tatkm an nouveau roi SUmidas, etUfraPaÛnd à ses ennemis les ^édois. On sait quelle fut b mort tragique de l'infortuné Livonien. Ambassadeur, général et ministre du czar , il subite
Casimir, en 1707, rhorrible supplice de b roue. Pendant ce temps-là , Charles Xn jouissait de ses triomphes dans Altranstad , prés de Leipsick; presque toutes les puissances de l'Europe lui envoyaient des ambassadeurs.
Voyant alors qu'Auguste avait abjuré le
trône et sa protection , tandis qu'une partie de
■•te la Pologne reconnaissait déjà Stanislas , Pierrie
écoute les propositions qu'on lui fait d'élire un troisième roi. On met sur les rangs le prince Ragotski. Celui-ci n'ayant pu réussir à se faire couronner, le czar voulut donner la couronne à Siniawski , grand-général de la république. On parla de paix au milieu de ces troubles. L'envoyé de France en Saxe , Busenval, s'entremit pour réconcilier Charles XII ei Pierre P'. L'entremise fut inutile. « Je traiterai de la paix avec
le czar à Moscou , d répondit fièrement le roi de Suède. Et le czar de répliquer avec non moins de fierté : a Mon fi-ère Charles veut faire r Alexandre ; mais il ne trouvera pas en moi un Darius. »