‹ Pierre Le GrandChapitre 4 sur 19 · OD · texte numérisé non relu

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CEAPITIB 11.

La gaerre continue entre Charles XII et Pierre I*'.— ffistoiie de Mazeppa. — Pierre le nomme hetman des cosaqoes de rUkraine. — Mazeppa passe au service de Charles Xn. ~~ Bataille de Pultava. Victiwre de Pierre sor les Saédois. — n bombnde Riga , capitale de la LiTonie. — n rentre triomphant & Moscon.

Charles Xn partit enfin de son qnarti^ d'AItranstad , à la tête d'une* armée de quarante-cinq mille combattants. H repasse par la Silésie et rentre en Pologne. Arrivé en Lithoanie , à quelques lieues de Grodno , il apprend que le czar est en personne dans cette ville, avec quelques troupes; suivi de huit cents gardes seulement , il court à Grodno. Un

officier allemand qui commandait un corps de troupes à l'une des portes lui livre passage ; Talarme se répand dans la ville ; tons les oflfi-* d&s assurent le czar qu'une aimée victorieuse Ta s'emparer de tous les postes. Pierre se retire au delà des remparts; Charles met trente hommes de garde à cette mtme porte par laquelle son ennemi vient de sortir.

Toutefois le roi de Suède ne pouvait faire des progrès bien rapides en s'avançant par la lithuanie vers l'orient 9 au milieu d'une saison rude , à travers des pays marécageux. D'une autre part, après avoir posté les siens dans les quartiers , sur les passages des rivières , Pierre fit tout ce qu'il put pour arrêter à chaque pas la marche de son adversaire , et courut ensuite mettre ordre à tout vers Saint-Pétersbourg.

Retenu longtemps en lithuanie par des plaies continudles , Charles s'avance enfin sur la petite rivière de la Bérésina; il taille en pièces le détachement qui gardait le passage ,

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et arrive à Hollosin , sur le ruisseau du YaUs, qui formait alors, à cause des pluies, comnie un torrent impétueux. Au delà un marais, et derrière ce marais, les Russes retranchés.

Charles franchit le Yabis et traverse encore à pied le marais. Puis , après avoir surmonté tous çesobstadesqui semblaientétre infranchissaUes pour d'autres, Tintrépide Suédois se range froidement en ordre de bataille sous le feu des Russes ; 9 attaque sept fois les retranchements ennemis, qui ne cèdent qu'à la septième charge. Pierre était donc parvenu enfin à former des troupeft aguerries; et, tout en comblant de gloire son jeune rival , cette victoire d*Hollosin devait lui faire sentir tous les périls auxquels il allait s'exposer en s'efforçant de pénétrer dans des régions si lointaines ; car , il n'y avait pas à s'y tromper , après avoir détrôné le roi de Pologne , Charles XII ne songeait plus qu'^ détrôner le czar* Celui-ci , de son côté, n'ayant nulle espérance de réconciliation avec un adva^

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saire inflexible, résdul de se défendre aussi vigooreusaBeni qa'il était attaqué.

Enfin le vainqueur est sur la rive du Borysthène ; il pousse prés d'une petite ville appelée Mohilow* Cest là qu'on doit apprendre s'il dirigera sa marche sur Moscou , du côté de Tori^ii , ou bien , au midi , vers l'Ukraine. S<m armée» ses ennemis eux-mêmes conune ses amis , tout le monde s'attendait à le voir s'avancer sur la capitale de l'empire. Quoi qu'il en soit , quelque route qu'il se décidâtà prendre , Pierre le suivait depuis Smolensk avec une armée formidable. Tout à coup , et contre l'attente générale , Charles XII prend le chemin de l'Ukraine.

Ce fiit l'hetman des Cosaques , Mazeppa , vidllard de soixante-dix ans, qui lui inspira cette résolution. Ce Mazeppa n'était pas de ces pays éloignés. Dès sa plus tendre enfance, nommé page d'un noble palatin polonais, il commit une faute grave envers son maître*

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Celui-ci le fit attacher , pour le punir, sur un cheval indompté , qui, précipitant sa course à travers les forêts pendant trois jours et trois nuits , l'entraîna dans les plus affreux déserts de l'Ukraine. Cependant quelques naturels de ces tristes climats ont aperçu le coursier haletant et sa monture. C'étaient des Cosaques Zaporaviens , vrais flibustiers de l'Ukraine , qui ne vivaient que de vols et de rapines. Ils s'approchent pour s'emparer du cheval; il était mort épuisé de fatigue : le malheureux Mazeiqpa respirait encore , mais il allait périr bientôt de besoin et sous le poids des douleurs physiques. Les farouches Zaporaviens sentent pour la première fois leurs entrailles s* attendrir. Ils réchauffent et raniment celui qu'ils viennent de trouver, au moyen d'une espèce de gourde pleine d'eau-de-vie qui ne les quittait jamais. Puis ils font cuire , on ne sait comment, sans doute par des frottements réitérés , une queue de cheval qui les accompagnait partout dans

leurs vagabondes caravanes. Qg exlraïent goutte à goutte le !<nc de ce mets improvisé dans la ' bouche de l'agonisant: il est sauvé. Telle est la singulière histoire de Mazeppa ; tels Turent ses étrangeslihérateurs; car lesZaporaviens avaient commencé par le délier et le détacher du cadavre de ia jument.

Le pauvre page polonais ne manquait pas d' esprit. Son histoire seule aurait sufli d'ailleurs pour le faire apparaître comme un homme extraordinaire ans yeux de ces barbares. H s'éleva bientôt au-dessus d'eux; il chercha, mais vainement, à leur donner une légère teinte d'instruction. Il essaya de les discipliner. On apprend à Moscou ses louables efforts ; les prédécesseurs de Pierre-le-Gra»d ne lardèrent pas à l'apprécier ; le czar Alexis sut le goûter et l'attacher h sa personne. Enfin son fils, qui se connaissait en hommes , l'avait fait , depuis quelques années , hetman des Cosaques de l'Ukraine.

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Mazeppa devait donc sa place à Pierre; la reconnaissance aurait dû l'allacher au nouveau ciar ; mais le sage législateur s'oubliait quelquefois dans ses momentâ d'ivresse. Il avait tiré l'épée coDtre Lefort, pouvait-il ménager constamment l'enfant perdu, le fils d'adoption des Zaporaviens ? Un jour que Pierre était ivre , il accabla d'injuresle vieil tietman et le mena^ d'un supplice aflreux. Mazeppa conservait un profond ressentiment de celte menace. Profitant donc des succès et de l'arrivée de Charles XII en Russie , moins pour se faire indépendant qnepour venger l'outrage personnel qu'il avait reçu du czar, il trahit son bienfaiteur et se donna secrètement au roi de Suède , persuadé qu'il entraînerait toute l'Ukraine dans sa défecUon.

Charles, de son cAlé, ne douta pas qu'il triompherait de tout l'empire moscovite quand ses troupes, toujours victorieuses jusque alors, seraient secondées d'un peuple aussi belliqueux

*ÏUe les Cosaques, Il devait recevoir de Mazeppa les vivres , les munilions et l'artillerie qui pouvaient lui manquer : t'helman , ce nouvel allié , lui amenait de plus, d'après sa promesse, une armée de trente mille hommes. Cependant il n'arrivait pas, et les Suédois commençaient à manquer de vivres; et puis l'ordre envoyépar Charles au général Levenhaupt de venir le joindre avec ses troupes et des munilions , avait été rendu douze jours trop tard : ce temps était long dans une pareille circonstance. Levenhaupt marchait enfin ; Pierre le laisse passer le Borysthène, et traversant le fleuve après les Suédois , il les attaque avec ses corps rassemblés qui se succédaient presque d'échelons en échelons.

L'activité du czar , sa patience et son opiniâtreté, celle de ses troupes que sa présence animait , décidèrent du sort de trois journées consécutives , pendant lesquelles on combattit à différentes reprises.

PIERKE-rE-^

Pierre s'aperçoit que ses soldats sont en désordre: « Tirez sur les fuyards, s'écrie-t-il , et sur moî-mtme , si je me relire. « Les Suédois furent à la Un enfoncés el repoussés. C'était la première fois que le czar battait en personne, dans une bataille rangée, ceux qui s'étaient signalés par (anl de victoires sur les Russes. 11 remerciait le Dieu des armées , le Dieu des chrétiens, de ce glorieux succès [ce qui, soit dit en passant , valait beaucoup mieux que d'enlever, comme il l'avait fait d'abord, les ornementa des églises pour payer les frais de la guerre ) , lorsqu'il apprend que son général Apraxin venait d'oblenir en Ingrie un avantage assez considérable. Ce concours d'heureux événements fortiliait son espoir et le courage des siens.

Enfin Mazeppa vint trouver Qiarles XII; mais il u'arrivail qu'avec deux régiments , et moins en prince puissant qui apportait du secours , qu'en fugitif qui en implorait pour

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lui-iiiéiiie. Cependant les Cosaques élurent un autre hetnian, qui fut agréé du czar. On pendit en effigie Mazeppa. Pludeurs de ses oomidices périrent du supplice de la roue.

On était au mois de janvier 1709. Les armées des deux ennemis restèrent quelques semaines dans l'inaction , tant la rigueur du firoid fîit violente cette année-là I mais dès que le scddat put tenir ses armes , Charles attaque tous les petits postes qu'il rencontre sur son passage ; Pierre , sans se hâter , veille sur ses mardies et le laisse se consumer en détail.

La petite ville de Pultava , remplie de provisions, pouvait servir de place d'armes au roi de Suède. Elle est située sur la rivière de Yoraida , près d'une chaîne de montagnes qui la dominent au nord ; vers l'orient règne une vaste solitude ; le côté de l'occident est plus fertile et plus peuplé. Ce fut au comm^icement de mai que Charies mit le siège devant Pultava.'

C'était là que son pnident liYal avait résofai de l'attendre, a La campagne des Suédois est finie, dit Pierre à ses principaux officiers, la nôtre commence. » Rien ne manquait aux Russes y ni gros canon , ni pièces de campagne y ni munitions de toute espèce , ni vivres, ni médicaments; c'était encore un avantage que Pierre s'était donné sur Charles par ses habiles précautions. Il arriva devant Pultava (15 juin 1709) avec une armée de soixante mille hommes. Entre les deux adversaires était la rivière Yorskla; les assiégeants campaient au nord-ouest; au sud-est, les Russes. Le czar, après avoir remonté la rivière au-dessus de la ville , établit ses ponts , fit passer ses troupes et tirer un long retranchement que l'on commence et qu'on achève dans une seule nuit , en face de l'armée suédoise. Charies Xn aurait pu juger dès lors si celui qu'il comptait détrôner à Moscou était si méprisable. Cette première disposition faite, Pierre poste sa

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earaierie entre deux bois, et la couvre de {dosieiirs redoutes garnies d'artiUeurs. Toutes ces mesures ainsi prises , il alla reconnaître les retranchements ennemis pour en former l'attaque. Musieurs corps suédois et moscovites s'étaient déjà plus d'une fois battus sous les murs de la ville. Dans une de ces rencontres , le roi de Suède avait été blessé d'un coup de carabine qui lui fracassa les os du pied; il fut obligé de garder le lit pendant quelques jours. Dans cet état il apprend que le czar doit l'attaquer ; il sort de son camp et se fait porter sur un brancard. Pierre , de son côté y range son armée en bataille avec ordre et promptitude.

Alors l'action devint générale. Pierre y dans son armée , remplissait les fonctions de génératmajor; la droite était commandée par l'Allemand Bauer , la gauche par Menzikoff; Sherratetof dirigeait le centre. La mêlée dura deux heures. Charles courait de rang en rang,

sur son brancard , et le pistolet au poing. Un oonp de canon met le brancard en pièces; Charles se fait porter sur des piques. Le czar reçut plusieurs coups dans ses habits et dans son chapeau. Les deux princes , durant toute Faction y restèrent continueUement au milira

du feu. Enfin y après deux heures de combat, les Suédois sont partout enfoncés; la confusion se met dans leurs rangs ; et Charles , réduit à fuir devant l'ennemi qu'il avait tant méprisé , se réfugia chez les Turcs.

Cependant on présentait tous les principaux officiers au vainqueur ; il leur fit rendre leurs épées et les invita tous à sa table. On sait qu'il leur disait en buvant à leur santé : o A la santé de mes maîtres dans l'art de la guerre ! j» Hais la plupart de ses fnoMres , du moins tous les officiers subalternes et tous les sddats , furent envoyés bi^tôt en Sibérie.

Aux premières nouvelles de la bataille de Pultava, ce fut une révolution générale dans

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lai eqnila et dans les affaires. La Suéde, la Mogoe, la Saxe se ressentirent da grand 0(Milre<;oap. Les Saxons ne songent qu'à se venger des extradions d*an vainqueur qui leur coûtait vingt-trois millions d'écus. Le roi de lH>logiie9 leur électeur , ce malheureux Auguste iMOteste sur-le-champ contre Tabdication qu'on lui avait arrachée par la force ; rentré dans les IxMines grâces du czar, il s'empresse de remonter sur le trône. La Suède consternée croit longtemps son roi mort ; le sénat de Stockhohn , incertain, n'ose prendre aucun parti. Celui que prit le czar fut de profiter de la victoire. H fait partir avec une armée , pour la Uvonie , le maréchal Sheremetof , qui s- était tant de fois distingué sur les frontières de cette province. MenakoS est envoyé en toute hâte [pour chasser le compétiteur d'Auguste, qu'on ne regarde plus que comme un rebelle usurpateur , et poor disriper quelques troupes suédoises qui tOMiicsit encore en Pologne.

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Pierre partit bientôt lui-iiiéme et se renûA à Varsovie. Ce fut à Thom qu'il pat goùÊer le plus beau de tous les triomidies , cdui de jouir des remerciements et des bcHumages d*mi prince qu'il rétablissait dans ses États. La imh Uesse polonaise accourait en foule con&mer ses serments à son roi ; ces nobles palatins hn demandaient pardon de T avoir abandomié; jNresque tous reconnaissaient le czar pour leur protecteur. Aux armes du monarque victorieux, à ces traités , à cette révolution subite et inattendue y Stanislas ne put opposer que la résignation. Il fit répandre un écrit appelé tim-

f>€r$al 9 et dans lequel il déclarait qu'il était prêt à renoncer au trône de Pologne a la république l'exigeait.

Âpres avoir tout concerté avec Auguste et ratifié le traité avec le Danemark , Pierre partit aussit^ pour la Prusse, afin d'y achever sa négociation; Il fit lui-même en cette droonstance les fonctions d'ambassadeur : couione

iMo^dle et peu nivîe » qoe le gnoid légUatew était digne pourtant deiA>piilari8er en Europe. lue oionarqiie prussien reçut le Tainquenr de Cbnries XII d*ane manière encore phu éclatante Kpie lors de son premier passage , quand le cnr quitta la Russie pour aller s'instruire chei les éCrangov. Pierre coiiclut a?ec le roi de PnuK un traité qui , dans la suite, acheya de ruiner les aflhires de Suède. Puis allant rejoindre ses troupes devant Riga » ca[Mtale de la li- ¥onie^ le ciar commença par bombarder la place y mitle féu lni-m6me aux trois {Nremiëres bombes et finit par convertir le »ége en blocus. Sûr que Riga ne pouvait lui édiapper, il courut veiller aux travaux de Saint-Pétersbourg , à la construction des maison^ et à sa flotte. Après avoir posé de^es mains la quille d'un vaisseau de dnqnante-quatre canons, il partit pour Moscou. Le grave réCmnateur se fit comme un amusement de travafllw aux préparatifii dn trleuaphe qii* il allait déployer dans sa capitale ;

m PIEREB-LE^-6SAirD.

iLordOBDa toute la fête , disposa tout , eif6^Bdt l^HnélIle au nombre des trayaiDeurs.

Cette imposante solennité , nécessaire alois à ses peuples r auxquels elle inspirait de» idées de gloire et de grandeur , ouvrit Tannée 171tk On vit passer sous sept magnifiques arcs de triomphe T artillerie des vaincus » leurs dra^ peaux y leurs étendards , le brancard du cm de Suède , les soldats , les officiers , les généraux, les ministres prisonniers, tous à pied , au bruit des cloche? » des trompettes retentissantes el de cent pièces de canon. Quand le canon se tai* sait 9 un peuple innonabraUe faisait entendre ses acclamations ; il s'apjdaudissait de vw ciqpK tik dans les murs de Moscou ceux qu'il atait craint d*y voir pénétrer en vainqueurs. Puis les triomphateurs , à cheval , fermaientla marche y les généraux en tête , et Pierre à son rang de général-major. Sous chaque arc d»

trkmiphe se trouvaient les députés dm diSé^ rents ordres de TËtat. Enfin, sous le denûer

cieîQwefteo&Qta4es yfus DoUeaJbolMds^toui^.

an flQOYii9r«ii»iMGtoâwii«

Uaa ekém&m* non mQiiiA..8aUifaîiiiiite, yuAemwédet^kceUj^ fâto.pttUîgHp4b.Yr«Hli#i^ TiaUmMili^ In^. nos .étaiL.SQCTOpw coçtaiiMr ayentore d'autant plus mortifiante pour I^^MIC)} qu'il était alors malheureux. Son ambassadeur à Londres près la reine Anne, ayant pris congé de la cour , fut violemment arrêté pour dettes par deux officiers de justice y sur la requête de quelques marchands , et conduit chez un juge de paix. Là-dessus l'ambassadeur russe (Matéof ) et tous les autres ministres publics soutenaient que leur personne doit toujours être inviolable. Pierre demande fortement, par lettres justice à la reine. Il ne peut I'oIh tmiir ; les lois anglaises permettent aux marchands de poursuivre leurs débiteurs, sansqu'aucune exception légale aflrauchisse de

cette poursuite les ministres étrangers. Toatoi que la reine put faire , ftat d'engager le parfe^ ment à rendre un acte qui défendrait d'arrAta un ambassadeur pour ses dettes. Mais après k twtaflle de Pultava la réparation eut lieu d'une maidàre plus authentique ; la reine fit au des excuses publiques par une ambassade lennelle.

CmAPITlB ¥IIo

Gaerre a^ec les Turcs. — Le sultan Acbmet Ul. — Pierre épouse Catherine. — n part avec elle de Moscou pour aller eomlnttre les Tuivs. — Campagne 4n Rrutb. — Pierre eat Taincu. — Le sultan accorde la paix aux Russes. — Traité de ïsDuen.

Malgré la prise d*EIbingy deVibourg, et d'antres conquêtes partielles qni chaque jour augmentaient la puissance de Pierre P', le siège de Riga ne se ralentissait point : il fut long , et la garnison obtint les honneurs de la guerre. Peu de temps après , les Russes prirent la forteresse de Pennamunde ; on trouva , tant dans la ville que dans la citadelle, plus de huit cents boudies à feu. Maître de la Garélie, de l'Eatonie, puis enfin de la liycmie par la prise

126 PIERBE-LEr-ARAND.

de Riga , Pierre fit stipuler , dans la capitulatioD de cette [riace , que tous les officiers et soldats livoniens resteraient à son service , comme citoyens d*une province qui avait été démembrée et usurpée par les ancêtres de Charles XTI. Il rendit aux habitants les privilèges dont les avait dépouillés Charles XL C'était la plus noble véngéâhce.qu'il pût préiidre du Sup^ce ^9-Boa amlttuMadeur ,>leLivonîeki Patknl ;^ai'injustement condamné pour avoir défendu ces mêmes pnviléges.

En Pologne, Stanislas, voyant son parti perdu y s'était réfugié dans la Poméranie , «qui restait aux Suédois^ le roi Auguste régnait peisiblenient ; Pierre avait eu peut-être autant <letgkMFe à le rétablir, que Charles XII avait mis d'aefaanement à le détrêner^ Cepeadant les Danois^préparaient une descente enBii^. iiia guerre eiickait alors , les «uns contre, «les autres, tous les peuples de l'Europe :le-iVirr

lugal et KEspagne , l'Italie , la France,,:, UâBe-

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magne» laflolkodeetrAiigleteirrecombattaîent eùtme pour la éocceasioD da roi d'fispaffiie Gharlesfl ; toatle Nord enfin étaitarmé contre Chariei XII. il ne manquait plus qu'une qoerdte avec les Turcs » pour qu'il n*yeût pas un seul ffflage en Europe qui ne fût exposé au fléau, des armes. GéCte querelleaunrint lorsque le eiar s'était âevé jusqu'au comble de la gloire « et i»'écisément parce qu'il venait de s'y élever. Mais si le sultan Âchmet III lui dédara la guacre , c'était ^utôt pour ses propres inté^rëtê.ifke pour œux de Charles XII , alors en Tucquie. La Porte Ottomane avait-pris ombrage dea flottes que Pierre fallait construire sur la marMoire et sur les Pahis-Méotides ; et puis , les travaux de fortification d!Azov et du port de Tangarog déjà célèbre , tant de succès insignfs 'et tous ces desseins ambitieux que toqjours.les succès «igmentent, tout eria dev«it jortement inquiéter le Grand Seigneur.

Pierre n'était point encore ^ttèrement

138 nERHE-Ufi-CttAllD.

maître de la LiYonie lorsque Adunet résotat, dès le mois d'août , de se déclarer. La première démardie da divan fat de ftdre arrêter dans les mes de Constantinople râmbassadeor de Rossie , et de l'enfermer an chAtean des Sepi- Tours. C'est ainsi que l'on prend chez les Turcs l'initiative des hostilités avec toutes les nations. Le czar fut contraint de quitter le thédtre de la guerre en Occident , pour yeoir combattre sur les frontières de l'^npire turc; ayant laissé Menzikof dans Saint-Pétersbom*g k la tète des affaires, il vint donner èrMosolMi tous les ordres nécessaires pouf la campagne qui devait s'ouvrir. Un conseil de régrace Ait établi provisoirement; puis les régiments des gardés se mirent en marche ; l'amiral Aimxin alla commander sur ietre et sur mer dans la ville d'Azov. Toutes ces dispositions prises , Pierre fit publiquement reconnaître une noavelle czarine à Moscou. C'était cette même jeune fille faite prisonnière , en 1703 , à Ma-

PI£U£-I.E-«RA|ii>. Ifi9

:vkiibDuiig , le ciar ayant répudié en 1696 M femme EudoxieLapoukin, dont il avait deux oifaDts. Les lois schianatiques defÉgUse mofr^ 4»iite permettaient le divorce, ce grand principe de relâchement social» que ne saurait admettre Te^t de morale et d* unité du calho* licisme«

On avait donné le nom de Catherine à la jeune prisonnière de Marienbourg. Au-dessus de son sexe et de son infortune » elle se rendit n acpréable par les charmes d*un caracttee affiible et enyoué , que Pierre voulut Favoir auprès de sa personne; elle Faccraipagnait dans ses. courses et dans ses travaux les plus pâoiUes, partageant ses fatigues » adoucissant ses peines à force de complaisance et de gaieté ; tout è fait étrangère à cet appareil de luxe et de mollesse que les femmes s'imposât ailleurs comme des. besoins réels. Personne ne fut victime de sa faveur; souvent elle calma les terriUes emportements du czar; elle finit même

IBO raiMl-UIH»AlfD.

par M âmMbr'm'^nkemke, qirîl IHftpdua

1tt«Héi^«Mt>M8 mi'Vltic de ^HtiM^. La ëètrëie iitikm Ae PMrre et tie OlOieirhie itat offidelle- M«nt'déaHfée<te^lMli**lMN^ le i^rpHMit avec eUe de Moscou pour aller épnMftier la '*fidiitte^(5(Mritreie8 Tores.

"TmMes l)M*^«MMs qu'il wniiti^ftoes pa-

'«MMatent'loi gtniittCir imsaccès 1^^ les

'Mfiiife»ncemènt8*ile8 li^^ s'onvrtreal sons

t*leÉ'aiis|)leefirtesptaÉi'heiireux. lymteste^^

'«iMMM^tes, si «Hes eussent étéTéonies/de-

''*i^8i6Dt s'^életer à'^soi«ante mille comhattants.

Lltfieiiéeau roî^^ Pologne "de^^^ enmre en

M^^Mtiie le iUMM^reJ^Angu^e ; inôurcttai le tzar

'atétPt^tVMt^iùi prdliiitafe'fbtts ^'puissants

èniiâHflltMr ;MM«is lar'Aiètè' ne* ratifia 'pM'leè^ pro-.

MeMes'Sà')^Hifice: Effle* tie'>i6^^ jMrinrYUnipre

*tec*'la'*Tiiir(ïtBe. C'étWt le'Sôtl du^tittr'de

'tttutfver ' dans Angnste un Mlié ' intitile , et'qui

lafi

M'iKMMit janudB Tcider eti aucune mani^. l'tvitt eonço les aiéiiies espérances du «Até

^li*^(da(Me el de ta MiridaTie; il ftil égfle-

'^Mst tktnttpé. ' - 'Bm ces entrefeites» pendant que les teofvpes

•sMOsÉtaianea passaient le Banobe ^ Piare ^ Éfanfiife par les confins de ta Pologne» poorttnir défago^lemaréelialâierenietof» qui, campé ior les iMMds du Proth y an midi de Jassi» se Toyait m^acé d*étre enveloppé bientôt décent mMe Tnrcs et 'd'une armée de Tartares. Ayant

» deHArandip le Boristhëne » le czar «fait craint

-Cei|NMer Catherine aux diances d'un péril qui dsiCDritcteque jourplusimminent; niaisGathe-

'vIm tegarde cette attention c<»nBie une injure Mie àsoa courage et à sa tendresse ooajugile ; die réitère si ?i?ement sesinstances , que Pierre

<)na<péul se passer d'dle: toute l'armée ta voyait

^cvec foie» à cheval, à la tète des troupes;

-rarement elle se servait de v<»tnre. Il fallut msKoher au ddà du Boristhëne par quelques

132 PIBnSHiilHMUIlD.

déœrtSy pois Iniïerwr le Bog> pws «More h riyière du Tiras » «ppdée aajoord'M le Ifiester ; ainrës toutes ces maitlm BudtiplîéeSy on rencontrait en outre une autrel MBtnde avant cTarriv^ à Jasst, sur lesliords daProth. Catherine encourageait les troupes } ele répandait la gaieté dans tous les rangs ; elle eamifftài des secours aux officiers malades ; die étaidait SOS soins et son active sc^lidtude jusque sur les simples soldats.

Enfin on arrive à Jassi;* c'est là qw'fon doit établir des magasins. La situation devient de plus en plus inqmétante. Personne ne peut ni ne veut fournir les vivres qu'on demanée. H était diffidie d'en tirer de la Pologne. Le valvode moldave Cantemir avait fait alliance avec le ezar pour se rendre indépendant des Tiurcs, n fut pour Pierre V^ ce qu'avait été liaieppa pour Charles Xtl; Cantemir venait de promettre aux Russes des vivres et des troupes, comme rhetman cosaque en avait promisTaux

asééoitc fl ne lÉil ftwflûen m pirole. A Ims ces contre-temps vint se joindre un fléM dingenen.* CétadI pea denmfdNr mm va ideil brilnt! et à travers des déierts rtttdes^ c'était fea de manquer le fkoÊ souvent d'eau» bifen ^e Ton en At fiorter dans dès lonnoaiiiiMur empédier Tannée de périr de ehal^v^^'^de soif: des nuées de sauteteUes covfriieni les plaines , les déyorâraat et les. inféatdrait* '

Gq^ndant le csar. eut à peine fonné qa^lques magasins, qa!il s'aqpressa de s'avaler sur la rive droite du Pruth. Pour lui le point déeiaiC) c*étatt4e s'opposer à ce jque les Twes^ postés fur la rive gaudie»,aiHlesBus^ pussent travener le fleuve et v^ûr l'attaquer. «En oonséqwMe' il envoie le général Jwras «vec l'avantrfarde pour erapédber le passage des ^PIieiBis;.m«i^ ce gâi^ral arrive tn^. tord; déjà'. len Turcs passaient le Pi:ath sur leurs poiitqp^. (.'mfai^erîe de rav9nt-garde se retire pré^pidaBment; puaiff f^le estft^iirsuivie^ jus-

184 VRMHI-UHMAIID.

^'à ceqM Pieire^flcOMire taiHDèDaepiNrk

L'armée dn* graod viiir Mîtgi- l it i i cnie t ^tr'flTanee donc bmiôt, te long ûa ûmm^ 'iDontre «elle des Runes. Pierre eonuMiifût à «nanqiier de ▼hrres; c'était mâme avec la fins tgrande peine qae ses troupes, retrandiéei«on "Join daPmth , ponyaient se procurer de' Pean. Le grand ¥izir afaitphcé sur la rive gmiEiie 'un corps nombreux soutenu d'mie artiBerie 'itMmIdable qui tirait sans cesse. L'armée du "omr , BxpoÊée à un feu continuel , était menacée d*étre écrasée tout entière sous les feodroyantes batteries du canon. Pienhe se.

trouvait alors dans une position plus dé ë c ap é r é e «queClHirles XII à Pultava. Enfermé, eomme leiftri'de Suède, par des troupes'Men anpérieures en nomlnne, éprouvant plus qn&hdla disette, s'étant fié, comme lui encore, k la parole d'un allié trop faible pour la tenir, 9 prend le parti de la retraite el' tente d'iler

dliDifer'Vte^poâte, que' tes Ttires tomMniAt as iM4iil''dir'j0tir mxt !N)n «rrièm-giirdei'ises RttÉiiegi^éMiycettgch'CW W ten e e ; eiireDltafloIre de «"ériitor; 'titrir «lettres cMtfé^ , Ittmie

leitidn. LrUtoeijtiHne àliqnelle HeiTe'ii¥att «MtMméses^troupes'tiele^ya'qiie tro(f%ien doi9detMteS ses peines. A TVenra/'MnttiMIe Saédois twMmrent avaieiHr défirit scfixante iMle RttSBes^iparoè qoe ces derniers létateiit dépourms'tfeipérienee'elde dtgtcipHnerfd l'on^Yoit me'^arrièlnêMSMrde de hrif^BHHe B i M S eû Hipii mMikÊMimà les efbrta de eent (ci ncpiante» mUe Turc», tam' tuent «ept ^nillle'iioiMietf idliles '^'toiBÉnt'dèretottroer^efl ait^

>ULVMs ce tMe xxmïki ,'*^t»^ éëûtt'WtÊiêfê^ rèirtnicbent pendant la noHf Maîi'1eé'*Rn8Bes ,

186 "'"imf-iF^fHii^Hr

quoiqu'ils nenneut de reppuwer rcwmraii. Bien restent pas moins toujours eofermés , privés de proviâons et même d'eau* De son eôté, l'armée turque continuait à les foudroyer par son canon. Il était probable que la disette et l'iné- ^té du nombre allaient enfin perdre sans ressource l'armée russe dans sa positîoDp La cavalerie , presque entièrement démontée , ne pouvait plus servir, à moins de combattre à pied ; la situation paraissait désespérée. Toute retraite était impossible; il fallait remporter une victoire complète , ou périr jusqu'au dernier y ou devenir esclave des infidèles. ^

Incertain s'il tenterait, le lendemain, les hasards d'une nouvelle bataille , s'il exposerait sa femme, son armée , son empire et le fruit de tant de travaux à une perte qui paraissait inévitable, Pierre s'était retiré dans sa teate, accablé de douleur et agité de convulsions qtd quelquefois l'attaquaient, et que ses chagrins redoublaient encore. Seul, en proie aux plus

PIBHftVliLC-GftAini. 137

^^"^leOes anxiétés , ne voulant rendre personne 'éniofai de son état , il défendit d'entrer dans ^e tente. Catherine entra malgré la défense.

^X certes» elle avait le droit de parier, cette Yemme courageuse , qni venait d*aflfironter la mort pendant tons ces combats , exposée , coonne le dernier des soldats , au feu de l'artillerie niasnlmane. Elle persuada son époux de tent^ les voies de la négociation.

C'est l'usage immémorial dans tout l'Orient , quand on demande audience aux souverains , on bien à ceux qui les représentent , de ne les aborda* qu'avec des présents. Catherine rassemble le peu de pierreries qu'elle avait apportées dans ce voyage militaire , d'où l'on a banni tout luxe et toute magnificence ; elle y joint deux pdisses de renard noir , dioisissaut elle* mtaie un offider plein d'intelfigence , qui devait porter les {nrésents au grand viiir. L'officier était chargé, de plus, dune tettre du maréchal Sheremetof à Baltagi-Mdteniel. Quelque

138 NKBU-IJb*-«AAm>.

iaibieque fût Je petit nombre d -bcmmiet anqoe^ se trouvait réduite Tarmée du ciar, ODMdat — tait ,qu*une rénstance si intr^inde et si opi — niâtre en imposerait au grand vizir, eique le^ traité ne^serait pas trop humiliant pour l'empire de Russie.

Plusieurs heures se passèrent avant qu'oiLeût une réponse. On craignait qucf le canoifen*eût tué le porteur de la lettre , ou que les^ Turcs ne l'eussent retenu prisonnier. On envoies on second courrier, avec un duplicata de kkdépèdie , et l'on tient conseil de guerre , ea inrésence de Catherine. Dit officiers générani: fflgnërent le résultat suivant: cr Si Tennemi refuse d'accepter les conditions qui hn sont offertes; s'il demande que nous poaions les armes et que nous nouis rendions à discrétion , tous les ministres et les généraux ont juré » d-'un avis unanime , que l'on tenterait de ^ae fidre au travers de l'armée turque. »

Geofonnément à cette détemÎMlloii » en

HEBIE-LB-ÛBAHB. 139

difiroiiiie de retranebemeDU le bagage , et l'f» s'ayance jusqa'à cent pas des troupes otto- Hoanes» kursque enfin le grand yizir fiiit publier Hoe nupension d'armes. Aussitôt aiM'ès cette tmUieation y les Russes achetèrent des Turcs les vivres dont ils avaient grand besoin.

Enfin le trûté fut conclu et signé sur les bords du Pruth, près d'un village appelé Falksen. On convint qu*Azov et son territoire seraient restitués au Grand Seigneur , avec les munitions et l'artillerie qu'ils possédaient avant que le czar s'en fût emparé (1696); qu'on démdirait le port de Tangarog sur la mer de Zabadie , ainsi que cdui de Samera et d'autres petites forteresses ; on stipula que le roi de Suède , s'il retournait dans ses États, ne serait point inquiété par les Russes, et que d'ailleurs les deux monarques, Pierre I^ et Ghariea XII , pouvaient faire la paix s'ils en avmat le désir. La- gravité, l'équité, l'impartialitétinusulmane présiderait ,'commeon a pu

140 PIBRRE-LE-6BAN1»*

le voir» à la rédactioD des articles da traité Falksen.

L'incident le plus singulier de cet épisode^ c'est que , dans sa marche matencontrease, k? czar, par une étrange fatalité, setronraitk portée de Charles XII ; Bender , où résidait le roi de Suède , n'étant éloigné que de Tingt-einq lieues du poste où campait l'armée russe près de Jassi. Des partis cosaques poussèrent même jusqu'à la retraite de Charles ; ïnm les Tartares de la Crimée mirent l'illustre fugitif i Fahri d'une poursuite. Avant la paix du Pruth, Gantemir s'était hâté d'évacuer le territoire turc. Baltagi Mehemet insista vainement sur son extradition ; car Pierre avait donné sa parole au Moldave qu'il lui sauverait la vie , et Pierre ne trahit jamais ses serments. Voici les propres expressions d'une lettre qu'il écrivit, sur ce sujet, à son vice*chancelier SdiafBrof, resté en otage à Constantinople avec le marédial Sheremetof , d'après les clauses du tndté :

PIERRB-LB-«&à£n>. 141

ff J'abandonnerai plolôt anx Tores tout le ^ terrain qui s'étend jusqu'à Cursk ; ilme rès- ^ iera Feqpoir de le recouvrer; mais je ne puis ^ violer mafoi ; c'estuneperteirréparable. Nous ^ n'avons de propre que l'honneur ; y renoncer , « n'estrce point cesser d'être monarque ? »

Telle fut» aurésumé , l'issue de cette fameuse campagne du Pruth y dont on parla si diversemeoit. Le grand vizir Baltagi-Hehemet , qui n'aimait pas la guerre , prouva qu'il la savait fidre, quoi qu'on ait pu dire. Oiarles se vit déçu dans ses projets de vengeance. Hais l'armée russe fui plongée dans la plus grande consternalion ; ne lui restait plus que la ressource da déaespcHr. Quant au czar » il avait réellement perdu la tête. Une femme seule conserva la sienne pour le salut de tout le monde.

Calbaine fut la véritable héroïne du Pruth. On peut dire .qu'à force d'adresse et de présence d!^q[irit elle se. montra la libératrice de son époux et de soui armée , le génie tutélaire et

148 PiraAK-LB-GlAHD.

conservateur de l'empire moscovite. Le w«mef enfin qu'elle rendit an czar était aussi grand que les bienfaits dont il l'avait comblée. La déclaration de Pierre lutdnéme le confirma y lorsqu'en 1723 il fit couronner Galhaine impératrice. <c Elle nous a , disait-il , été d'm très-grand secours dans tous les dangerr, et particulièrement à la bataille du Pnithy où notre armée était réduite à vingt-deux mSIe honunes.»

Après avoir signé le traité de Falkseiiy Piorre se retira par Jassi , jusque sur la frontière , suivi d*un corps de huit mille Turcs qu'envoya le grand visir , autant pour observer la marche de l'armée russe , que pour prévenir lea course» des Tartares vagabonds qui pouvaient l'iiiquiëter.

Le czar accomplit d'abord certains articles du traité ea faisant démolir les forts de Samara et de Kamienska. Mais la reddition d'Azov et la démolition de Tangarog soufii-

PiBRRE-LE-GRAND. 143

rent plus d'obstacles. Le Grand Seigneur était surtout impatient de recevoir les deb d'Azov, et Ton différait toujours de les remettre. Les négociations des ministres de la Hollande et de la Grande-Bretagne prévalurent à la fin » et la paix duPruth fut ratifiée , sauf ce nouvel article, savoir : que Pierre ferait sortir dans trois mois toutes ses troupes de la Pologne , et que le sultan renverrait incessammrat Charles XII.

GmAFITlB 7I1I.

Pierre poursuit ses con<iuôte8 sur les Suédois. —Il marie Mi fils Alexis avec la princesse de Yolfenbutel. — CittieriM est publiquement reconnue pour czarine k Saint-Péterrinrarg, sous le nom de Catherine I^*.— Caractère de cette princesse. — Histoire du frère de Catherine. — La paix se maÎBtiwt entre les Turcs et les Russes, malgré les efforts de Chartes XH pour soulever la Porte Ottomane contre Pierre I*'.

A tout prendre, cette malheureuse campagne du Pnith fiit plus funeste au czar que k bataille de Nerva même ; en effet , après Nerra , Pierre avait su tirer parti de son désastre , au point de réparer toutes ses perles et d'adevtf ringrie au vainqueur ; tandis que le traité de Falksen lui faisait perdre non-seulement Ie0

nraUUB-LE-^«AND. 145

porto et les forteresses qu'il oceapait sur les Mus-Méotides , mais il lui fallait renoncer «core à Tempire 4e la mer Noire.

Un champ vaste et presqae illimité ne lui restait pas moins pour l'accomplissement de ses entreprises. Il avait à perfectionner tous fts établiss^nents dans l'intérieur de ses États , à poursuivre le cours de ses conquêtes sur les Suédois y à raffermir en P(dogne le roi Aufoste , enfin ses alliés à ménager. Les fatigues ayant altéré sa santé , Pierre alla prendre les eaux de Carlsbad, en Bohême; ce qui ne l'empêcha pas,, toujours fidèle à son système d'activité , de faire attaquer la Poméranie dans le .tonps même où il prenait les eaux. Il bloqoait aussi Stralsund et pl^enait- cinq petRes villes à^Charies XII. Son dessein était de; le d^[MHiiller de toutes les provinces qu'il possédait encore en Allemagne. Et pour mieux réaliser de pareilles vues d'agrandissement ,; il. s'unit avec le Danemark , avec les électeurs de

146 n«iœ-LE««M«ND.

Hanovre et de foaBddraarg ; ' écrit v'dM>mur de darlsbad , toos les articles du Iraité-qii-il ?a conclure avec ces poissanoes ,• ainsi qae Iras to détails des opérations nécessaires pour s'em- >parer de la Poméranie. De plus » coomte O afiit iriis surtout une espèce de glmre à mener de front les choses les plus opposées , - pwdant' ce temps-là mtoie qu'il contractait des aHiawei non moins utiles que sérieuses , 11 flttriaiti dans Torgau , son fils Alexis avec la prinoésie de Yolfenbutel , sœur de l'impératrice d^ABemagne» femme de Charles VI. Ce mariage, dans la suite si funeste , coûta la vie «os idem éjpoux.

Le czarowitz Alexis (Petrowits) naquit 'du premier hymen de Pierre avecEudoxie LapMh kin , reléguée alors dans un couvent à Sosdal. Né en 1690» son fils Alexis >dgé de vlngt^deax ans, n'était pas encore connu en fiwope.'Si mort devait Inentôt l'y rendre tristeneat cél^re.

^UimB-^IcE-UAMB. 147

i^Wldedoe» » belkMiière, n'awista point à M'iMriage ; A^ar , l»en qa'çlle fût d^à regar- Afe.oanwne czarine , elle n'était pus soilewieUemeoi reconnue en cettequaUlé f Je titrçi d'Atleise. qu*on lui donnait à la CQur neiuilais- 4lit.i9i€ore qu'un rang trop éqmypque pour p'ellQLpût se piKI>ietM*e,cle «gper au çpptrat ; If flRîS: ,1e yçér^op4ia)^ jlQem^nd -et >la, sévérité do>fét||(pi^ germanique ne pousyai^nt Itii mi909fi^ ime i4ace.qui fût çpnvei^i^e à sa difoM d'éppvi^e.du çzar de Ipules les Rus-

j Hais v^^fJ^AYOki JTail le mafiage dUiQzaromt$-r Pierre dâdara le sien d'une maiMffere pbis 4l(B0iiDe » e( l^^Qt.çélékrer à^Si^intfJpéteirst^Qiiif^. fidon sa coutume , il^rd4nna;«|^Jfl)&te,»^t JfWiai 7 triUxaiHler M-méime. ASm Vtf^xxMe priiraoJièreud^ MaFMttibours.fut.rpQQQquçptthiigneinflnt. cwrine pour^digpe .xéomip^nse d'«oir.iHHivé «miépoux ei fimtWP^^.Mberinil r^^ awiks^éjè O0Awmtoua«9Skjtitim à la

148 MEBRE-LE-GftAND.

reconnaissance d'un empire qu'elle deyatt goo- ▼emer un jour. Elles forent bien 8iiicëre9> les acclamations ayec lesquelles on accueillit ce mariage dans Saint-Pétersbourg ; tous les eir prits sages de l'Europe les confirmèrent.

Le double hymen de Pierre et d'AteriSi célébré presque en même tetnps, d'une nuniëre officielle et authentique , ne laissait jm néanmoins de prêter à des réflexions toutes naturelles. D'un côté , l'héritier du {dos vaste empire de l'univers, mais n'ayant pas» au reste, d'autre gloire que celle de sa haute naissance, épousait une princesse jaHemcoide ; sœur d'une impératrice, qui était la femme du roi des Romains. De l'autre, un conquérant, un législateur partageait publiquement son frône.avec une inconnue , captive autrefois à Harienbourg , et qui n'avait que du mérite. Lequel des deoX) en cette circonstance, le père ou le fils, était le plus digne d'intérêt ? Revenons à Catherine*

Elle fut non-seulement nécessure à la gloire

PIBBKB-LE-GRANB. 149

P éaur, mais encore à la conservation de sa >' vie. Ce prince n'était que malheureusement ' trq» «iqet à des convulsions douloureuses , qu'on croyait être l'effet d'un poison qui lui avait été donné dans son enfance par Sophie.

La seule Catherine avait trouvé le secret de calmer ses douleurs par des soins pénibles et par les attentions les plus délicates. Elle seule en était capable ; aussi se consacrait-elle tout entière à la conservation d'une santé non moins prédéose à l'État qu'à elle-même. Pierre la fit donc la compagne de sa vie et de son trône / parce qu'il ne pouvait plus vivre sans elle. U avait déjà vu quel était son bonheur d'avoir permis à sa femme de le suivre dans la funeste expédition du Pruth. Catherine P était l'heureuse étoile du czar Pierre-le-6rand.

Ainrès tant de faits extraordinaires qui remplissent déjà cette histoire, il est à propos de citer mue aventure peut^tre plus extraordinaire encore que tout ce que nous avons raconté*

150 PIBRKE-LE-GRAITD.

L'évéhéttiMit se rattoche à la fbniiife<âe<MbeU. rine; il la servit singalièrénimir qodqifès a# nées après ta célébration publique et sdennete de son mUriage.

Dans'une chétiye taverne de Mlttàn, ci Cotirlandr, un malheureux , qui paraifluK^at comblb- de l'indigence, fut, certain aob'; acèueillf par les huées et les qooHbtets de' Mm les assistants. C'est presque toujours l'^fet q« produit parmi les hommes l'aspect de la mâsère. a Ho 1 hot s'exdame l'fanconnu excédé àUrfla de la grêle de sarcasmes qu'on faisait pleuvoir sur sa mise phrs que négligée , ho 1 ho! mes beaux messieurs, vous ne voulez pMi me faire un petit bout de place à votl^taUé. V^Ods rougirieis de trint)ticfr avec mbi. Youd *aveK raison ; c'e^tvou^ fendre justice vomi^ilAnK»; car votis'n'iâtes^ pAA dignes dé' bifftet'iiilerpieds. Chapem' ba^', impertinlMla' que vous' était chapcfittt h«É f hdfimidge et- sahit TeÊpmmÊt au beau-frère du grand , du victorieux AugtMie,

PI£RRE*U<*6RAND« 151

Kern Vf empereur de toutes les Rnssies-l car jeoe imis rien motos que cela : beau-frère de PiBto4e^6md , m'entende^-vou»^ insolents?

/9"nut à la cour ; je verrai mon frère Aleiiovits'^ etJ'eiiArasserai ma sœur, la Giarine, oe|lerpa»fre»petite Catherine que j'ai vue» O y a biee «longtemps ^^ bien longtemps , pas plus hÉole* que ''Cette bouteille. » Sur ce» notre honme de se^draper fièrement dans ses bailloMv et de parader avec une majesté toute priadère, enilaissanttomb^ des regards dédaigneux «or toutes les personnes présentes;

« Le- frère de ta czarinel murmuraient les uns. G* est un fou I s'écrièrent les autres ; qu'on le» jetltt<à*la porte , après force douches. »

Le ) 'hasard* y ou plutôt le mauvais temps»

TMuA de' faire entrer dans l'humble taveme UBenfoyédu roi Augusteà la cour du czar. Il ratooniait à Dresde par la Courtaude. Les perolea de l'inconnu piquent sa curiosité. « Le (Mrede Catherine I le beau-frère du csar I se

ISS PIERB£-IJS-«RAII1I«

ditrQ-en Ini-^néme. Cet homme» dinôt-il vraiT — Je suis physionomiste , regardons-le. » Pois» ~ tout en le questionnant , Tayant attentivement considéré, il crut démêler dans ses traits quelque ressemblance avec Timpératrice. Re« tourné à Dresde , il ne peut s'empédier d'ep avertir un de ses amis de Saint-Pétersbourg. . La lettre tombe dans les mains du czar ; il envoie ordre au gouverneur de Riga » le prince Repnin» de chercher à déc4)uvrir rbomma: dont il était question dans la lettre. « U but absolument, disait Pierre en se frottant les mains , que je voie cet original-là , Mamkur mon beau-frère. »

Le prince Repnin fait partir un : homme de confiance pour Hittau, en Courlande : on df- €(mvre l'homme; il s'appelait Charles Sca-' vronski; c'était le fils d'un gentilhomme lithufr* nien mort dans les guerres de Pologne , et qui : avait laissé deux enfants au berceau , une fille et un garçon. L'un et l'autre ne reçnrent peint

PlSRREHLE*tiBAKD, i 53

d'autre éducation que celle qu'on peut recevoir de la uature, au mfliai de la privation de tMtea choses. Séparé de sa soeur dès l'âge le fixa tèJDdre , Scairronski savait seulement qu^en 1704 elle avait été faite prisonnière à Ma-' rienbourg ; il la croyait toujours en mai$on chez le prince Haazikof , où il pensait quelle avait pu fUre qudques économies.

' Cépoidant Repnin, selon les ordres exprès de son maître y fait amener à Riga Scavronski , sous prétexte de quelque délit dont on l'accuse ; on Aresse contre le pauvre Charies une espèce d'enquête ; puis on l'envoie sous bonne garde à SaintrPétersbourg. Toutefois on avait ordre de le bîien traiter en chemin.

AiTivé à SaintrPétersbourg y il est conduit cheE un maître d'hôtd du czar. Instruit du rôlequ'il doit jouer, ce maître d'hôtel, nommé • Sbtsfiettf tire de Scavronski beaucoup de himières sur son état. « L'accusation» lui dit-il , qu'on intente à, Riga contre vous est fort

154 PIER&E-LB-«ttA2fD.

grave; mais vous obtiendrai jiulîee : préseirtex une requéie à Sa MajeiHé; tâchei smiont de rofiTrif' yoBâhméme. Vous ne savei ni lire, ni écrire : qn'im^^e? cm dressera la requMe efl votre nom.*»

Le catr va dîner le lendemain chei son maître d^hôtel. a Nous verroiis bien^ se disut^ il à part lui, si cet homme est nn faux «beânfrère* Gare le linont, s'il nous trompe t le rëgàe des' imposteurs est passé. S'illi'y a plos en Riisslè de fouï Draitri, je veux encore moins qu'il nous pleuve de misérables prétendants à la parenté avec ma chère Catherine.

Par saint Nicolas! un frère « c'est queique chose. Et si ce frère-là , si ce beau-frère n'a pas plus d'esprit que feu mon pauvre frère Ivanl..^. Huml huml encore une fois nous verrons bien!. »

Pendant ce mionologue, on lut jH^éièMè Charles Scavronski. Pierre l'accaMe de qatts^ lions , et demeure convaincu , par la naïveté

PIS1l]IB^LB-«RAlfB. 1 55

^e mafépmmm'i qiMl est le proive frère de la «sriMBl' Tom deux s'éiaieiit trouvés en Livonie domt leur en&nep* Oiaque réponse enfin que SeiTronsfci fiiisait aux questions du ciar, était conforme à ce que lui avait dit Catherine sor sa naissance ei sur les premiers malheurs de sa vie.

Ne Amtanl ph» de la vérité , Pierre propose le l^Mdemain à sa femme d'aller dinar avec lui chez Shepleff ; au sortir de table » il fait venir ce méraè hcmune qu*il a interrogé la veille.

Cbaries* Scavrondci se montre couvert des vêtements qa>*il avait portés dans s(m voyage. Lfi-csar ne voulait point qu'il parût dans un antM' état que celui auquel l'avait accoutumé sa mauvaise fortune.

n l'interroge de nouveau devant sa femme :

a Cet homme est ton frère> n dit-il à la czarinet puis se tournant vers Scavronski :

9 AUons, Charles» lyoute le czar, baise la main de l'impératrice , et embrasse ta sœur. »

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