‹ Pierre MoutonChapitre 15 sur 50 · LE CONCERT DU COMMISSAIRE · texte numérisé non relu

LE CONCERT DU COMMISSAIRE

Au moaient où la voiture, qui amenait Pierre et Laurei ae présenta devant les grilles du cb&teau qu'habitaient les princesses, un embarras d'équipages obstruait Is cour intérieure et empêchait d'y pénétrer. Sur le perroa se tenaient, en grand costume, les officiers au service de ces dames, la iivrée et tous les gens de sa maison, sans en excepter le commissaire extraordinaire, revêtu de son uniforme d'auditeur au conseil d'état. Il y avait, ce soir là, dtner, réception et concert : le préfet maritime venait d'arriver, accompagné de son état-major; les autorités administratives, civiles et militaires s'étaient empressées d'accourir de Toulon, pour s'asseoir à la table de leurs altesses impériales, et assister au conoert, dont le comte Gabriel avait dressé le programme. La maison respirait un luxe et un faste inusités; les valets de pied circulaient de toutes parts ; la musique des régiments remplissait le jardin de ses symphonies, et la population, attirée par ce spectacle et par ce brait,

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mondait les places el les rues environnantes. An milieu de rembarras et da tumulte causés par cette afiQuence, c^est à peine si rentrée de la calèche de voyage fui re-marquée. Les gens étaient tous occupés ailleurs : personne ne songeait au modeste et poudreux équipage. Zéphyr ne s'en émut pas et mit la main à la besogne, pendant que Pierre conduisait Lanre vers l'appartement de la princesse. Tout cela se fit dans le plus profond silence; on semblait des deuxcAtés éviter les explications.

Quand Laure arriva devant la grand^uchesse, elle était encore sous le poids des émotions que tant d'aventures avaient fait naître. Si Élisa eOt remarqué ce trouble et en eût demandé la cause, la jeune fille aurait tout confessé ; elle se serait jetée aux genoux de la princesse, en implorant la grâce de Pierre. C'était son dessein, et elle comptait sortir ainsi de l'horrible situation où elle avait été peu à peu conduite. L'aveu était sur ses lèvres; il allait s'en édiapper, quand la grande-duchesse accourut vers elle :

— Ah ! vous voilà, petite I lui dit-elle du ton le plus affable. Que vous arrivez donc à propos! Vous me sanvez la vie.

— Altesse I répliqua Laure émue.

— Figurez-vous, ma chère, que nous sommes là depuis deux heures à délibérer si je me coifferai avec

mes diamants ou avec mes perles. Vrai, vous nous tirez d'embarras. Personne ici n'a votre goût. Vous allez décider.

— Vraiment, altesse, je ne sais...

— Vite 1 vite 1 mon enfant 1 II n'y a pas un instant à perdre, c'est l'heure du couvert. Toulon nous inonde déjà ; le jardin est rempli d'épaulettes. Mettez-vous là et dépéchons-nous. Je crois que, pour un dîner, les perles sont de meilleur goût. Pauline se coiffe avec ses coraux : réminiscence créole. Nous mettrons des perles: ce sera oriental. Qu'en pensez-vous, ma petite?

Tout cela fut dit avec une volubilité qui ne laissait pas à la jeune fille le temps de placer une parole. La princesse s'était de nouveau assise devant sa table de toilette et donnait des ordres à ses femmes. Elle avait demandé un conseil et venait de se décider sans même attendre la réponse. Laure comprit que ce n'était ni le lieu ni l'heure d'une confidence. Suivant son [habitude, la princesse était en retard pour ses apprêts, et son impatience éclatait sous toutes les formes. Laure reprit sur-le-champ son service, et, grâce à elle, la toilette marcha avec plus de rapidité. Ainsi, les exigences de l'étiquette enlevèrent à la jeune fille les bénéfices d'uD premier mouvement, et le hasard se prononça contre elle.

Quant à Pierre, il avait repris possession de son pa-

Yiilon, comme un homme qui rentre chez lui. Il était trop tard pour qu*il pût songer à paraître au repas ; seulementy il se promit de présenter ses devoirs aux princesses dans le cours de la soirée. Il avait ainsi quelque temps devant lui pour convertir son négligé de voyage en une tenue plus [convenable, quoique toujours militaire. Il venait de commencer ce travail de métamorphose, et tenait son rasoir à la main, quand Zéphyr ouvrit la porte du pavillon.

. — Voilà qui est fait, dit-il en entrant; les bucéphales sont au r&telier, et le cocher va devenir valet de chambre. A votre service, capitaine. Voulez-vous que je vous exécute le poil et le contre-poil? Le blaireau, ça me connaît I ne vous gênez pas I J*y ai la main.

— Merci, mon garçon I

— Faut bien entrer dans son rôle! Sac à papier, la bonne maison 1 autant servir ici qu'à bord de la flotte 1 il y a gras, au moins. Vous n'êtes pas du dtner, capitaine?

— Non, Zéphyr.

— Ah ben ! vous perdez ; ah oui ! vous perdez, je m'en flatte I II y a une odeur dans l'air qui prouve que Ton fricote ici dans le soigné I Voilà une maison au moins I Des tourtes, des crèmes, des pâtisseries, des gigots à rail, du nougat, des croquantes, des perdrix, des lièvres, tout le tra la la! Quand on voit ces biens de la nature, y compris les brochettes d'ortolans, on devine

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pourquoi la inftchoire a ëlé dotmée à rhomme. Antre* ment, cephéDomène resterait sans explication.

— n y a donc bien des préparatifs» mon gangon?

— Itoates voiles dehors, capitaine ; Toili comme mt marche dans cette auberge. Je vas m'en administrer one de bosse. Le chef de la bonche m'a dit en passant: — Camarade, c'est pour huit heures, soyez exact. Digne homme t Un peu que je le serai exact. Cuisinier plein d'attention, oui, j*y ferai honneur à ta cuisine. Je te le revaudrai, Ion bon procédé, fricoteur I Tu verras si je t'apprécie. Nom d'un petit bonhomme, Vodear me poursuit jusqu^ici. Dites donc, capitaine?

— Quoi donc. Zéphyr?

— Je crois que c'est décidément mieux qu'au souterrain, et cependant au souterrain c'est moi qui la faisais la ratatouille. Mais que voulez-vous? chacun son petit talent ! J'ai le mien, le chef de la bouche a le sien. Je l'enfoncerais sur le poivre, c'est possible ; mais sur les autres ingrédients, c'est lui qui m'en remontrerait. Il manie cela au superlatif. Dame ! il a vieilli là dedans, le gâte-sauce ! Il connaît toutes les épices de la création, et puis, quand il veut n'importe quelle noix muscade, elle lui tombe devant. Il peut tout se permettre, cet homme ; il a de quoi ! Voilà son avantage.

îëphyr aurait poussé plus loin ses dissertations culinaires, si Pierre ne l'eût interrompu pour lui donner

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quelques ordres. La soirée s'avançait; on allait bienUM sortir de table. D'après le programme da comte Gabriel^ le concert derait commencer à neuf heores et finir à minait. Cétait déjà renvoyer assez tard nne compagnie» qui avait quatre lieues à faire pour regagner son gtte.

Une fois habillé, Pierre descendit dans le jardin et attendit le nrament oA il pourrait se présenter devant les princesses. Le hasard le conduisit devant le rez-dechaussée qu'occupait la grande-duchesse de Toscane; Tune des pièces était éclairée, et, à travers les vitres, on pouvait voir l'intérieur de l'appartement. Une femme seule s'y trouvait en grande toilette ; les coudes appuyés sur une table et cachant sa figure dans ses mains; elle paraissait absorbée dans une méditation profonde. C'était Laure; Pierre la reconnut; cette chambre était la sienne ; die touchait à celle de la princesse.

Pierre s'attacha à étudier la disposition des lieux, examina les contrevents, les espagnolettes, les saillies du mur, enfin les moindres détails et les plus petites circonstances. Malgré le soin qu'il prenait à ne pas se trahir, un léger bruit parvint à Toreille de la jeune fille. Elle se releva vivement, courut vers la fenêtre et l'ouvrit avec une sorte d'impétuosité. Tout était muet au dehors; elle n'aperçut rien. Pierre avait eu le temps de se cacher derrière un rideau de cyprès. Une demi-heure

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après, il faisait son entrée dans la salle du concert et allait saluer les princesses, qui lui firent le plus aimable accueil. Élisa se montra charmante; elle accabla le vojageur de questions, voulut savoir les détails de son itinéraire. Laure, assise aux côtés de la princesse, était au martyre; son visage passait <l*une p&leur mate au plus vif incarnat; elle crut qu*ellç allait mourir. Pierre garda mieux son sang-froid; il répondit avec une aisance, une grâce parfaites, fit preuve d'esprit et de manières, sut flatter sans affectation et se retirer à propos, enfin se conduire en homme du monde.

Quelque affectée que fût Laure, il lui était impossible de ne pas remarquer ce changement dans les formes de ce chef de bandits. Au milieu de cette élite de cavaliers, aucun n'avait plus de distinction, plus de tenue, plus d*usage. La métamorphose était complète. La physionomie même avait changé de caractère. Ce n*était plus cette beauté âpre et rude, que lui donnait Thabitude du commandement; la sérénité et la dignité y régnaient seules, et, si le front ne se fût de temps en temps assombri, on eût pu y surprendre une expression de bonté et de douceur.

Laure n'était pas la seule que rentrée de Pierre eût préoccupée. Deux autres personnes avaient suivi arec attention les mouvements du jeune homme. L*une était la comtesse de Stolberg, dontrœil noir avait pris, à son

aspect, quelque chose de dur et d'impérieux; Vautre, âait le commandant de Tarsenal, l'un des invités des princesses, qui demeura de nouveau frappé de cette apparition et parut interroger ses souvenirs. Pierre évita la rencontre de ces deux surveillants et prit place derrière les princesses. Laure était & deux pas de lui, sous son regard, dans toat Féclat de sa jeunesse et de sa beauté. La toilette faisait ressortir chez elle des perfections si grandes, qu'il était impossible de n'en pas être émerveillé. Sa physionomie exprimait un sentiment chaste et fier, qui semblait le reflet de son âme. Parmi ces femmes, que T&ge ou le poids du plaisir avait déjà touchées, ses formes avaient quelque chose de virginal et de pur, que Fart et les soins jamais ne suppléent. Elle régnait par Tàge, par la fraîcheur, par cette première fleur de beauté qui s'évanouit si vite. Son succès fut grand, et insensiblement elle y chercha une diversion à ses inquiétudes.

Le concert venait de commencer, et le comte Gabriel en surveillait l'exécution avec une sollicitude alarmante. Comme tous les amateurs que la musique passionne, il se révoltait au moindre bruit, fronçait le sourcil pour une chaise dérangée, pour une quinte de toux, pour quelques mots échangés à voix basse. La France a subi, dans le cours des siècles, une foule de despotismes; mais aucun de ceux que Thistoire a flétris ne s'est

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signalé par des formes plus acerbes qne celai des mnsiciens et des amateurs de musique» lorsqu'ils se livrent à leurs goûts familiers. Si on les laisse faire, bientôt ils demanderont la tête des interrupteurs. Le comte (rabiièl était un de ces farouches partisans de la clé de sol et des sœurs que le solfège lui adonnées. Cet homme, tolérant sur tout le reste, et qui avait cherché dans les besides un abri contre la conscription, cet auditeur au conseil d*état, institution éminemment pacifique, aurait scalpé un interrupteur et bu dans son crâne si la loi n*eût con* tenu ses rancunes musicales. Quand on arrêtait au vol une de ses notes par une porté ouverte ou fermée mal à propos, il agitait ses lunettes comme un Jupiter olympien, et remplissait rassemblée entière des éclairs de ses regards. Un étemuement le jetait dans des crispations épouvantables, le bruit d*un mouchoir le révoltait ; cet homme ne faisait aucune concession aux faiblesses de la nature humaine.

Le programme du concert lui donnait six morceaux à chanter : un nocturne de Blangini, qui était alors le compositeur à la mode; deux romances de Rigel, Pauteur de Petits oiseat^, le printemps vient de naître; enfin trois morceaux â*opéras récemment joués, entre autres un duo de Femand Cortez. La première partie marcha sans encombre : le chanteur avait une voix fraîche, une bonne méthode, toutes les qualités à la mode. En mvh

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sique, cela varie : un jour on demande la voix de tête; m autre jour, la voix de poitrine. Les ventriloques ont la voix du ventre ; prochainement on se plaira à entendre la voix du nez. Le comte Gabriel avait la voix du moment, et c'était un inappréciable avantage. U savait ^ndre un peu de ce grasseyement que Garât avait mis en vogue, montrait le blanc de ses yeux comme s*il allait ae p&mer, usait avec art d*un r&telier agréable» et connais* sait toutes les ressources de la bouche en cœur. En somme, c'était un charmant, un délicieux talent de société. Il ne faut pas être injuste envers l'empire.

Malheureusement le comte Gabriel s*était prodigué : deux morceaux, c'était bien; trois, quatre même eussent passé. Six morceaux, voilà où commençait Tabus. Les chanteurs n'en font jamais d'autres; ils s^écouteraient gazouiller une journée entière, et supposent, dans le public, le même goût pour cet exercice vocal. Ils ne se contentent pas de plaire une fois, deux fois, ils veulent plaire toujours, exclusivement, sans relâche. Notre époque, saturée de musique, doit comprendre par quel motif les princesses s'étaient peu à peu lassées des roulements d'yeux, du grasseyement, des roucoulements du comte Gabriel. Au quatrième morceau, l'auditeur au conseil d'état commençait & perdre du terrain dans rassemblée; au cinquième des chuchotements se firent entendre; il lutta et foudroya de TiBil 1^ interrupteurs*

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Cependant les princesses 8*en mêlèrent, et il était difficile de conserver à leur égard les allures d*un Jupiter tonnant. Enfin, le malencontreux morceau s'achéva^Tout autre qu*un musicien eût terminé là Texpérience, et remis la suite à des temps plus prospères; mais on ne sait pas ce qu*est un musicien et ce qu'est un programme. Un musicien tombe, mais ne se rend pas; un programme fatigue, assomme, endort, mais s'exécute. Plus le comte Gabriel rencontrait d'obstacles, plus sa passion musicale s'exaltait. Des bâillements contagieux circulaient dans l'assemblée ; il les brava, prit par la main la comtesse Stolberg, la conduisit au piano, et lui présenta galamment sa partie.

C'était un duo de Femand Cortex, celui entre Cortez et Âmazili, chef-d'œuvre de Spontini, dans lequel Tamour prend un accent si vrai et si déchirant. De la part da comte Gabriel, c'était une prétention incroyable que d'affronter cette grande musique. Sa petite voix flûtée, bonne pour la romance, n'avait aucune des qualités d'expression nécessaires pour rendre ces accents de la passion. Il n'en montra pas moins d'assurance, releva quatre ou cinq fois ses lunettes avec le geste d'un homme qui se raffermit sur ses étriers, s'essuya le front, ramena dans sa bouche la salive, cette âme du chant, posa son buste de manière à faciliter rémission de la vois, lança un dernier et majestueux coup d'œil sur l'auditoire, et partit.

Hélas! dès le troisième trait, il fallut en rabattre; la note n^avait plus cette ductilité, cette fluidité qui caractérisent la romance plaintive ; elle ne procédait pas par gammes suivies et complaisantes, elle ne se mesurait pas à réchelle des petits artistes. C'était un chant large, quelquefois brusque et rocailleux, toujours animé, plein de fougue et de mouvement.

La comtesse Stolberg semblait s'y jouer et s'y plaire; elle était là comme dans son élément. Des sons pleins et brillants s'échappaient de sa poitrine et remplissaient le salon : l'assemblée était émue, subjuguée. Malheureusement le comte Gabriel avait perdu les arçons : cette voix qui dominait la sienne, cette musique qui allait d'an bout à l'antre du clavier, tout cela le troublait, l'écrasait. Malgré sa hardiesse, il fut obligé de s'arrêter et de demander grftcè.

— C'est le vent du nord, dit-il en cherchant une excuse; il m'a saisi à la gorge. Bruml Brum! Bruml

— Reposez-vous, monsieur le comte, lui répondit avec un gracieux sourire la princesse Pauline; vous avez sontenu à vous seul le poids de la soirée.

— Si ce n'était le changement de climat qui m'enlève une partie de mes moyens, répliqua le fat, nous aurions exécuté toute la partition. Diable de vent du nordi Brum 1 Brum 1 Brum !

Les choses en étaient là et la comtesse Stolberg allait

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quitter le piano, quand Pierre se Iraya un passage vers Torehestre, pril des mains du cocnte le cabier qa*it n'a* vait pas abandonné» fit un signe presque împercepUUe à kl chanteuse, et dit un mot h l'oreille de Vaecompa* gnatour. Celui-ci recommença la riloumeUe» et un profond silence régna dans l'assemblée.

L'audiieur au conseil d'élat ne savait plus que penser de tani de hardiesse* Un artiste obscur affronter use tâche devant laquelle il venait de reculer; quelle témé-rite [ quelle imprudence 1 il ne connaissait pas cet homme et déjà il le détestait. Pierre commença, et dôs les premiers soDS il fut facile de voir que sa voix était celle d*un maître. Elle avait une plénitude, une sonorité, un charme que donnent seules de longues études. La comtesse de Siolberg semblait y être faite et la suivre avec une sûreté, une méthode pareille^ Le duo fut chanté d'une manière admirable, et quand ils en furent à ce passage si expressif :

Je n'ai phis qa\in déstr, c'est celui de te plaire; Je n'ai plu3 qu^'att bonheur, c'e$t celui de ('«ûmer;

les deux artistes y mirent une telle expresaioii, que Tauditoiro en fut électrîsé. La voix de la comtesse avait pris, au contact de celle de Pierre, quelque chose de fiévreux et de passionné; ses yeux semblaient noyés dans uae

ivresse involontaire, son sein s'agitait avec violence. On eût dit deux comédiens en scène et pénétrés de leur rôle au point de sMdentiQer complètement avec lui.

Le succès fut immense, général. Les princesses applaudirent à diverses reprises et avec chaleur. Laure était plongée dans une stupeur profonde. La voix de Pierre la pénétrait tout entière, et elle ne savait comment se dérober au sentiment qui la dominait. Quant au comte Gabriel, uue haine ardente venait de s'allameren lui. Ce que c'est que Tinstinctl En sa qualité de com*missaire extraordinaire, l'auditeur au conseil d'état devait avoir Pierre Mouton pour ennemi, et voilà qu'une rivalité de chanteur venait de servir de prélu4e à cette guerre.

Un seul homme dans l'auditoire était insensible à l'enthousiasme qu'avait excité la voix de Pierre : c'était le commandant de l'arsenal.

— Décidément, se dit-il en se retirant, il faut que je tire cela au clair. Cet homme ressemble trop h l'un de mes anciens pensionnaires.

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