LE CONSEIL DE FAMILLE
Le premier mouvement de Mariette, lorsqu'elle eut reconnu son père, fut de courir vers ses vêtements et de rétablir sa toilette sur un meilleur pied. De mon côté, j'essayai d'expliquer au vieux Grandchamp la cause, d'ailleurs fort innocente, du négligé dans lequel il surprenait sa fille. Au lieu de se prêter à mes explications, le pépiniériste secouait la tête d'un air soucieux, et de temps à auti^e, relevait sur moi des yeux chargés d'éclairs :
— C'est bon! bon! disait-il entre sesdentsy tout s'éclaircira au logis.
Je craignais que l'orage n'éclatât sur Mariette. Aussi essajai-je de justifier notre promenade, en la mettant sur le compte du hasard. A ce mot, Grandchamp se réveilla comme un sanglicf sous l'épieu :
EDOUARD 1H>NGBR0N. 55
— Lehasard, s'écria-t-il. Voilà une belle histoire. Je vous trouve à deux lieues de Verrières; c'est du hasard. Tête-à-tête sur les bords de laBièvre> encore du hasard. En jupon court, toujours du hasard.
Au moment où il achevait ces mots, Mariette survint et lui dit gaiement : ,
— Oui, petit père, du hasard.
— Alors, ma fille, c'est un hasard qui peut vous mener loin, répondit Grandchamp avec sévérité.
Mariette n'était pas accoutumée à ce langage ; deux larmes mouillèrent ses cils :
— Mon père ! dit-elle d'un ton suppliant.
Grandchamp sentait que l'émotion allait le gagner, et ilichercha à s'en défendre.
— Quand je vous dis que c'est bon ! s*écria-t-il. A Verrières, nous tirerons la chose au clair. Pour le moment, il n'y a qu'à retourner au g^te. La carriole est là qui nous attend. En route donc.
A l'appui de ces mots, Grandchamp prit ses airs les plus bourrus ; mais Mariette ne s'en alarma point. Elle savait quel était son empire.
— Mon bon père, dit-elle en insistant et en employant les notes les plus douces de sa voix.
Il n^en fallait pas davantage pour changer les dispositions de Grandchamp. Mariette s^était rapprochée de lui et passait sur ses joues brunies des mains blanches et potelées. Vainement le vieillard cherchait-il à se défendre contre le charme, à s'affermir dans sa mauvaise humeur; le succès servait mal ses efforts.
— Allons, s'écriâ-t-il, voilà que ça me gagne. Et dire que je ne pourrai pas tenir bon une fois; mais je ne suis donc qu'une chiffe î
— - Bon petit père, dit Mariette, élevant jusqu'à leur dernière puissance ses moyens de séduction et ses manières de chatte.
Grandchamp n'y résista plus ; il prit sa fille entre ses bras et la couvrit de baisers.
— Mais tu le sais bien, méchante enfant, dit-il, en exhalant un énorme soupir, que je ne suis point un sauvage, un père féroce. Tu le sais, que tu me mènes comme avec une longe, que tu me mettrais, si tu le voulais bien, sous la même cloche que mes melons. Tu sais tout cela, Mariette .-pourquoi en abuses-tu ?
La jeune fille ne répondait pas et redoublait seulement ses caresses ; je crus devoir me mêler à ces explications :
— Père Grandchamp, lui dis-je...
56 ÉDOUAID KOHGBROII.
Jamais apostrophe n'eût moins de bonheur^elie suffit pour réveiller dans le cœur du vieillard les tempêtes qui venaient de s'y endormir. Se dégageant des bras de Mariette^ il se retourna brusquement de mon côté :
— Qui est-ce qui te parle à toit s*écria-t-il. Tu n'es pas ma fille^ à ce qu'il me semble. Autant vaudrait te taire, entends-tu? Je ne sais ce qui me retient^ mon gars^ de te briser un membre pour Rapprendre à venir porter le désordre dans mon logis ! Un bel oison^ vraiment, pour séduire les femmes? Tiens^ veui-to que je te donne un bon conseil ? Tire-toi de la portée de mon bras ; autrement je ne réponds de rien.
Grandchamp s*écbauffait en avançant dans son discours. Une diversion était nécessaire, elle eut lieu à point nommé. Soit que l'effroi eût opéré une révolution chez la jeune fille^ soit qu'un peu de calcul se mêlât à tout ceci, nous la vîmes chanceler et pâlir.
— Assez, mon père, dit-elle d'une voix faible.
Puis elle se laissa tomber comme une fleur qui vient d'être coupée au pied. Grandchamp était loin de s*attendre à une pareille crise :
— Dieu du ciel! s'écria-t-il, mon enfant qui se pâme! Vite, du secours ! Edouard, un peu d'eau dans le creux de ta main, mon garçon. Brutal que je suis, c'est moi qui Faurai tuée!
La syncope dura peu ; Mariette rouvrit les yeux, et les tournant vers le vieillard avec une tendresse mêlée de langueur :
— Bon petit père ! lui dit-elle.
— Ma fille, répondit Grandchamp en la pressant sur sa poitrine, te voilà bien revenue, n'est-ce pas? Qu'est-ce que tu éprouves? Où as-tu mal ? Viens, mon agneau, aUons vers l'ombre; c'est le soleil qui t'aura saisie trop vivement.
Il la souleva par la taille et l'emporta sous les saules, où il lui donna le tronc d'un gros arbre pour dossier et l'herbe du talus pour tapis. Quand elle fut commodément assise, il se plaça à sa gauche et me fit signe de venir compléter le groupe. Ce n'était plus le même homme. Ses sourcils, tantôt hérissés comme des ' soies, avaient repris un air naturel; ses yeux gris ne pétillaient plus de colère, sa voix même s'était radoucie : . • '* '
— Enfants, dit-il, croyez-vous que je ne vous aie pas devinés, que j'aie été dupe de vos petits manèges? Me tromper, moii u» vieux routier ; allons donc ! D'ailleurs est-ce que l'on trompa jamais un père ?
Mariette prit la main de Grandchamp et la porta à ses lèvres; moi, je m'effaçais le plus qu'il m'était possible.
— Tu as eu tort, fiUette, reprit le vieillard, bien tort de te défier de moi. Ne m*avais-tu pas toujours trouvé indulgent, même pour tes caprices? Et pourtant, ajouta-t-il avec tristesse, tu as des secrets que tu ne me confies pas ! G*est mal, fillette, c'est mal.
Pour toute réponse, Mariette se mit à fondre en larmes et, entraîné par Texemple, je me laissai aller à en faire autant. Ce fut au tour de Grandchamp à nous calmer.
— Allons, dit-il en prenant les deux mains de sa fille, ça ne manque jamais. Pas moyen de dire un mot aux femmes, sans qu'à l'instant même on les voie pleurer comme des Madeleines. Mais vraiment ! ça n'a pas de bon sens, petite. Voyons, Mariette, essuie-moi ces yeux et qu'il n'en soit plus question. Et toi aussi, grand dadais, ajouta-t-il en remarquant ma figure éplorée; si tu savais quel drôle d'air tu as là-dessous !
En effet, Taffiiction ne m'embellissait pas, et ce spectacle réjouit le père Grandchamp, au point de créer une diversion en ma faveur. Il me serra la main en signe de réconciliation, mais «l'une manière si vigoureuse, qu'un membre moins solide que le mien en eût été désarticulé.
-- Parlons peu et parlons bien, ajouta-t-il en modérant sa voii. Le mal est fait ; les têtes sont prises, il faut aviser. Vous vous plaisez, vous vous convenez, n'est-ce pas, mes beaux tourtereaux ?
Nous répondîmes au père Grandchamp par un regard plu i expressif que des phrases. Il continua :
— Diable ! diable I Ça n'ira pas aussi aisément que vous le croyez. Passer devant M. le curé et M. le maire rien de plus simple. Une robe de noces lui irait à ravir à cette enfant, quoiqu'elle soit bien jeune. Et moi donc serais-je heureux ce jour -là! quel rigaudon j'y danserais ! Mais, continua le vieillard en secouant ^ tête, ce n'est pas tout que de marier des enfants, il faut encore ^'ils aient de quoi vivre. La misère et Tamour, ça fait un mauvais couple. Je m'y connais. On se caresse le premier jour, on ^'égratigne le lendemain.
— Mon père, dîmes-nous presque à la fois, Mariette et moi.
— C'est bon, c'est bon, reprit le pépiniériste; quand je vous <lis que je suis des vôtres. Dame ! il faudra voir. Ge garçon a une famille ; il est naturel de la consulter. Peut-être que sa tante fera quelque chose pour lui. Un sapeur fini que cette femme, et c'est dommage, car le cœur vaut son pesant d'or. Pas plus tard qu'aujourd'hui j'irai lui en causer un mot. Il faut bien que ça soit pour ^ fillette, car j'avais juré de ne plus remettre les pieds dans ce
guêpier. Maintenant^ en route. Le soleil descend et il nous reste deux lieues à faire.
Nous rejoignîmes la carriole qui nous emporta rapidement vers Verrières. Mariette^ encore souffrante^ occupait le fond avec son père^ je me plaçai sur le devant avec le valet de ferme qui tenait les guides.
rétais vivement préoccupé. Une démarche allait avoir lieu^ et , notre sort devait en dépendre. Pour en venir là, le père Grandchamp avait dû se faire quelque violence. Un peu de mésintelligence régnait entre nos deux maisons ou plutôt entre leurs deux membres principaux. Ma tante Brigitte appelait le pépiniériste un vieux satyre, et celui-ci, usant du même procédé, la traitait de sapeur et de dragon. J'ai toujours soupçonné Grandchamp d'avoir aspiré à la succession d'un général de l'Empire^ et de s'y être pris d'une manière trop vive^ trop militaire. De son côté la veuve Pétermann avait dû manifester avec quelque rudesse sa fidélité à la mémoire du défunt. De là ces rancunes et cette froideur. En outre, il s*y joignait un contraste marqué dans les opinions. Ma tante, à cheval sur la sienne, accusaiit Grandchamp de n'en avoir aucune. Grandchamp n'avait que deux faiblesses, sa fille et ses fleurs ; hors de là il était invulnérable et se défendait en paysan madré. Toutes ces circonstances avaient servi à envenimer les relations entre voisins et rendaient fort délicate la démarche à laquelle le pépiniériste s'était résolu.
Quand la carriole fut arrivée à sa destination, Mariette en descendit et, par un regard, rappela son père au sentiment de sa promesse. Le vieillard paraissait aux regrets de s'être tant engagé. Cependant il s*exécuta et m'entraJna du côté de notre maison. Seulement, avant d*y entrer, il me secoua le bras avec quelque rudesse, et pour me (aire bien comprendre la valeur de ce geste, il ajouta :
— Maintenant que nous voici seuls,. mon garçon, et que la petite n'est plus là pour m'ensorceler, j*ai deux mots à te dire qui en valent cent ; retiens-les bien. Si je te reprends à lui parler jusqu'à ce que tout soit d'accord, je te brise les os. Tu m'as entendu ? Eh bien ! gouverne-toi en conséquence.
Sans me donner Je temps de lui répondre, il souleva le loquet de notre porte et entra. Ce n'était déjà plus le même homme.
L'apparition du père Grandchamp causa quelque étonnement sousnotre toit. Depuis plusieurs années, il affectait de s'en tenir à récart, et cet acte imprévu se compliquait de ma présence à ses côtés. Ma mère, .qui lisait ses Heures dans un coin, se leva
our venir m'em^rasser, tandis que sa sœur attendait le pépiiériste de pied ferme et se*cambrait majestueusement.
— Ah ! c'est vous, Grandchamp, dit-elle, soyez le bienvenu. hérèse, donne un siège à Grandchamp.
— Merci, voisines, dit le pépiniériste en s'asseyant. Ce n'est oint de refus. Notre maudite carriole nous a vigoureusement 3C0ués de Bièvre ici. Quelles ornières, bon Dieu !
— C'est votre gouvernement qui vous vaut cela, Grandchamp, éprit ma tante ; il aime mieux réparer les clochers que d'enretenir les chemins. Vous marchez donc toujours avec ces ens-là, voisin ?
— Moi, voisine, répliqua Grandchamp, est-ce que je marche vec personne ? Trouvez-moi un gouvernement qui ne demande lus d'impôts, demain, je me mets avec lui.
C'était le thème favori du pépiniériste, sa seule opinion en latlère d'affaires publiques. 11 croyait avoir vidé l'incident et apprêtait à en venir au but de 5a visite, lorsque ma tante Briitte l'interrompit :
— Des impôts, dit-elle, est-ce que l'Empereur en demandait? 'rouvez-moi quelqu'un à qui il ait fait tort d'un centime! Il limait trop le peuple français pour cela. Lui, demander des im- )ôts! On voit bien que vous ne l'avez jamais connu,.
— Mais, dit Grandchamp, puisquefy ai contribué moi-même, misque cela m'a coûté du bel argent.
— Vous, vieux satyre, s'écria ma tante en s'échauffknt peu 1 peu, vous avez donné quelque chose à l'Empereur. Pas posible! De l'argent, il en avait à ne savoir qu'en faire. Pour ireuve, il a laissé deux cents millions à la grande armée dont eux-ci nous font encore tort^ les écornifleurs qu'ils sont.
Le pépiniériste n'osa pas insister et prouver qu'il avait payé impôt sous le régime impérial. Il avait un autre souci en tête, in chapitre plus délicat à entamer :
— Quel dragon! disait-'ilà part lui; du diable si je sais par [uel bout la prendre !
J'étais dans les transes ; rien ne tournait au gré de mes vœux. h ne s'expliquait pas, on s'égarait dans les malentendus. Si;je l'avais pas craint d'empiéter sur les droits du père Grandchamp tde le blesser par mon impatience, j'eusse déclaré nettement e motif qui l'amenait et plaidé moi-même ma cause. Faute de rendre un parti aussi décisif, j'allai m' asseoir près de ma tante, tla comblai de caresses : je voyais en elle un juge et cherchais 'avance à désarmer ses rigueurs* Cette circonstance amena une iplication.
€0 EDOUARD MONGBRON.
— D'où arrives-tu, mon fils? me dit ma tante en m'essuyant le front avec son mouchoir; comme te voilà en nage!
— Dame^ répondit Grandchamp qui prit la parole , nous venons d'au delà de Bièvre, et le soleil est chaud. C'est moi qui TOUS le ramène^ voisine; ce jeune homme s'était égaré.
— Égaré! s'écria ma mère avec inquiétude.
^ — Quand je dis égarée voisines^ je m*entends, reprit le pépiniériste. Égaré sur les bords de l'eau et en compagnie. Jour de ma vie^ comme il y allait ! Du reste, un morceau de choix, j'en conviens !
— Ah ! mon Dieu, s'écria ma mère qui comprit la gravité de Taccusation.
— Eh bien ! dit ma tante, moins susceptible sur ce chapitre, quand cela serait. Ne faut-il pas que le bel âge se passée Qui est-ce qui n'a pas été jeune, moi la première ? Personne n'a été plus jeune que moi. Et vous aussi, vous l'avez été, vieux satyre, quoiquUl n'y paraisse guère, ajoiita-t-elle en se retournant vers Grandchamp. Est-ce que vous n'auriez pas pu les laisser tranquilles, ces agneaux?
C'était la seconde fois que la générale employait, en pariant au voisin, une qualification blessante. A ces piqûres on voyait Grandchamp s*agiter sur sa chaise comme un cheval à qui Ton fait sentir l'éperon. Il tournait à l'aigre, et releva le gant.
— Les laisser tranquilles, dit-il, avec un peu de colère. Vraiment, le conseil est bon ! J'aurais voulu vous y voir, madame la générale.
Ma tante ne savait pas ce que voulait dire ce changement de ton; mais aucune gamme ne l'effrayait et elle eut bientôt pris la dominante. Aux grands airs elle opposa les grands airs.
— Allez toujours, dit-elle ; on vous rejoindra.
-^ Ah ! il fallait les laisser tranquilles, reprit Grandchamp appuyant encore sur ces mots. Nous aurions vu alors de la belle besogne.
— Et que vous importe? répondit ma tante ; n*est-ce pas notre garçon, après tout, et non le vôtre ?
— Oui, voisine, dit Grandchamp de plus en plus irrité; mais savez-vous avec qui je l'ai surpris, ce beau cadet? !
— Ma foi, non, répliqua ma tante^et pourquoi m'en soucie rais-je? . I
— Je Tai surpris avec ma fille, dit Grandchamp d'une toii solennelle. Maintenant, madame la générale, vous comprenef | pourquoi je m'en suis mêlé.
EDOUARD MONGSRON. 6l
— Avec Mariette! dit ma mère en joignant ses mains. Est-ce vrai, mon fils?
Je baissai la tête comme un coupable : ma tante ne se contenta pas de ce muet acquiescement.
— Est-ce vrai, mon garçon? me dit-elle en répétant la question d'un ton plus leste et moins éploré.
— Oui, ma tante, répondis-je à mi-voix et en homme qui demande grâce.
— Ma foi, s'écria ma tante, entraînée par ses souvenirs, c'est de bonne guerre. On a toujours vu cela. Les jeunes coqs s'en vont la crête au vent; quoi de plus naturel? Que ceux qui ont des poulettes, les gardent.
Le feu venait d'être mis aux poudres. Aux derniers mots de ma tante Brigitte, le père Grandchamp, s'était levé furieux. Toutes ses résolutions pacifiques s'étaient évanouies devant ces paroles où se mêlaient Tironie etTofTense.
— Ah ! c'est sur ce pied que vous comptez le prendre, s'écriat-il, là, bien sérieusement, ma voisine?
— Oui, mon voisin, bien sérieusement, répondit la générale, en se mettant au diapason de son interlocuteur.
— Matante! m'écriai- je en essayant d'intervenir et de calmer les parties belligérantes.
— Laisse-moi, mon fiston, dit la générale en me repoussant. Ne faudra-t-il pas prendre des mitaines pour converser avec ce pataud-là? Moi qui ai parlé cent cinquante fois à TEmpereur comme je te parle, je baisserais pavillon devant un fabricant de citrouilles ! Jamais, mon fils, jamais.
— Ma sOBiu-, s'écriait de son côté ma mère, ne t'emporte pas, je t'en supplie !
Les choses s'envenimaient au point qu'il était impossible de les arranger. Quand la fumée des souvenirs montait au cerveau de la veuve Pétermann, à l'instant même, nous voyions se déclarer des symptômes terribles. Nul moyen de la contenir ; elle devenait intraitable. Quoique moins en dehors, la fermeté du père Grandchamp avait une trempe tout aussi solide. Il était entêté à la manière des villageois, c'est-à-dire sans éclat, mais aussi sans retour.
Entre de pareils acteurs^ la scène aurait eu des suites fâcheuses. Ma mère, dont l'esprit était à la torture, voulut tenter un effort, et me prenant à part :
— Emmène Grandchamp, me dit-elle, ou le feu est à !a maison. Brigitte n'a plus sa tête.
6t EDOUARD 1I0II68E0N.
— Je TOUS comprends, ma mère, lui dis-je, et vous^ tâchez de contenir matante.
Je m'approchai du pépiniériste, pendant que la veuve Mongeron exécutait la même manœuvre auprès de sa sœur. Nous formions ainsi une sorte d'obstacle au fluide orageux qui remplissait l'atmosphère.
— Montrez- vous le plus raisonnable, dis-je au vieillard de manière à n'être entendu que de lui; Mariette vous en saura gré.
— Y penses-tu> Brigitte ? disait ma mère. Un homme qui est chez toi, dans ta maison ! Dehors, je ne dis pas.
Ces mots suffirent pour amener un moment de trêve. J'en profitai et poussai le vieillard vers la rue. 11 était agité, mais silencieux ; je le conduisis jusqu'au seuil de son logis. Quand il y fut arrivé, il se retourna vers moi et, appuyant ses paroles d'un geste.menaçant :
— Tu vois celte porte, me dit-U. Eh bien! mon garçon^ si tu essayes jamais plus de la franchir et que je t'y surprenne, je te clouerai là-haut, foi de Grandchamp, comme je le ferais d'une orfraie.