LE BOUDOIR
Goralie occupait, sur l'un des boulevards de Paris, un entresol qu'eUe avait fait meubler avec une recherche exquise. Les arts qui concourent à l'embellissement de nos demeures, n'avaient pas encore imaginé les merveilles dont nous sommes téinoins; il avait fallu que l'actrice marchât en avant de son siècle. L'ébénisterie en était aux lignes qui distinguent la décoration grecque ; le bronze empruntait des sujets à la mytho- ^ie païenne. L'ameublement de Goralie fut la première protestation qui s'éleva contre ces sujets éternellement reproduits. Elle exigea du nouveau et força ainsi l'industrie à étudier l'histoire de l'art et à y chercher d'autres types. On tourmenta, on sculpta le chêne, le poirier» l'ébène, le bois de rose et le palissandre ; on les assujettit à toutes les empreintes et à toutes les formes. Les pieds des tables furent tournés en spirales, tandis ?ue les sommets des buffets reproduisaient les agencements des vieux dressoirs. On revint au bahut, au prie-Dieu, aux meubles ^ incrustation, à la tabletterie patiente et ingénieuse de nos
«6 iDOIJARD M0N6BR0N.
pères. La rocaille eut aussi son tour ; elle passa dans le bronze et mit les bergers du Liguon sur le socle d'où elle renversait le faune du palais Bôrghèse.
Il régnait cbez Goralie un peu de ce mélange dans les ornements ; mais un tel tact avait présidé au choix et à l'assortiment des objets^ qu'on n'éprouvait, en entrant cbez elle^ d'autre sentiment que celui de la surprise à la vue de tant de richesse. Tout était soie, or et velours ; des glaces sur tous les panneaux, des tapis dans toutes les pièces. Mille futilités, éparses çà et là, trahissaient la femme oisive qui cherche dans la dépense naoins une jouissance qu'une distraction. Point de désordre d'ailleurs ; rien de ce qui caractérise la vie du théâtre. Point de mère non plus, ce meuble de rigueur dans toute maison d*actrice ; mais une suivante simplement vêtue et décente dans son maintien. Goralie, on le voit, faisait, à plus d'un titre, exception parmi les reines à qui appartient Fempire des planches.
Quand je me présentai chez la comédienne le jour suivant, je fus introduit dans un boudoir tendu^ d'étoffe de Perse, ce qui était alors un luxe et une nouveauté. Sur l'un des côtés de la pièce, régnait une estrade garnie de coussins et assez rapprochée du sol pour ressembler à un divan. Peu de meubles garnissaient cette bonbonnière ; mais ils étaient d'un choix parfait. Pour tempérer la lumière, un double store, l'un intérieur, l'autre extérieur, descendait devant les croisées, et dans chaque embrasure, une jardinière chargée de fleurs, ajoutait un nouvel obstacle à Véclat du jour et un charme de plus à la perspective. Tout concourait ainsi à faire de cette pièce un asile cabne et doux, discret et voluptueux.
Coralie était accoudée sur son ottomane, tenant un rôle d'une main et supportant de l'autre sa belle tète, d'où s'échappaient des grappes de pheveux blonds. Elle venait d'achever son déjeuner ; on le voyait aux porcelaiines qui chargeaient un guéridon de laque placé à sa portée. A ma vue, elle pe fit pas d'autre mouvement que celui de relever vers moi ses beaux yeux d'un bleu azuré, et m'invitant par un geste à m'asseoir auprès d'elle :
— Ab! c'est vous, monsieur Mongeron, dit-elle, soyez le bienvenu, je vous attendais.
La suivante avait profité de mon entrée pour enlever le cabaret de service et remettre le guéridon à sa place. Elle allait se retirer lorsque sa maîtresse la rappela :
— Ihrsule, lui dit-elle, de l'encre et des plumes, ce qu'il faut pour travailler : pousse près d'ici le petit bureau.
Coralie désignait un meuble portatif en ébène incrusté de nacre, dont elle se servait comme d'un secrétaire. La suivante le fit glisser jusqu'aux pieds du divan, et, pour me donner une contenance, j'7 déployai les feuillets de mon manuscrit.
— Maintenant, petite, ajouta l'actrice, porte close, entendstu et veilles-y toi-même. Nous sommes en collaboration.
Ces derniers mots furent prononcés avec une certaine emphase. Ursule en connaissait sans doute la valeur ; mais c'était une fille intelligente, et qui ne voyait jamais au delà de ce qu'elle devait voir.
— Soyez tranquille, Madame, répondit-elle, je ne bougerai pas de Tantichambre.
Et elle soTlit.
Resté seul avec l'actrice, je ne pus me défendre d'un moment de trouble. Elle n'avait pas quitté sa pose nonchalante et semblait m*étudier d'un œil curieux. Un peignoir de mousseline de couleur l'enveloppait d'un tissu transparent et çà et là indiscret. Point d'ornement, point de guimpe même, rien qui ajoutât à ce négligé l'ombre d'un apprêt. Coralie savait bien où était sa puissance : elle ne voulait pas l'affaiblir en la divisant.
Mon rôle devenait difficile à soutenir ; je ne savais que dire, ni que faire. A tout hasard, je feuilletais mon manuscrit comme un homme qui attend une impulsion. Cette scène muette semblait avoir pour Coralie un charme particulier ; elle la prolongeait à dessein. Sans doute elle n'était habituée ni à cette timidité^ ni à cette réserve, et en jouissait comme d'un fruit nouveau. Enfin, elle s'empara de l'une de mes mains au moment où je cherchais un point d'appui sur le divan.
— Monsieur Mongeron, me dit-elle avec une voix dont Tharmonie me pénétrait, quel est donc votre nom ?
— Mais vous venez de le prononcer, madame ; lui répondisje : c'est Mongeron.
— Enfant ! je le sais bien, poursuivil-elle, mais il ne s'agit pas de celui-lày quel est l'autre ? dites.
— Mon nom de baptême sans doute ? répliquai-je en tournant vers elle des yeux étonnés.
Elle ne me fit d'autre réponse qu'un petit mouvement de tête plein d'encouragement.
— C'est Edouard, madame, ajoulai-je.
— Edouard, s'écria-t-elle avec une vivacité d'enfant, je m'en étais douté ; un nom dont je raffole.
88 iDOUARD MOIIGKaOll*
— Rien ne pouvait me flatter davantage^ Madame, disge sans me départir de mon sérieux.
Coralie comprit que je ne m'enhardissais pas et qu'il fallait me venir en aide. Elle in*obligea à faire face de son côté en s'emparant de mes deux mains et ajouta :
— Écoutez, monsieur Mongeron; notre fort n'est pas Tétiquette, à nous autres actrices. Nos anus veulent que nous soyons bonnes filles, et ils ont, ma foi, raison^ car c'est tout plaisir de rètre. Voulez-vous que je vous avoue une chose ? Mais n'allex pas me mal juger !
— Ah ! Madame, dis-je, avec un redoublement de respect.
— Eh bien ! poursuivit-elle, je ne puis pas dire. Monsieur, trois fois de suite, sans qu'il me prenne des enWes de bâiller. Ça m'écorche la langue ; c'est trop solennel ! Monsieur ! Monsieur! Au théâtre passe, le public est là ; ici c'est plus fort que moi. J'en mourrais d'ennui.
Tout cela était dit avec ime verve, une grâce qu'on ne peut imaginer.
— Eh bien, qu'en dites-vous, monsieur Mongeron ? continuat-eDe en appuyant d'une manière grotesque sur ces deux mots. Tant il y a que si vous voulez que je m'habitue à vous, il faudra que je vous appelle Edouard tout court. Voyons, ça vous va-t-il, ça ne vous blesse-t-il pas, monsieur Mongeron ? Répondez, Edouard.
Peu à peu ce caquet me mettait à l'aise et j'avais un air presque déhbéré quand je lui répondis :
— Mais, Madame, faites à votre guise ; j'en serai vraiment trop flalté.
— A la bonne heure, dit l'actrice, c'est entendu ; et honni soit qui mal y pense ; n'est-ce pas, Edouard ?
— Oui, Madame, répiiquai-je avec chaleur.
C'était une interprétation dont j'avais besoin ; elle mettait mon cœur en repos. Coralie remarqua l'intention et releva le mot :
— Comment dites-vous cela ? s'écria-t-elle.
— Oui, Madame, répétai-je.
— Madame, reprit-elle, tandis que je dirai : Edouard ? comme cela cadrerait ! J'aurais l'air de vous avoir connu en nourrice, mon garçon. Si je dis : Edouard, il faut que vous disiez : Coralie : cela va comme de cire.
— Oui, Madame, répétai-je machinalement.
— Encore, Edouard? vous êtes donc incorrigible ! •— Oui, Coralie, puisque vous l'exigez.
— - Ëniiii^ s'écria Tactrice, vous en êtes Tenu à bout. Il a fallu y mettre le temps.
C'était un chapitre d'éducation, et je ne rachetai pas sans dommage pour mon sang-froid. L'air de ce boudoir était dangereux. Dans ce cadre gracieux, un des plus beaux types de la beauté sensuelle, des cheveux étincelants comme For, des yeux limpides comme l'azur, que fallait-il de plus pour inviter à quelque abandon ? Je sus résister pourtant et m'appliquai à dégager mes mains des mains de la comédienne qui semblait les retenir en otage.
Goralie avait trop d'expérience pour ne pas s'apercevoir de mes combats : elle lisait dans mon cœur comme dans un livre ouvert et prenait plaisir à en feuilleter les pages. Cette expé* rience avait pour elle l'attrait de la nouveauté ; plus audacieux, je l'eusse moins intéressée. Nous restâmes ainsi pendant plusieurs minutes à nous observer, moi par prudence, elle par calcul. Ces pauses lui donnaient le temps d'achever son exameo, de me détailler pour ainsi dire. Quand mes yeux, en se relevant, rencon* traient les siens, il s'ensuivait un moment de vertige. Je les surprenais tantôt noyés de langueur, tantôt chargés de vives étincelles. Cette situation ne pouvait se prolonger sans faire rejaillir sur moi un peu de ridicule. Je ûs un effort pour en sortir et re* porter mon attention vers le manuscrit trop délaissé.
— Madame, lui dis-je...
Elle m'arrêta sur ce mot et ne me laissa pas achever la phrase.
— A l'amende, Edouard ! vous voilà de nouveau en faute ! s'écria^t-elle. Quelle pauvre mémoire !
— Pardon, repris-je ; c'est Coralie que je voulais dire ; l'habitude m'en viendra.
— A la bonne heure, Edouard ; à cette condition vous êtes pardonné; mais pas de rechute, entendez-vous.
— Eh bien! Coralie...
— Parfaitement; vous voyez qu'on s'y fait.
— Coralie, il me semble que nous n'avançons guère notre besogne. Si vous m'indiquiez les changements que vous désirez.
Au lieu de me répondre, elle étendit la main vers le manuscrit, s'en empara et le ût voler à l'extrémité du boudoir, puis se rapprochant de moi et se plaçant de manière à ce que je ne pusse ni éviter son contact, ni fuir son regard :
— Edouard, me dit-elle, laissons ces niaiseries ; Saint-Léon y songera. J'ai à vous entretenir de choses plus sérieuses. Mais
«0 ' ÉDOUABD MONGEROlf.
regardes-mol donc en fece, mon garçon ! est-ce fue je vous fais peur ?
— Oh ! non^lfàd... Coralie^ veàx-Jedire:'
— Dans ce cas, rappro(îhesi-vous de moi, pottrsuMt la sirèfie;... plus près encorev** c'est déjà nûeux ainsi. Il s'agit d^une confession, Edouard, et vous savez que dans une confession on met aussi peu de distance que possible entre les lèvres et l'oreille. Allons, voilà qui est bien ; maintenant ne bougez plus.
— Vous fiâtes de moi ce que vous voulez, hii dis-je.
— Voyez le pauvre garçon, s'écria-t-eile gaiement, et n'estil pas vraiment bien à plaindre ? dans un instant^ Monsieur^ vous porterez la peine de tout cela. Mais n^âi-je pas dit : Monsieur ? ,
— Oui, Madame.
— A Tamende tous les deux et concluons, Edouard, ajoutat-elie, en donnant à sa voix des inflexions plus tendres. Voici une heure que je m'occupe à lire dans votre pensée, vous allez me dire si ma pénétration est en défaut. Mais, avant tout, me promettez-vous de répondre avec franchise ?
Cette interpellation directe m'embarrassa ; cependant elle m'avait dit cela avec tant de bonté, que je n'hésitai pas à répondre d'une manière affirmative :
— Coralie, je vous le promets, lui dis-je.
— Eh bien ! mon pauvre Edouard, vous êtes amoureux, voilà ce que j'ai lu dans votre pensée. Ai-je deviné juste ?
Au lieu d'accroître mon embarras^ cette question me replaça sur un meilleur terrain. Depuis que l'entrevue avait pris un caractère familier^ je me sentais en proie à un remords dont je ne pouvais m'afifranchir. 11 me semblait que je violais la foi jurée, que ma place n'était point là. Le terrain où je marchais me faisait FeiTet de ces prairies mouvantes, parées de gazon et de fleurs, et qui engloutissent sans retour ceux qui y posent le pied. Qui m'assurait que j'aurais toujours la force de résister ? et, même avec la certitude de vaincre, le rôle que je jouais était-il celui d'un homme animé d'un amour véritable ?
Le hasard m'offrait le moyen de prendre une revanche ; je m'empressai de le saisir. Déclarer mon amour, c'était venger Mariette de ce qui venait de se passer. Cette conduite avait des dangers ; je pouvais blesser Coralie, et, par contre-coup, l'indisposer contre Saint-Léon. Cependant je n'hésitai pas.
— Oui, Madame, lui dis-je d'une voix ferme, vous avez deviné juste. J'aime ma fiancée.
Soit que cet aveu ne blessât point la comédienne, soit que le
ÊDOUABD MOlfGBRON. 91
théâtre lui eût donné le talent de se contenir, mes paroles ne pararent pas lui déplaire. Sa bonne humeur au contraire s'en accrut.
— Eh ! mfn garçon^ que ne parliez-vous 1 me dit-elle. Vous avez une fiancée^ et vous me le cachiez ! Fi ! Edouard, que c'est donc mal d'avoir des secrets pour ses amies! Mais je l'aimerai aussi, votre fiancée ! Comment est-elle ? Racontez-moi cela. Est-elle blonde ? est-elle brune ? Où la cachez-vous, cette perle debeauté? *
Ces phrases étaient prononcées rapidement, avec une volubilité étudiée, et peut-être, en pénétrant dans le cœur de la femme, y «ût-on trouvé un peu d'irouie. Cependant ce ne fut qu'un éclair ; elle en revint à un ton plus naturel.
— Vrai, Edouard, dit-elle, je m'intéresse aux amoureux, venez dotm plus près pour me dire cette histoire. Là, bien, et vous raimez de toute votre âme, n'est-ce pas?
— Oh! oui, Goralie, de toute mon âme.
— Pauvre enfant, poursuivit l'actrice, voy«! dmt comme d'y penser seulement, cela l'émeut ! Mais, mon gatçon ne le prenez donc pas avec tant de feu. Et 0lle vous aime aussi sans doute?
— Si elle m'aime, Coralie ! En doutez-vous ?
— C'est juste^ Edopard ; la belle question que j'ai faste là l Qui vous voit, doit vous aimer. Un air si bon, et puis tant de fraîcheur ! Je ne parle pas du caractère ; le vôtre doit être excellent. Allons, c'est décidément une fille heureuse^ que votre ôaucée, ajout^i-t-elle. Et comment la nommez-vous, Edouard ?
— Mariette, répondis-je avec un certain orgueil.
— Mariette, reprit l'actrice ; encore un nom que j'aime ! C'est singulier comm^ nous nous rencontrons. Si j'étais homme, je cberchi^ais une femme qui s'appelât Mariette : c'est un nom doux à prononcer. Et c'est une blonde sans doute que votre Mariette ?
— Non, Coralie, répliquai-je, elle est brune, mais avec une blancheur de blonde. Si vous la voyiez> vous en seriez émerveillée.
— Je n'en doute pas, u^on garçon, dit la comédienne; il faut qu'elle soit bien^ puisqu'elle vous a plu. Brune avec la blancheur des blondes, c'est la perfection. Comment auriez-vous pu résister à cela, mon bel Edouard ? Et sans doute vous la voyez chaque jour?
— Impossible, lui dis-je, elle est trop loin.
— Ah 1 répliqua-t-elle, en laissant échapper un léger cri de « joie ou de surprise, elle est loin ? et oîi est- elle donc?
91 EDOUARD MONGBaOlf.
— A Verrières, rëpondis-j^-
— Une ûlle des champs, ^*ëcria-trelle, je conçois ; une bergère de la banlieue. Eh bien! Edouard, j'en suis^enchantée. Vous êtes à la bonne source. Rien n'esl divin comme les passions pastorales. J'aurais été folle de ees plaisirs. J'aime tant les bergeries ; il ne me manque qu'un berger qui soit tout à fait à mon goût.
Ainsi, peu à peu, la comédienne m'amenaà lui fiûre une confidence complète. Quand je m'arrêtais dans mon récit, elle savait m'imprimer un nouvel élan et elle parvint àm'arracher de la sorte, et détail par détail, l'histoire entière de nos amours. On eût dit que cette passion sincère allait réveiller dans son cœur laséve qui y sommeillait. Parfois, lorsque j'en arrivais aux plus vifs épisodes, elle prêtait une attention si grande qu'on eût dit que son &me était suspendue à mes lèvres. Il y eut un instant où elle se rapprocha de moi au point que nos souffles se confondaient et que les anneaux de ses cheveux venaient se jouer sur mon visage. Vainement aurais-je essayé de délivrer mes mains de la prison où elle les retenait. Elle paraissait en disposer comme d'un bien qui lui appartenait et que j'aurais aliéné.
Tant que la chaleur du récit m'emporta, je remarquai à peine ces circonstances. J'étais tout à mon amour, et, en parlant de Mariette, je me croyais à Verrières, sous les futaies. Ma pensée s'envolait bien loin de ce boudoir, bien loin de cette femme, belle comme une Médée et, comme elle, enchanteresse. Je ne i voyais rien de ce qui se passait autour de moi^ mon imagination seule avait des yeux qui ne tenaient compte ni des obstacles, ni do la distance. Ainsi l'arsenal des séductions s'épuisait dans | le vide, aucun coup ne portait. J'étais trop bien défendu quand je restais sur le terrain de mes amours. Derrière ma fiancée, j'étais invulnérable. :
Goralie s'en aperçut, elle comprit qu'elle m'avait donné an point d'appui et une armure. Je ne sais quel plan nouveau traversa alors son esprit ; mais ce ne fut plus la même femme. Il se i passa en elle une lutte évidente entre l'orgueil blessé et une fan- I taisie mal contenue. Je parlais encore, et elle n'écoutait plus. Enfin comme emportée par une pensée intérieure, elle me seira , vivement les mains. I
— Edouard, mon ami, comme vous savez aimer! s*écria-t-dle. Je la regardai, ses yeux jetaient des flammes, la passion s'en i
mêlait. On la voyait éclater surtout dans le frémissement des I lèvres. La position devenait critique, et je ne sais comment se se-
Tait terminée l'entrevue, si la porte ne se fût ouverte brusquement. Ursule entra :
— Madame^ dit-elle d*un air mystérieux.
— Eh bien I qu*est-ce^ petite ? répondit la comédienne , retrouvant tout'son calme en un clin d'œil.
— Monsieur Albert, Madame! il monte l'escalier, dit la suivante.
Coralîe se leva ; Je Timitai.
— Fais-le passer par le salon, dit-elle.
Puis, quand la suivante fut sortie, elle me conduisit vers Tun des angles du boudoir, où elle pressa un ressort caché par la tapisserie. Le panneau joua, et il se fit une ouverture.
—Nous nous reverrons, Edouard, ajouta-t-elle en m'accompagnant d'un dernier regard.
Je m'engageai dans Tissue, et le panneau se referma juste au moment où le boudoir s'ouvrait au nouveau visiteur. Je regardai autour de moi et reconnus un corridor sombre où je cherchai mon chemin à tâtons. Heureusement Ursule vint à mon secours et me conduisit vers la porte. Je franchis l'escalier, et, anefois dehors, je respirai plus librement; jamais je n'avais éprouvé un pareil bonheur à fouler le pavé des rues.