‹ Pierre MoutonChapitre 44 sur 50 · UNE AMIE · texte numérisé non relu

UNE AMIE

Je me lançai donc dans ce monde mêlé où Coralie m'avait introduit. J'y trouvais le plaisir que l'on éprouve à guéri^un mai par un autre mal. La comédienne m'y encourageait ; elle m'enlaçait avec un art infini et une persévérance dont je cherchais vainement à pénétrer le motif. Était-ce une revanche qu'elle voulait prendre ou un piège qu'elle me tendait ? Peut-être l'un et l'autre. Au milieu des attentions dont elle me comblait, parfois je voyais percer la raillerie.

— Eh bien ! me disait-elle, mon gros Othello ! où en sommes-nous de notre malheur ? Cela prend-il couleur ? cela se dessine-t-il ?

— Voyons, Coralie, lui répondais-je, un peu de pitié. Pourquoi tourmenter vos amis ?

Elle promettait de ne plus revenir à la charge et n'en manquait pas une occasion. Il est vrai qu'elle rachetait ces écarts par une foule de bontés. Entraîné comme je Tétais, je devais aller jusqu'aux dernières limites de l'égarement. Comment résister seul, lorsque autour de moi chacun cédait ? Je voyais s'asseoir devant les tables de jeu des adolescents encore soumis aux servitudes de la tutelle, des femmes qi)i ne pouvaient être capitalistes qu'aux dépens de leur vertu, et voici les mots que j'entendais incessamment^ sans relâche :

— Dix louis à faire ? — Je les tiens. — Il manque vingt louis. — J'en fais quinze. — Et moi cinq. — A qui ces trente louis qui restent sur le tapis ? — A moi.

Ou bien quand les premières lueurs du matin jetaient sur les visages ces teintes blafardes qui sont comme l'expiation d'une nuit sans sommeil, les propos qui s'échangeaient, ressemblaient à un bordereau de baisse :

— Je gagne mille louis. — Moi, j'en perds trois cents. — Moi, deux cents. — Moi, cinquante. — Je fais mon pair. — Je vous

t70 EDOUARD MOMGBROH.

dois trois cents louis ; vous m'en deviez deux cent soixante et dix : reste à trente, Arthur. — Voulez-vous les jouer à la retourne, Eugène ? — Volontiers, Arthur. — A la première dame de cœur ? — Faites les cartes. — La voici ; nous sommes quittes.

Pendant quelque temps, je n'assistai à ces parties qu'en curieux. Je comprenais qu'un employé à cinq mille francs d'appointements ne peut pas s'exposer à perdre deux cent louis dans une nuit. Pour mes débuts, j'avais hasardé quelques appoints : ce système m'avait mal réussi, et j'avais promptement compris que c'était un jeu de dupe. Dès lors, je me contentai d'un rôle passif; trop heureux et trop sage, si j'avais su y persister ! Mais, de toutes les fièvres, il n'en est point de plus contagieuse que celle du jeu. Veut-on s'en défendre? le mieux est de fuir; autrement, tôt ou tard, le mal vous gagne : c'est ce que j'éprouvai. Chaque jour je me sentais moins fort, moins bien gardé contre cette séduction, et je voyais s'évanouir mes scrupules.

Une dernière découverte me décida. Grâce à une plus grande intimité, j'avais pu mieux^ connaître les habitués du salon de Goralie. Les millionnaires réels y étaient rares ; les faux millionnaires y abondaient, lien était dont les pertes se traduisaient en cruelles privations au dehors, et d'autres qui, emportés par l'ardeur des enjeux, en arrivaient à un point où ils n'offraient plus d'autre garantie que leur parole. Je compris que, sur ce terrain, ma position valait au moins la leur, et que je pouvais, au même titre qu'eux, aborder les grandes parties. Ainsi^ ma circonspection m'abandonna. Mes débuts furent heureux^ comme cela arrive à presque tous les joueurs : je gagnai une centaine de louis. Mais l'expiation ne se fit pas attendre : au bout d'un mois j'étais endetté d'une somme égale. Sans Goralie, il m'eût été impossible d'acquitter cette dette d'honneur; elle vint à mon secours et m'ouvrit sa caisse :

— Prends, mon chérubin, me dit-elle, prends ; fais comme si c'était à toi; tu me rembourseras quand tu seras en fonds.

— Mais, Goralie, lui répliquai-je, je ne puis retrouver cette somme que sur mon traitement, et je te ferai longtemps attendre.

— Bah ! dit-elle, la veine change; dans quelques jours d'ici, tu te seras rattrapé. Fl'ends toujours, mon gros, et n'aie souci de rien.

C'est ainsi que peu à peu je me laissai entraîner. A force de voir traiter, autour de moi, les louis avec un suprême dédain, j'-avais fini par perdre comme un autre le sentiment de ce qu'ils représentent dans le cours ordinaire de la vie. Cent louis n'étaient plus à mes yeux deux mille francs, c'est-à-dire

BDOUAftD II0N6BB0N. 271

la moitié environ de mes appointements annuels^ c*était cent louis, voilà tout; une fiche, une clef de secrétaire, quoi que ce soit. Encore moins étais-je tenté de prévoir ce que cent louis de déficit devaient créer d'embarras dans mon modeste budget et de gêne dans ma maison.

Cependant tout n'était pas perdu pour moi dans ces habitudes nouvelles; mes jalousies semblaient s'y éteindre. Plus je sentais que j*avais beaucoup à me faire pardonner, moins j'étais porté à poursuivre la réparation de mes propres griefs. Je me contentais de les tenir en réserve comme justification et comme excuse. Avant que Coralie m'eût attiré dans son salon, j'étais pour Mariette une sorte de bourreau. Je Fobsédais de ma surveillance, je ne lui laissais ni pai^c, ni trêve. Au grand dépit d'Antoine, je quittais souvent mon cabinet afin de prendre ma femme en défaut. Depuis que je fréquentais Coralie, ces inquiétudes avaient cessé. Je souffrais encore ; mais j'étais parvenu à me vaincre. Antoine s'en apercevait, et me témoignait, par ses attentions, combien il était sensible à ce retour. Plus je voyais ce garçon, moins je pouvais le comprendre. Je ne m'appartenais pas, j'appartenais à cet homme. Tout passait par ses mains, mes lettres, mes messages, mes papiers. C'était lui qui me portait mon argent à la fin du mois ; il savait, à un centime près, le compte de mes ressources. Ma^ vie était ainsi percée à jour. Tout serviteur qui en arrive à ce point d'intimité devient un maître.

Un matin que j'expédiais une besogne pressée, je vis ma porte s'ouvrir et Antoine vint à moi.

— Laisse-moi, lui dis-je assez brusquement ; tu me déranges. Le garçon de bureau ne bougeait pas ; il avait une lettre à la

main et la retournait dans tous les sens avec une curiosité inquiète.

— Qu'est-ce ? lui dis-je, impatienté. Que signifient ces airs de mystère?

— Monsieur, dit Antoine, c'est à savoir s'il faut garder ceci ou le rendre au porteur : cela vient de Paris ; trois sous.

11 me tendait en même temps l'objet; je m'en emparai avec un mouvement d'impatience et le décachetai. Voici ce que j'y lus«

Monsieur,

« Une personne qui s'intéresse à vous, mais qui ne veut pas a se faire connaître, croit devoir vous donner le renseignement « suivant ; il vous mettra sur la voie d'un secret que vous avez « longtemps cherché.

« Lundi, entre trois et quatre heures de l'après-midi, dirigez-

« VOUS Ters le faubourg Poissonnière^ au delà de la rue Pétreile. c( Surveillez les voitures dont les stores seront baissés, et, entre « autres, un fiacre couleur chocolat, qui semble obtenir les pré- « férences de la personne qui aime à faire ces excursions.

«c Ce renseignement pourrait vous suffire : en voici pourtant tt un autre. A une centaine de pas de la barrière, se trouve « une porte peinte en vert qui donne sur un jardin. Les aca- Cl cias de Tinlërieur sont touffus ; ils étendent leurs branches « par-dessus le chaperon du mur, et fournissent ainsi de Toma bre au dehors. C'est un détail qui peut vous guider dans cette a reconnaissance des lieux.

tt Ainsi, vous avez l'heure, vous avez le fiacre, vous avez la (( porte, vous avez les acacias ; si tous ces objets réunis ne vous « conduisent pas à la découverte de ce <}ue vous cherchez, c'est c( que le démon s'en mêlera.

« Surtout n'agissez pas en étourdi; tenez-vous bien caché; a autrement on ne répond de rien.

Cl Bonne chance. »

La lettre était sans signature, et je fus sur le point de la rejeter avec le dédain que méritent de pareils écrits. Cependant il y avait là une circonstance qui coïncidait avec ceÙes dont j'avais pu m'assurer. C'était vers les sommets du faubourg Poissonnière que se dirigeait ma femme dans ses 'mystérieuses excursions. Sur ce point le renseignement de l'anonyme semblait fondé. Quand le lundi arriva, je n'y pus tenir, et quittai mon cabinet. Avant de sortir, je voulus donner quelques instructions à Antoine , il n'était pas dans les bureaux ; force me fut d*en chaîner un autre garçon. J'avais calculé les choses de manière à arriver sur les lieux aux heures indiquées ; Tanonyme était d>éi ponctuellement. Une fois rendu, je m'abritai derrière un mur, et attendis. L'attente fut longue, et j'eus le temps de maudire ma crédulité. Point de stores baissés, point de fiacre couleur chocolat ; j'avais été joué. 11 me restait à m*assurer si la porte et les acacias n'étaient pas une chimère comme le fiacre et les stores. Cette fois, le renseignement se trouva justifié ; je rencontrai sur ma gauche et au bout d'un mur blanchi à la chaux une petite porte bâtarde, à demi masquée par le feuillage. C'était une entrée de jardin, et l'état de la serrure indiquait qu'elle était condamnée. J'examinais ces détails, lorsqfue j'entendis derrière moi le bruit de pas qui s'appesantissaient sur le pavé. Je me retournai ; c'était Antoine; il nous échappa une exclamation simultanée.

ÂDOUABD MONGERON. t7â

— Vous Ici, Monsieur ? dit-il.

— Toi ici ? m'écriai-je.

— C'est Yrai^ ajouta le garçon, qu'à me voir dans ces quartiers, on me prendrait pour un chien perdu. Mais il faut vous dire. Monsieur, que j'ai un oncle laitier au boulevard Rochechouart, et que, de temps en temps, je viens le voir. Dame ! il faut les soigner, les oncles, il convient d'être bien dans leurs papiers. Ai^ourdliui le bureau a eu tort.

Je regagnai la rue de TOaest. Quand j'y arrivai, Mariette était absente; elle ne rentra qu'une heure après. Cet épisode ne laissa d'ailleurs dans mon esprit que des traces fugitives ; le tourbillon de ma vie nouvelle en eut bientôt emporté le souvenir.

Depuis que je m'étais créé des relations hors de ma maison, les habitudes en avaient été modifiées, Mariette ne recevait qu'à cause de moi ; elle prit motif de mes absences pour vivre dans un complet isolement. Denise lui suffisait; ces deux femmes se comprenaient, s'entendaient à merveille. Un jour ma femme allait chez les Bernard; Tautre jour les Bernard venaient chez ma femme ; la soirée s'écoulait entre le travail et les causeries. Le commis lisait le journal ou jouait avec son enfant, et dans les grandes occasions on avait une tasse de thé et des gâteaux. A ce tableau de famille, il ne manquait que mol; j'y brillaisipar mon absence. Quelquefois Bernard s'en révoltait et poussait les choses jusqu'à m*accuser. Alors, Mariette lui mettait la main sur la bouche et lui disait :

— Mêlez-vous de vos affaires, monsieur le grondeur ; mêlez* vous de vos affaires.

Moi-même, après des nuits sans sommeil, souvent j'éprouvais quelque plaisir à rester dans cet intérieur tranquille. Ou bien, j'allais surprendre les Bernard à l'issue de leur dîner, et je passais quelques heures avec eux. Mon collègue ne manquait pas de mettre l'occasion à profit, et m'adressait une mercuriale que j'écoutais en homme résigné. Le digne homme ne savait pas, ne pouvait pas savoir comment j'avais été conduit là. A quoi bon le mettre dans de telles confidences ? Les eût-il comprises seulement 1 J'aimais mieux jouer, à ses yeux, le rôle de coupable que celui d'offensé.

Un soir pourtant il se passa chez lui une scène qui ne fut pas sans influence sur mes déterminations. Je les trouvai tous deux à table^ le mari et la femme, qui di'essaient leur petit état de fortune. Denise prétendait que leurs bons de Naples ne représentaient que deux mille huit cents francs; Théophile soutenait qu'ils devaient aller à deux mille neuf cents francs. Là-dessus,

174 ÉDODARD MORGERON.

grand débat. U faut dire que, depuis qu'il ne s'avisait plus de spéculer sur les lapins, Bernard était devenu capitaliste. 11 avait disséminé çà et là de petites sommes jusqu'à la concurrence de cinq mille trois' cents francs qui constituaient alors son actif, net de toutes charges. Encore ne comprenait-il là dedans ni les épingles de sa femme, ni six cents francs en or qu'elle avait cachés, Dieu sait où! et qui devaient servir au trousseau de leur fille. Il ne faut pas croire d'ailleurs que ces épargnes eussent été obtenues aux dépens du bien-être domestique. Jamais, au . contraire, la maison n*avait eu meilleur air : à part le jardin, tout était mieux qu'à Belleville. Ce qui avait formé ce pécule, c'était le travail de Bernard et une spéculation heureuse sur deux cents mètres de terrain qu'il avait su acheter et revendre à propos. Mon arrivée termina le conflit; les bons de Naples furent oubliés et Fentretien devint général. Toutes les fois que j'allais chez Denise, elle ne manquait pas de se mettre en frais pour me retenir. De son côté, Bernard se montrait sensible aux petits raffinements dont ma présence était le motif et les partageait avec une satisfaction évidente. Cependant, quand il eut achevé son café, il se leva et prit sou chapeau.

— Eh bien ! où vas-tu. Monsieur Bernard? — lui dit sa femme.

— Où je vais, mignonne, je vais voir à ine lancer dans le grand, comme Mongeron.

— Voyez-vous le débauché ! dit gaiement Denise.

— Oh ! moi, ajouta Bernard, ça ne me manque jamais. Toutes mes soirées sont prises. Entre cinq ou six, j'ai un grand-livre qui m'attend ; entre sept et neuf, j'en ai un autre.' Voilà le genre que je me donne. Deux et deux font quatre, à perpétuité. Que voulez- vous, Mongeron, il faut bien que l'eau arrive au moulin.

En achevant ces paroles, il vint embrasser sa femme^ et regardant la pendule :

— Sept heures moins dix, s'écria-t-il ; je suis en retard de trois minutes. Que pensera mon carrossier?

U s^élança vers la porte, et, avant de la fermer, il m'adressa un dernier mot :

— Mongeron, dit-il en me montrant sa femme du doigt; vous avez les coudées franches ; allez.

— Fi, le libertin ! s'écria Denise.

Nous restâmes seuls, et, après quelques minutes de silence, je dis :

— Le brave homme !

■— Oh! oui, le brave homme, me répondit Denise en me remerciant du regard; on irait loin pour en trouver un meilleur.

Voici bientôt quinze ans que nous sommes mariés, eh bien! jamais il ne m'a donné une minute de chagrin. C'est simple comme un enfant et doux comme un agneau. Puis laborieux, laborieux ! il périrait à la peine, si je ne le retenais.

— Vous vous aimez, Denise, lui dis-je en laissant échapper un soupir; quand on s'aime, on est toujours heureux. Que je vous envie !

— Vous, voisin, et que vous manque-t-il pour être heureux centime nous ! N'avez- vous pas une femme qui est une perfection ? Allez, je la connais bien, Mariette. Elle est un peu fière, un peu en dedans; mais que de qualités! Ah! si vous aviez su la prendre?

— Moi? dis-je piqué au vif. Et après un court silence, j'ajoutai : Vous ne savez pas tout, Denise...

— Voisin, voisin, j'en sais beaucoup, dit-elle en secouant la tête ; est-ce que je serais femme sans cela? Nous cache-t-on quelque chose, à nous? C'est bon pour Bernard de ne rien voir; mais nous !

— Vous, Denise, et que savez- vous?

— Écoutez, Monsieur Mongeron, voulez-vous que je vous parle franchement, là, bien franchement?

— Faites.

— Eh bien ! vous comprenez que je ne vois pas tous les jours Mariette sans qull soit un peu question de vous entre elle et moi. De quoi pourrions-nous parler, nous autres femmes, si ce n'est de nos maris? C'est notre seul bonheur, après tout. Noua nous sommes donc occupées de vous souvent, très-souvent. Fautil maintenant vous dire tout ce que j'en pense?

— Soit, Denise, ne me ménagez pas; je puis tout entendre ; parlez.

— Alors, voisin, je vous dirai nettement que vous avez tort; oh ! là, bien tort.

Elle avait prononcé cette condamnation d'une manière si formelle, que j'en éprouvai un peu de dépit. Je me levai brusquement.

-;- Voilà bien les femmes I m'écriai-je. Comme elles se soutiennent entre elles I Vous ne savez pas tout, vous dis-je.

— J'en sais assez, reprit sévèrement madame Bernard, pour voir que les torts sont plutôt de votre côté. J'aime Bernard, n'estce pas! jeTaime autant qu'une femme peut aimer. Ehb^en I s'il m'avait fait la moitié de ce que vous avez fait à Mariette, je l'aurais déjà quitté.

Jamais je n'avais entendu Denise s'exprimer ainsi ni avec un tel accent. Je me sentis troublé.

276 , ÉDaCARD MONGERON.

-* Denise, Denise, si tous saviez I lui dis-je d'un ton suppliant

— Mon Dieu I je devine, voisin, je sais combien il peut se loger de mauvaises idées dans la tête d'un homme. Mais croyez-moi, vous avez tort, bien tort.

Je ne pouvais la tirer de cette sentence ; elle y revenait toujours. — * Ah 1 m'écriai-je, si seulement j'étais sûr que Mariette m'aimâtl

— Si elle vous aime, voishi, en doutez- vous?

— Oui, Denise, j'en doute, répliquai-je, et cette fois avec un accent convaincu.

— C'est là votre tourment; eh bien ! me dit-elle, attendez . Madame Bernard se leva, alla droit à un secré^taire, et, après

en avoir fouillé les tiroirs, elle y prit une lettre, puis revint s'asseoir à mes côtés :

— Qu'est-ce î lui dis-je.

— Une lettre de Mariette, voisin.

— Vous êtes donc en correspondance avec elle?

— Voici ce que c'est, Mbnsieur Mongeron. Un soir, nous causions précisément à votre sujet, et comme j'ai été aujourd'hui dure pour vous, je Tétais pour elle. Dans cette maison-ci, on ne souffre rien de louche. Quand j'ai vu que vous quittiez votre femme, je Fai soupçonnée d'abord, et j'ai voulu en avoir le cœur net Si Mariette ne s'était pas expliquée de manière à me satisfaire, j'aurais dit à Bernard : — Rompons ! et nous aimons rompu. Je l'ai donc pressée, et, au lieu de me répondre sur-lechamp, elle m'a dit : Je vous écrirai. Et, en effet, elle m'a écrit. Voici sa lettre, voisin; c'est après l'avoir lue que je lui ai donné raison et que je vous ai donné tort. Oui, répéta-t-elle avec solennité, vous avez tort. Monsieur Mongeron.

— Et que dit cette lettre, Denise?

— Tenez, lisez, répliqua-t-elle, en me la remettant

Page 1