‹ Pierre OlivaintChapitre 10 sur 293 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

n'accorda pas au père la grâce suprême du repcnlir, en prévision du sang que le fils devait un jour verser pour le nom de Jésus'?

La mort inopinée de l'ancien officier jetait la veuve et les orplielins dans un état voisin de la misère. Mme Olivaint, vaillante et dévouée, s'imposa les plus dures privations et accepta de grand cœur pour elle la situation la plus pénible, afin de subvenir à l'éducation de ses enfants. Ses deux fils purent ainsi poursuivre leurs études au collège Charlemagne, et leur jeune sœur, après bien des démarches, fut reçue, au mois de mai 1837, dans la première succursale de la Lrrjion d'Honneur. IMerre, mûri soudainement par l'infortune, plein du souvenir douloureux de son père mort et de sa mère malheureuse, eut la consolation de trouver dans sa détresse l'afTectueuse sympathie de vrais amis.

Dieu lui fit la faveur de mettre sur son chemin quelques jeunes gens d'élite capables de comprendra son âme et dignes de s'associer à sa vie. Au début, ces amitiés fortes, dévouées, fraternelles, n'étaient pas encore des amitiés chrétiennes. Fondées sur des relations de famille, sur la convenance de l'humeur, sur la communauté des mêmes travaux, sur la même aspiration généreuse, mais un peu vague, vers tout ce qui leur semblait meilleur, ces intimes liaisons furent pour tous la sauvegarde de leur jeunesse, et

1. « Priez aussi pour celui qui a été mon père selon lachair.... L'espoir de soulager un peu sa pauvre âme est une des raisons qui m'entraînent vers une vie de sacrifice et de pénitence. » (Lettre de Pierre Olivaint à l'abbé Lacordaire, datée du 8 avril 1839.

plus tard, pour Pierre converti, le moyen d'exercer un très-efficace apostolat.

ils étaient cinq ou six amis intimes qui, le dimanche et le jeudi, se réunissaient à la table de Mme Olivaint. Les survivants dépeignent avec bonheur les charmes de cette société d'écoliers parisiens, simples dans leurs goûts, affables dans leurs rapports, passionnés pour leurs études, égayant de longues causeries, parfois sérieuses, par les saillies spirituelles, les éclats de rire et les bons mots. Pierre, avec ce mélange de vivacité, de fin bon sens, d'abandon et d'entrain qui formait son caractère, mettait tout le monde à l'aise, et trouvait à fréquenter ses francs et joyeux camarades sous les yeux de sa mère, sa meilleure récréation et à peu près son seul plaisir. Son cœur débordait pour eux de tendresse, et le moindre nuage qui passait sur leur amitié le rendait malheureux.

« 11 n*y a pas d'indifférence entre nous , n'est-ce pas? écrivait-il un jour. 0 mon ami, toi qui m'as rendu la vie si douce et si heureuse, toi qui as reçu la confidence de toutes les pensées de mon âme, en me communiquant les tiennes, pourrais-tu devenir indifférent pour moi? Je ne le pense pas, cela me ferait trop de peine.... Quand avons-nous fait de longues causeries cette année? En avons-nous fait une seule, comme jadis sous les tilleuls de la pension? Ne crois pas que j'en vienne jamais à l'indifférence. Qui a connu ton caractère si bon, si dévoué, ne peut être indifférent pour toi; il faut qu'il t'aime ou qu'il te haïsse, et tu sais bien que personne ne peut te haïr. »

Page 1