Journal des Débats. 10 mars
Plus on prodiguait l'insulte à ceux qu'il aimait, et plus il sentait croître sa sympathie pour eux.
Certains procédés odieux révoltaient sa délicatesse. N'avait-on pas proposé aux élèves de Cliarlemagne, son collège, pour sujet de plaidoyer: Arnauld attaquant les Jésuites et défendant V Université^ éternelle déclamation à laquelle s'exercent encore aujourd'hui les rhétoriciens et les stagiaires ! Le palais Mazarin retentissait de discours académiques où la justice et la vérité n'étaient pas moins outragées que dans les chroniques et les feuilletons ^ Le Juif Errant enrichissait scandaleusement un romancier et des journalistes. Au Collège de France, Quinet et Michelet rivalisaient de zèle et d'hahiletè pour travestir l'histoire et les règles de la Compagnie de Jésus. Une jeunesse passionnée se donnait rendez-vous au pied de leur chaire, la plupart venant applaudir, quelquesuns protester.
Durant l'hiver de 1843, Pierre Olivaintqui habitait Paris avec son élève, eut souvent l'occasion d'assister aux scènes tumultueuses auxquelles donnaient lieu périodiquement les leçons des deux professeurs. Un jour, racontait-il plus tard, Quinet devait faire scandale, à propos de l'inquisition d'Espagne; il l'avait annoncé, et les auditeurs s'apprêtaient à saisir, dans l'histoire du passé, de malignes allusions aux querelles présentes. Avertis de ce qui se tramait, Pierre
1. Deux fois en six mois les Jésuites servirent de thème aux amplifications littéraires d'illustres académiciens : le 30 juin I84Î, c'était M. Villemain, le 8 décembre de lamêmeannée, M. Mignet, qui faisaient preuve de ce facile courage.