CHAPITRE IX
et quelques autres jeunes gens courageux parvinrent à prendre place au premier banc de ramphithéàtre, en face de l'orateur. Silencieux et graves, ils n'entendaient d'ailleurs protester que par leur présence et leur attitude déterminée. C'en fut assez ; à leur vue, Quinet, qui les connaissait pour la plupart, resta quelques instants sans mot dire ; puis, il tira de sa poche une leçon de rechange, préparée à tout événement, une leçon bien sage , tout à fait inoffensive sur Christophe Colomb. — « Voilà donc, disait Pierre Olivaint à ses amis, sur le seuil du Collège de France, voilà donc la bravoure et la conviction de ces hommes ! Pour les déconcerter, il suffit que quelques catholiques se présentent le front haut devant eux ! »
A mesure que la lutte devenait plus vive, Pierre Olivaint s'y mêlait avec plus d'ardeur.
Les défenseurs du bon droit dans les rangs desquels il prenait place, n'avaient, il est vrai, pour eux ni le nombre, ni la faveur des puissants, ni les applaudissements de la foule. D'autre part, il se rencontrait pour blâmer ce qu'on appelait leur zèle indiscret, des hommes d'une prudence excessive, prêts à faire la pai't du feu pour sauver la maison, à jeter Jonas à la mer pour apaiser la tempête, à sacrifier en un mot les Jésuites, sous prétexte de ne pas compromettre dans leur impopularité les autres religieux, le clergé, l'Église elle-même.
Pierre estima plus sages et plus généreux les chrétiens qui, suivant l'exemple des évêques, soutenaient deleur sympathie le bataillon posté à l'avant-garde.En
toute rencontre il prit parti pour la Compagnie de Jésus persécutée ; il étudia de plus près son histoire, pour y trouver des armes contre la calomnie; il s'identifia peu à peu avec elle, heureux d'avoir part aux outrages qu'elle supportait avec joie pour le nom de Jésus. Bientôt, il se sentit pressé par ce mystérieux attrait des âmes fortes pour les bonnes causes trahies et un moment perdues. — ^c Peut-être la persécution vous attend, avait-il écrit au P. Lacordaire dès 1839, et je ne soulîrirai pas avec vous. » La persécution sévissait d'un autre côté, et il se retournait vers elle, et qui sait s'il n'entrevoyait pas au delà, comme un but possible et désiré, le martyre?
Combien de vocations datent du môme temps et s'expliquent par la même cause ! « Il y avait quelque chose dans l'air, nous écrit un ami d'Olivaint qui marcha peu après sur sa trace ; c'était comme un courant d'attraction vers la Compagnie de Jésus. Et qu'est-ce donc qui s'éveillait en nous'^ L'attrait de la persécution dirigée contre elle. A cette grande pensée, voler à la défense de l'Église et de la France en péril, s'unissait dans nos cœurs le désir ardent de consoler ceux qui souiïraient pour la justice, de les consoler par la plus significative des adhésions, en confondant notre destinée avec la leur et en vouant au service de la cause sainte qu'ils défendaient notre vie et nos personnes. >^
11 ne nous est malheureusement pas donné de suivre, dans l'âme d'Olivaint, les progrès de cette détermination généreuse, pas plus que nous ne pouvons marquer l'instant précis où elle avait pris naissance.