CHAPITRE IX
Presque nen dans ses notes intimes ou dans sa correspondance ne nous révèle les phases de ce travail intérieur qui se poursuivit pendant quatre années environ. Il n'en reste pas moins certain que le motif principal de son choix fut bien celui qu'on nous signale : Vallrait de la persécution^ la passion du dévouement, cette sainte folie qui « nous fait prendre à faveur extrême et singulier honneur les affronts, les calomnies, vitupères et opprobres que le monde nous fait, et quitter, renoncer, rejeter toute autre gloire, sinon celle qui procède du bien-aimé crucifix ^ »
Peu après son entrée dans la Compagnie de Jésus, Pierre écrivait à un intime confident ; « C'est ici le poste à tenir, puisqu'il est attaqué de la sorte. Nos adversaires, en y portant leurs grands coups, nous indiquent eux-mêmes l'endroit à défendre : cest le camp d'Israël. »
Il s'engagea donc volontaire, par vaillance de cœur, et dans le même sentiment héroïque dont il fut, vingt-cinq ans plus tard, la glorieuse victime.
C'est ce qu'atteste encore la lettre suivante adressée, au mois de janvier 1845, à un ancien élève de l'École normale, alors au noviciat. Ce message était confié à un autre camarade d'école, proche parent de Pierre Olivaint, et qui parlait a t>oii tou*-
« Mon cher Frère, ce Encore un normalien qui prend la fuite ! Pir**,
1. Saint François de Sales Traité de icmour de Dieu, livre Al, Ichap. XIX.
qui te polie ma lettre, est bien heureux d'avoir déjà pu te suivre. Tu as choisi la bonne part et depuis longtemps tu me fais envie. Mais bientôt peut-être il me sera aussi donné de prendre le même chemin. Ma seule pensée, mon seul désir, depuis bien des années déjà, c'est de me consacrer tout à Dieu, et il me semble que la haine dont les Jésuites sont Vohjet^ au lieu de m'effrayer^ excite mon ambition et mon courage. Prie pour moi, mon cher ami, afin que bientôt la liberté me soit rendue, afin que je devienne un bon et fidèle religieux et, s'il plaît à Dieu, un fervent Jésuite.
« J'ai bien des excuses à te faire. J'ai laissé autrefois sans réponse une lettre bien bonne et bien affectueuse que tu m'avais écrite quand j'étais à Grenoble. Je ne sais vraiment plus maintenant pourquoi je ne t'ai point répondu, mais ce que je sais, c'est que ce n'était pas indifférence à ton égard. Le souvenir que j'ai emporté de toi en quittant l'École m'a toujours été précieux, et j'ai senti que je t'aimais encore davantage, quand, cédant à la grâce, tu as pris le chemin de Saint-Acheul et d'ïsscnheim. Attire-moi, mon cher ami, par tes vœux et tes prières; que nous soyons encore à l'école ensemble, mais cette fois à l'école de l'humilité et de l'obéissance, de la pauvreté évangélique , de la chasteté bienheureuse, de la charité et du zôle qui font les aputres. Le bon Dieu nous a fait trop de grâces dans la première école eii nous nous sommes rencontrés, pour ne pas nous où accorder de nouvelles et de plus précieuses dans ce saint noviciat où nous devons l'avoir lui-même pour Maître. Que nos anciens amis deviennent, s'ils