‹ Pierre OlivaintChapitre 108 sur 293 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le veulent OU s'ils le peuvent, professeurs de facultés, recteurs môme et grands mandarins; pour nous, serviteurs de Jésus-Christ, au milieu des fatigues cl des souffrances, sous le poids des opprobres dont fut abreuvé le Sauveur et qu'on n'épargne point à ceux qui osent encore porter son Nom, nous n'aurons rien à leur envier; et peut-être, à son dernier jour, plus d'un d'entre eux appellera le pauvre jésuite pour lui demander le bonheur, la paix et la réconciliation avec Dieu. J'ai pensé plus d'une fois, mon cher ami, à saint François Xavier apprenant à ces docteurs superbes qu'il avait laissés en Europe, combien le joug du Seigneur est doux, combien il vaut mieux s'attacher à son service que de vivre pour soi-même dans les joies coupables de l'égoïsmc et de l'orgueil.

« Prie donc pour moi, mon cher Ch.... Un mot d'encouragement de ta part me ferait du bien. Notre ami Ph. .. te dira où en sont mes affaires.

« Si nous nous mettions tous à prier de tout notre cœur nous parviendrions peut-être à gagner Pitard.

<?■ Tout à toi de cœur, in corde Jesu.

« Olivaint. 3

La grande et définitive résolution que Pierre avait prise le rejetait au milieu des mômes difficultés qui l'avaient arrêté une première fois. Comment parviendrait-il à vaincre les résistances et les pleurs de sa mère? Sans doute, trois années de travail et de sacrifice avaient payé sa rançon ; l'éducation de Georges de la Rochefoucauld s'achevait et laissait le précepteur libre de tout autre lien que de celui de sa ten-

dresse filiale. Grâce à lui, sa famille était désormais à l'abri de la pauvreté; ce devoir d'un bon cœur avait été admirablement rempli.

Malgré tout, une lutte cruelle se livra dans son âme entre son amour pour sa mère et son amour plus grand pour Dieu !

Ce furent encore et à plusieurs reprises des scènes douloureuses qui rappelaient ce que saint Jean Chrysostome a raconté de lui-même, quand sa mère l'enchaînait dans ses bras et le retenait captif sur son sein*. Mme Olivaint ne comprenant rien encore à a magnanime détermination de son enfant, pleuiaif^ suppliait, s'indignait.... Pierre, comme il disait à ses confidents, tâchait de la préparer un peu. laissant pressentir son dessein, plutôt qu'il ne s'en ouvrait entièrement. Mais il n'était pas, humainement parlant, de préparation possible. Un digne ami de la famille, M. Douillet, mal inspiré par une affection pourtant bien sincère, combattait de nouveau pour la mère contre le fils. Il avait même imaginé un expédient pour tout concilier : « Si vous voulez absolument entrer dans les ordres, mon ami, disait-il à Pierre, que ne restez-vous du moins dans l'Université comme M. B***?... » C'était un ancien diacre qui avait repris la vie laïque.

Loin de nous la pensée de censurer avec rigueur les résistances d'une mère inconsolable. Voir de

l.Elemm ubi ilta suhodorata est id me consilii inire,... xn lacrymavum faciles prorupit, verba etiamnum adjiciens. qiise me plus lacrxjmis illis omnibus ad miser icordiam pcrtrahercnt.... {DeSaceriotio, lib. I.)

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