CHAPITRE K
question se posera pcul-ôtre au premier jour et M. N*** pourra te consulter. Je t'avoue tout simplement qu'il me serait pénible de penser que tes conseils le détourneraient de donner son assentiment à quelque Mémoire favorable à la liberté des associations religieuses. Je ne prétends nullement, crois-le bien, te blâmer de l'influence que tu as eue sur lui une première fois; dans l'état d'esprit où tu étais encore, tu ne pouvais voir les choses autrement.
a Bien cher ami, quand tu m'écriras, mets seulement : M. Olivainl, Laval, maison Saint-Michel. Si tu mets jésuite, tes lettres pourraient bien être lues en route.
« Encore une fois, que Dieu bénisse ton mariage. Ma mère, je te la recommande encore.
«Tout à toi dans le cœur de notre bon Maître, Jésus-Christ, où je te donne rendez-vous pour le moment de la Consécration et de la Bénédiction à la Messe de ton mariage. Oh! si tu savais ce que c'est que la communion ! Si ton âme, le même jour, pouvait, elle aussi, se mariera Jésus-Christ! Je communierai pour toi. Tout à toi en Notre-Seigneur, et aux amis.
ce P. S. Prends connaissance d'un mémoire sur les associations religieuses que viennent de publier MM. Berryer, de Yatimesnil, etc. »
Cet ami auquel le Frère Olivaint écrivait sa première lettre, datée de Laval, contractait, quelques jours après, un brillant mariage. La cérémonie religieuse eut lieu à l'église de la Madeleine ; au milieu d'une grande affluence de parents et d'amis on aperçut la pauvre mère du novice absent, qui, malgré
sa douleur, avait voulu tenir la place de son fils. Mme Olivaint, perdue dans cette foule qui entourait l'heureux couple à la sacristie, semblait absorbée par une triste et amère préoccupation. Quel contraste, en effet, entre le sort de son fils et le sort du jeune avocat auquel souriait la fortune! L'ennui d'une solitude que Dieu ne remplissait pas, des préventions que le chagrin rendait implacables, tourmentaient le cœur de la malheureuse mère. Le monde la plaignait sans pouvoir la consoler; mais Dieu, dans sa bonté miséricordieuse, se disposait à sauver cette âme en considération du sacrifice fait pour elle.
Quelque temps après le départ de Pierre, Charles Verdière s'aventura à rendre une visite de condoléance à Mme Olivaint. La vue de cet ancien camarade de son fils, qui allait, peu de jours après, s'enfuir à son tour loin du monde*, causa à cette mère inconsolable une peine si poignante, que, sans trouver presque à dire un seul mot, elle salua le visiteur et l'ccouta dans un froid et sombre silence.
Le Frère Olivaint, inslruit de tout cela, souffrait cruellement; une seule pensée consolait sa douleur, c'est que le salut de sa mère en serait quelque jour le prix.
Il y a peu de chose à dire des premières années
1. Pierre avait dit à Charles, au moment de le quitter: «Toi, tu partiras au moment du déménagement. » Ce qui se réalisa bientôt à la lettre. En effet, le jour où Charles, qui se rendait à Rome pour y faire son noviciat, vint dire adieu au R. P. Rubillon, provincial de France, il trouva la cellule encombrée de papiers et de menus objets. C'était le déménagement prévu qui s'opérait, en conséquence des mesures conseillées par le Père Général.