CHAPITRE X
que le Frère Olivainl passa dans la vie religieuse. Au noviciat, qu'a-t-il fait? — Vraiment rien, du moins en apparence. Le professeur est devenu disciple; pour lui, la prière a remplacé l'étude; d'humbles exercices manuels et quelques essais d'apostolat remplissent ses journées. Cependant, n'est-ce pas assez de mener la môme vie que Jésus à Nazareth?
Ceux qui virent le novice à l'œuvre affirment unanimement que ce repos fut fécond et que Pierre Olivaint sortit de son désert, transfiguré par l'énergie de ses eilorts et le travail incessant de la grâce.
Dès le début, les petites épreuves, qui sont parfois les plus crucifiantes, ne lui manquèrent pas. Il y avait à Laval un jeune homme d'une vertu exemplaire, mais d'un caractère ardent, qui, formé déjà à la discipline du noviciat, était chargé auprès des autres des fonctions d'admoniteur, c'est-à-dire qu'il servait de perpétuel intermédiaire entre les supérieurs et ses frères. Plein de zèle pour l'exacte observation des moindres règles, il les interprétait, dans son inexpérience, avec la dernière rigueur, non sans y mêler des minuties de son invention qui exerçaient singulièrement la patience de tous. Le Frère Olivaint, âgé de vingt-neuf ans et qui savait son monde, avait plus de mérite à se soumettre à ces exigences, parfois un peu puériles. «Jamais, cependant, il ne parut y faire attention, » raconte un témoin.
Ce n'est pas que la nature fût encore entièrement domptée. La vivacité du caractère se trahissait quelquefois par des mouvements bientôt contenus. Ses
frères ont gardé le souvenir d'une scène assez plaisante dont l'ancien professeur fut le héros.
Il est d'usage que les novices s'exercent à faire le catéchisme, f/un d'eux remplit alors le rôle du curé ou du vicaire; tous les autres, le rôle des petits enfants, ce qui permet quelques questions insidieusement naïves et même un peu d'innocente dissipation. Or, un jour, le Frère Olivaint, catéchiste à son tour, eut à subir l'épreuve de cette turbulence calculée; ce fut bientôt fait; il mit successivement et sans façon presque tous ses prétendus élèves à la porte. C'était un reste de ce qu'on pourrait appeler sa première manière. Mais il s'en défît peu à peu pour devenir de plus en plus aimable, simple, enjoué, plein d'égards pour chacun.
Consciencieusement appliqué au moindre devoir, il apportait un soin particulier à la rédaction des conférences sur les règles. Le résumé qu'il en faisait, toujours très-exact et très-complet, était recherché des autres avec empressement ; il le prêtait avec bienveillance, sans fausse modestie.
Les novices sortaient peu de la maison, cl quoique Laval fût une des villes les mieux disposées en faveur de la Compagnie, on avait dû leur recommander une grande prudence dans leurs excursions à travers la campagne. Qui sait? Se réunir cinq ou six sous un arbre ou près d'un ruisseau, c'en était assez peutêtre pour alarmer bien des gens 1
Un jour que le Frère Olivaint faisait une de ces rares promenades aux environs, ayant pour compagnon de route celui qui devint, en 1871, son succès-