‹ Pierre OlivaintChapitre 123 sur 293 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

seur iinmôdial à la Maison de la rue de Sèvres, il rcnconlra un malheureux qui, dans un accès de désespoir, se disposait à se précipiter dans la rivière. Les deux novices s'élancent, l'arrélent, lui font d'amicales représentations. Le Frère Olivaint, raconte le complice de sa bonne action, parla si bien à ce pauvre homme, (^^ .^ le ramena avec lui jusqu'aux portes de la ville, le quittant là, de peur de l'embarrasser, après lui avoir fait promettre de se réconcilier au plus tôt avec Dieu. « Oh ! merci, répétait celui qu'il venait de sauver, merci, mon bon monsieur; vous m'avez converti. »

Cependant la paix relative dont jouissaient les novices de Laval ne tarda pas à ôtre troublée par le3 tracasseries d'un pouvoir soupçonneux et craintif.

Le ministère, à la tête duquel se trouvait alors M. Guizot, tout en cédant aux injonctions de la Chambre, essayait d'éviter la persécution violente. Dans sa perplexité, il avait expédié M. Rossi à Rome, afin d'arracher au Souverain Pontife un acte de faiblesse. Celte injurieuse espérance fut promptement déçue. Grégoire XYI aima mieux continuer Pie YII que de retournera Clément XIV. Seulement, pour le bien de la paix, il fit un signe, il manifesta un désir au Général de la Compagnie de Jésus, et aussitôt celui-ci proposa, sans l'ordonner, aux deux Provinciaux de France, la diminution ou la dissolution de quelques maisons plus nombreuses. Il fut obéi ; les maisons de Paris, plus en vue et plus attaquées, furent en partie évacuées, et les religieux qui les habi-

taient dispersés par petits groupes dans divers quartiers.

Il semblait difficile d'en exiger davantage, puisque, de l'aveu même de leurs ennemis, les Jésuites étaient, dans leur façon d'agir, irréprochables. Leur éloquent défenseur à la Chambre des Pairs pouvait affirmer, en effet, sans crainte d'être contredit, que le garde des sceaux, « quoique très-vigilant à l'égard des écarts ecclésiastiques, n'avait pu mettre la main sur le plus petit jésuite, afin de le traduire, pour la moindre contravention, devant la police correctionnelle ^ »

Il importait peu ; le ministère toujours tremblant, pour apaiser l'opposition toujours implacable, réclama une plus complète dispersion. Le noviciat de Laval fut choisi pour victime, et vingt jeunes religieux adonnés à la vie la plus pauvre et la plus humble durent fuir jusqu'au fond de la Bretagne. Vannes ouvrit au Frère Olivaint et à ses compagnons un asile presque aussi précaire que celui qu'ils venaient de quitter. Il ne resta plus à Laval que les étudiants de théologie.

Le Frère Olivaint, arrivé en Bretagne au mois d'octobre 1845, y demeura jusqu'en septembre de l'année suivante. Il y poursuivit, sans nouvelles traverses, les paisibles exercices du noviciat.

« Ce que je me rappelle de plus saillant pendant cette année, dit le témoin fidèle que nous avons entendu plus haut, ce sont quelques prédications au

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