CHAPITRE X
réfectoire, dans lesquelles il portait déjà son feu, son zèle dévorant. Sa piété était admirable, et il suffisait de le regarder pour se sentir porté à Dieu. Il faisait le catéchisme en ville, désormais plein de mansuétude, à la grande édification de ses auditeurs. »
Un autre de ses frères complète ce tableau. « Le Frère Olivaint, dit-il, exerça quelque temps à Vannes les fonctions d'admoniteur. Ses saillies étaient sans aigreur et disparaissaient dans un aimable sourire, pour peu qu'un Frère s'en montrât légèrement piqué. »
Pour être entièrement vrai et peindre la nature avant la complète victoire de la grâce, il faut ajouter que, plus d'une fois, au début d'une discussion avec un novice qui, pour son caractère excentrique, ne put demeurer dans la Compagnie, la figure du Frère Olivaint se contractait, ses yeux pétillaient de malice, le trait mordant arrivait aux lèvres : mais avant qu'il échappât, sur un commandement de la volonté, tout rentrait dans Tordre ; le visage reprenait son humble sérénité, et la parole qu'on recueillait de sa bouche était calme, simple et bonne, comme si elle fût sortie du Cœur de Jésus.
Par une permission de Dieu et peut-être aussi par une attention particulière du Père Maître, ce fut ce novice à l'humeur étrange que le Frère Olivaint reçut pour compagnon de pèlerinage.
Il s'agissait d'aller ensemble à pied, demandant rhospitalité sur la route, jusqu'à Plévin, pour prier au tombeau du vénérable Père Maunoir, le graod
apôtre de la Bretagne. Les deux novices partirent d'un bon pas, le cœur joyeux ; mais à peine avaientils quitté le sanctuaire et le bourg de Sainte-Anne d'Auray, qu'ils furent tout à coup arrêtes par deux gendarmes, qui leur demandèrent leurs passe-ports. De passe-ports, ils n'en avaient pas, et leur pauvre vêtement, leur manière insolite de voyager, donnaient, il est vrai, prise aux soupçons. Enfin on s'expliqua et les pèlerins poursuivirent leur route. Mais parvenus au village de Pontscorff, à peu de distance deLorient, les pèlerins furent entourés par des paysans qui menaçaient de leur faire un mauvais parti, quand un bon chrétien, aubergiste du village , inspiré par sa femme, fend la foule et demande au Frère Olivaint s'il n'est pas un des Pères de Vannes, s'il connaît le vénéré Père Le Leu. Sur la réponse affirmartive, les paysans se découvrent, et les deux Frères, logés à l'auberge, sont reçus par leur hôte avec une charité affectueuse et un religieux respect.
Au retour de celte pieuse expédition, le Frère Olivaint écrivait la lettre suivante à un de ses chers amis parisiens :
• Vannes, 9ji.illel 1846.
« Bien clier ami,
« Je profite d'une occasion pour t'écrire quelques mots à la hâte et te rappeler que je vis encore, quoi, quemort au monde, et que lu me ferais bien plaisir eo