‹ Pierre OlivaintChapitre 125 sur 293 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

me répondant. Tu as beau te taire, je ne veux pas l'oublier. Si tu étais déjà tout à Dieu, je consentirais plus facilement à sacrifier toute correspondance et je dirais : Quoique séparés, nous sommes toujours unis dans le Cœur du bon Maître, et là nous pouvons nous rencontrer chaque jour. Mais tu n'as pas encore passé la frontière ; il le faut bien, puisque tu ne m'as pas encore écrit; tu n'aurais pas manqué de m'annoncer cette bonne nouvelle. Oh ! le monde, le monde ! je le hais bien davantage quand je pense à toi et à quelques autres qu'il retient captifs dans ses préjugés et dans ses plaisirs 1 Mon pauvre ami, unum necessarium. C'est toujours là qu'il en faut revenir, et tu le sais bien ; tu voudrais t'attacher à cet unique nécessaire, mais tu n'as pas encore la force de prendre ton parti. Au moins, mon bon ami, conserve les relations qui peuvent t'aider à revenir à Dieu, quand tu te sentiras plus disposé à suivre la grâce ; au moins, n'oublie pas notre vieille amitié que ma conversion, tu le sais, n'a pas affaiblie, comme tu l'avais craint. Si sczr es.'... Oh! si tu savais quels sont les biens que tu négliges de saisir ! Si tu pensais au bien qu'il te serait donné de faire !

« Cher ami, je prie toujours pour loi. Notre-Seigncur se trouve toujours à la porte de ton cœur; ta femme aussi, par ses vertus et sa piété, t'encourage et te presse. Rends-toi donc, bien cher ami. Que gagnerastu à lutter contre Dieu?

«Si tu désires de mes nouvelles: en deux mots, cher ami, je me porte bien ; je remercie plus que jamais le bon Dieu de ma vocation ; j'aime la Compagnie de

tout mon cœur, et tout mon désir est d'y vivre et d'y mourir pour le service du bon Maître.

« Je t'embrasse en Notre-Seigneur.

« Tout à toi de cœur. »

« P. S. — Un mot de ma mère aui me laisse sans nouvelles. »

Cette dernière ligne révèle la grande, la seule peine que le novice nourrissait dans son cœur. La grâce ardemment sollicitée se faisait bien longtemps attendre! Pour l'obtenir plus sûrement, il s'étudiait à se sanctifier et s'exerçait à souffrir. A cette fin, il saisissait avidement, mais sans affectation, toute occasion de s'imposer un sacrifice, combinant toujours avec prudence les attraits de la mortification et les exigences de la vie commune. Au moment des grandes chaleurs, le P. de Lehen, successeur du P. Mallet dans les fonctions demaître des novices, ayant permis de prendre des bains de mer, le Frère Olivaint en prit un, pour ne pas se distinguer des autres ; mais ensuite il s'abstint, sous quelque prétexte plausible, de cet innocent plaisir. Se vaincre dans les moindres choses, telle était déjà sa tendance contiauelle.

Les notes spirituelles prises par le Frère Olivaint durant son noviciat forment un volume de plus de deux cents pages, où il puisa jusqu'à la fin pour ses exhortations familières et ses retraites. Souvent le nom du Père Maître est écrit au début de la méditatJ'Âc»u' de l'instruction que le fervent disciple résume;

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