CHAPITRE X
Enfin nous trouvons ce fragment d'une lettre de saint François do Borgia, troisième Général de la Compagnie de Jésus, soigneusement écrit de la main du Frère Olivaint qui semble s'en être fait une relique :
« Que les jésuites doivent désirer les persécutions, « Quoique celle vigne du Seigneur étende ses branches jusqu'aux mers les plus éloignées, qu'elle ait déjà porté des feuilles et des fleurs et ne manque pas même de fruits, on attend cependant qu'elle donne du vin en plus grande abondance, puisque c'est à ce dessein que les vignes sont plantées. 11 faut nécessairement pour cela que les raisins soient mis au pressoir et qu'ils soient écrasés. C'est là peut-être, mes chers Frères, ce qui nous manque; peut-être ne goûtons-nous pas encore assez les allronts et ne désirons-nous pas avec assez d'ardeur, avec assez d'effusion, le bonheur d'être foulés aux pieds, d'être écrasés et méprisés, pour donner ce vin de la joie spirituelle et de la consolation solide. Souvenez-vous, mes chers Frères, que Jésus-Christ s'est plaint ^ qu'il était seul sous le pressoir. Qui de nous pourra souffrir ce reproche ? Qui pourra refuser d'être foulé aux pieds de tout le monde, voyant le Sauveur opprimé et écrasé qui verse pour nous ce vin précieux dont il a dit : Ceci est mon sang...? »
C'est dans ces hautes et généreuses pensées que s'entretenait de plus en plus le Frère Olivaint, à mesure qu'il acquérait une plus complète intelligence