CHAPITRE X
et la règle admirable sous laquelle je suis appelé à vivre, je ne m'étonne pas que le génie du mal se déchaîne contre la Compagnie, et je vois dans les violences de sa haine le plus grand titre de gloire de ma mère. Malheur à moi, si jamais je refusais ma part des outrages et des souflrances qu'a portés Jésus- Christ mon Sauveur!
« Pourquoi ma mère n'cst-clie pas mère tout à fait chrétienne, mon bon ami? Elle trouverait dans sa foi des consolations que je m'efforce en vain de lui donner. Elle se fait des craintes chimériques sur la surveillance de mon Père-Mai Ire, comme si j'étais dans une véritable prison, et elle ose à peine m'écrire. Pauvre mère, que je la plains, que je prie pour elle! Mon cher ami, je le demande avec instance à ta vieille amitié, à ton amitié déj<à chrétienne, continue de voir ma bonne mère, et quelle consolation ce sera aussi pour moi de penser que Mme N... a comme toi, pour elle, de l'amitié et des soins!
« Ne crois pas que j'écrive à d'autres plus qu'à loi -, je ne sais comment j'ai trouvé le temps de te faire au galop cette lettre heureuse.
«Mes très-humbles respects à ta première et à ta seconde famille, mes très-humbles respects à Mme N... Je vous demande, la première fois que vous ferez la prière ensemble, un petit Ave Maria pour ton bien dévoué etbien constant ami etpetit serviteur dans lecœur immaculé de Marie, dans le cœur aimant de Jésus.
P. S. — « Charles Verdière est dans la Compagnie, au noviciat de Rome. Ya donc entendre le P. Hernsheim à Saint-Jacques pendant l'Avent. »
Dans celte admirable leltre, le Frère Olivainl nous révèle ce que son cœur renfermait de généreux altachemcnt à sa vocation, de zèle pour les âmes et de fidèle dévouement à sa mère et à ses amis. Le fait suivant nous aidera à constater ses progrès dans la
vertu.
Quand approche pour un novice le moment du départ, il doit subir une dernière épreuve dont l'amourpropre a toujours à souiTrir. Avec une charité qui n'exclut pas la franchise, chacun contribue à la correction fraternelle et signale publiquement les défauts extérieurs qu'on a pu remarquer chez les autres. ' Dans le monde, on immole les absents au malin plaisir de conter leurs travers; au noviciat, on se dit la vérité en face, avec sincérité, avec affection et à charge de revanche.
Le Frère Olivaint, avant de quitter Vannes, eut donc à prendre part à ce qu'on appelle très à propos Vexercice de modestie. Son humilité s'attendait à une bonne aubaine; la déception fut complète. A peine fut-il articulé quelque critique insignifiante. Dès que le Frère Olivaint eut pris la route de Brugelette, il n'y eut qu'une voix pour chanter ses louanges. « Ce bon Frère, disait-on, si charitable, si mortifié, si pauvre! .. » Pauvre, il l'était vraiment; ses misérables habits de novice durent être à jamais condamnés au rebut, ce qui n'avait lieu que dans les cas extrêmes. Car à Vannes on souiïrait des privations de tous genres^ et les novices n'étaient pas délicats en fait d'habillement.
La maturité et la ferveur dont le Frère Olivaint avait