‹ Pierre OlivaintChapitre 131 sur 293 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

donné tant de preuves durant celte première année avaient déterminé ses supérieurs à l'envoyer en Belgique pour y professer l'iiistoire, tout en continuant son noviciat au collège de Brugelelte.

Les trop fameuses ordonnances de 1828 ayant despotiquement supprimé les huit maisons d'éducation chrétienne fondées par les Pères de la Compagnie de Jésus au prix d'efforts inouïs, sans aucun concours du gouvernement, mais avec les sympathies universelles de l'épiscopat, du clergé et des catholiques, les Jésuites, pour servir la France, avaient dû se condamner à l'exil. Ils avaient donc ouvert au delà des frontières des écoles hientôt aussi florissantes que les séminaires de Saint-Acheul, de Sainte-Anne, de Montmorillon, et ils s'étaient consolés de leur proscription envoyant plusieurs générations de jeunes chrétiens, dévoués à Dieu, à l'Église et au pays, se succéder dans les collèges de Fribourg en Suisse, du Passage en Espagne, de Brugelette en Belgique.

Ce dernier établissement scolaire avait été fondé le 29 octobre 1835. Il comptait donc déjà onze années d'existence et se trouvait en pleine prospérité quand le Frère Olivaint y arriva. Il y venait novice et professeur tout ensemble, chargé d'enseigner et plein du désir d'apprendre. Mêlé à la vie intime d'un grand collège, sans participer à la direction, le futur recteur de Vaugirard eut tout le loisir d'observer la marche régulière imprimée aux études par le Ratio studiorum de la Compagnie de Jésus et surtout de se bien pénétrer de l'espn/, sans lequel les meilleures règles sont lettre morte.

Il admirait surtout cette vie de famille qui unissait si bien entre eux et les Pères et les enfants, exilés les uns pour les autres; cette confiance absolue des parents en des maîtres qu'il fallait aller chercher si loin, cette piété franche et virile qui donnait à tout le reste un caractère profondément chrétien. Pierre Olivaint, au milieu de cette nombreuse jeunesse, sentait grandir en son cœur l'amour et le dévouement pour elle. Il était père chaque jour davantage et dans le sens le plus élevé de ce mot. Et comme il comprenait bien les devoirs de cette paternité spirituelle ! Quel respect et quelle tendresse il avait pour l'âme des enfants!

« Ah! mon ami, écrivait-il k un jeune père de famille, la maladie de ton cher enfant t'a révélé combien les entrailles de l'amour paternel sont en toi tendres et profondes. Élève-toi donc par la pensée jusqu'à cette paternité suprême dont toute paternité descend. Efforce-toi de comprendre le cœur de Dieu et son amour incompréhensible. Oh! quelle bonne voie que celle de ion amour de père pour aller à Dieu! C'est parce qu'il est père que les maladies de notre âme affligent tant son cœur; c'est parce nu'il est père qu'il a tant ait pour nous rendre la vie, que l'Incarnation s'est accomplie, que le Sauveur est mort sur le Calvaire ; c'est parce qu'il est père qu'il nous a donné dans Marie une Mère qui veille sur nous avec plus de sollicitude encore que la mère de ton enfant n'a veillé sur lui. Sic Deus dilexit mundwm; Dieu a tant aimé le monde ! Ce motnJà, cher ami, renverse toutes les objections. A quels sacrifi-

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