CHAPITRE X
l'atteste l'inscription de l'obélisque qui s'élève sur la place de Saint-Pierre : Cliristus régnât^ Christus imperatj vicit Léo de tribu Juda! Ne passeras-tu pas à Nancy en allant à Rome? Ce n'est pas trop le chemin, je crois. Enfin, si Dieu me prive de ce plaisir comme il a fait pour Olivaint, que sa volonté soit faite. Tu devrais tâcher pourtant de faire ce petit détour.
« Adieu, mon bien cher ami, adieu ! Le temps et l'espace nous séparent : mais qu'est-ce que le temps et l'espace? L'esprit de Dieu, qui fait que nous sommes les membres d'un même corps, nous réunit en Notre- Seigneur Jésus-Christ.
« Adieu ! tout à toi.
« Fr. Pierre Hernshcim,
« des frères Prêcheurs. »
Le saint religieux qui traçait ces lignes appartenait à peine encore à la terre; chacune de ses heures semblait être la dernière, tant son corps s'affaiblissait, tant son dme se dégageait de toute chose, pour ne plus aspirer qu'au Ciel ! Il avait trente ans; mais en peu de jours il avait consommé son œuvre ici-bas. La foi, en illuminant son intelligence, en ravissant son cœur, préludait pour lui aux joies ineffables de la vision béatifique. Le philosophe chrétien n'avait plus qu'un livre après l'Évangile : c'était la Somme de saint Thomas. « Je n'ose pas, écrivait-il un jour à Charles, je n'ose pas commencer à te parler de saint Thomas, de peur d'être trop long ; mais c'est vraiment un docteur angélique, je dirai presque un ange docteur. Courage, courage, poursuivait Herns-
heiiii, combattez dans le] monde pendant que nous nous préparons, combattez et priez pour ceux qui combattront bientôt... »
Dieu montre parfois à ses saints, pour éprouver leur constance, tout un avenir de travaux, de luttes et de douleurs qu'ils n'auront pas à souffrir. Ainsi François Xavier, mourant en face de la Chine, eut le mérite de tous les sacrifices qu'il avait acceptés d'avance. Ainsi le Père Hernsheim fut apôtre seulement par le désir. Il apparut dans la chaire de quelques églises de Paris \ plein de foi, de zèle et de candeur; mais Dieu se contenta de ces prémices. Quel prédicateur cependant n'eût pas été celui qui disait de son premier ministère apostolique : « Tout grandit autour de moi, depuis que l'Église m'envoie, et il me semble que je suis comme un petit brin d'herbe à qui l'on aurait dit : Va, je te charge de changer le monde, de faire des révolutions au milieu de ces arbres immenses qui sont autour de toi... Pauvre petit brin! comment communiquera-l-il sa sève aux chênes et aux cèdres?... »
Le brin d'herbe, ou plutôt la fleur éclose aux rayons dû la Grâce, fut prématurément cueillie par la main de Dieu.
A l'automne de l'année 1847, le Frère Charles Verdière, ayant terminé son noviciat, revenait de Rome et passait par Nancy. « Profitant de l'heure laissée pour le repas aux voyageurs de la diligence, raconte-l-il lui-môme, je courus à la rue Sainte-Anne,