‹ Pierre OlivaintChapitre 149 sur 293 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

premier coup de i)rovidence que la décision prise par M. Poiloup en faveur de la Compagnie de Jésus; sans lui, noire rentrée à Paris, dans l'enseignement, semblait impossible. Mais ce fut un coup de providence aussi que la fondation du collège d'Autcuil : nous l'avons bénie, nous l'avons saluée de nos vœux.

« Ainsi, quand le petit germe de la rue du Regard, comme le grain de sénevé dont parle l'Évangile, fut devenu grand arbre, du même tronc Dieu, pour procurer sa gloire, fit sortir ces deux brancbes fécondes dont l'ombre s'étend sur les deux rives de la Seine, pour offrir un abri salutaire h un plus grand nombre d'enfants chrétiens ^ »

Le 3 août de l'année 1852, fête de l'invention du corps de saint Etienne, le premier des martyrs, en l'octave de saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, sous les auspices de Marie Immaculée proclamée Patronne du collège, le R. P. Studer, provincial, accompagné du P. Olivaint, prit possession de Vaugirard.

Les jours suivants, arrivèrent successivement les autres Pères chargés de remplir les principaux emplois de la maison. Le personnel se composa bientôt de vingt-neuf Pères et de onze frères coadjuteurs. Les vacances furent employées ù réparer, à agrandir ou à mieux disposer les principales parties du vaste édifice; rien ne fut négligé de tout ce qu'exige l'organisation d'un grand collège.

Une vague rumeur se répandit alors dans Vaugi-

]. Oraison funèbre de M. Poiloup.

rard : des forcenés menaçaient, disait-on, de mettre, durant la nuit, le feu à la maison; on en fut quitte pour quelques mesures de prudence; la police fit surveiller les abords; puis tout rentra dans l'ordre.

Le 19 octobre, les classes furent ouvertes. Environ cent soixante enfants étaient présents, dont quarante au plus étaient anciens élèves du collège; un grand nombre de parents et d'amis remplissaient la chapelle, quand, à la messe du Saint-Esprit, le P. Olivaint prit la parole et présenta à grands traits le programme d'éducation qui depuis n'a cessé d'être fidèlement suivi à Vaugirard*.

C'estVesprit de famille qui doit unir maîtres et élèves, pères et enfants : ancienne tradition, disait-il, qu'il ne s'agit que de bien garder. « Cet esprit de famille est une partie précieuse de l'héritage que la Providence nous appelle à recueillir. Dans cette pieuse maison, les maîtres étaient tous des pères, et l'un d'entre eux ^ semblait se réserver les devoirs et les droits d'une bonté encore plus paternelle, comme signe distinctif de la supériorité.

« Vous, chers enfants, qui l'avez connu, restez ses dignes enfants au milieu de nous, c'est-à-dire soyez vraiment les nôtres; par là, votre reconnaissance adoucira les angoisses que la séparation coûte encore à ce cœur si tendre. Et vous, nouveaux venus,

1. Ce discours a été intégralement publié dans une brochure intitulée ; Un poète réformateur de Véducation. Examen des théories de M. de Laprade, par le P. Ch. Clair, S. J, Paris, Albanel (Baltenweck),

ï. M. Poiloup.

Page 1