CHAPITRE XI
saluez avec respect, avec reconnaissance aussi, l'ami dévoué de l'enfance, le père de tant de générations de jeunes gens dont il a sauvé la foi, dans un temps où les mères chrétiennes avaient tant de peine à trouver dans la patrie quelques rares asiles pour abriter ce qu'elles avaient de plus cher au. monde. »
Le P. Olivaint n'entend pas que cette famille rassemblée sous les auspices de Marie Immaculée re garde le collège comme une triste prison. « Ah ! grâce cl Dieu, nous ne sommes pas des geôliers, nous ne nous présentons pas même à vous comme des maîtres; bien que nous soyons chargés de vous instruire, le titre qu'avant tout nous ambitionnons, dont nous sommes jaloux, c'est celui de pères. » Et après de fort belles considérations sur cette paternité surnaturelle dont Dieu est le principe comme il en est la fin : « Nous vous aimons déjà, chers enfants, s'écrie-t-il,ilyaméme longtemps que nous vous aimons! Ne le sentez-vous pas à maparole?Ah! je l'espère bien, ma voix ne trahit pas mon cœur. Et dans ma voix vous entendez tous mes frères et tous vos Pères, car nous n'avuns qu'un cœur pour vous aimer. Et dans ma voix aussi vous entendez trois siècles de notre histoire. C'est pour vous, c'est pour l'enfance que nos Pères se sont épuisés pendant trois siècles dans un dévouement qui ne se lassa jamais. C'est pour vous que les plus savants docteurs eux-mêmes aimaient à réserver les derniers efforts de leur zèle et retrouvaient des forces en redevenant enfants avec vous. C'est pour vous que nous avons brisé ces liens qui tiennent le plus au cœur de l'homme en ce monde, c'est pour vous élever et vous
instruire, c'est-à-dire pour vous servir et vous aimer ; et la promesse de nous consacrer dans l'obéis^ sance à l'enseignement est un de nos liens nouveaux. C'est pour vous encore que la persécution nous a frappés d'un bout de l'Europe à l'autre, et tous les rivages ont vu nos exilés qui souffraient pour vous.... »
En retour de ce dévouement paternel, le P. Olivaint réclamait de ses chers enfants le respect et surtout l'amour filial. « Ayez le respect qui sied à des enfants, disait-il gracieusement, mais ne nous respectez pas trop, nenous prêtez pas une dignité inaccessible. Déposez cette gêne, cette inquiétude d'une timidité qui cherche à fuir : le respect filial est celui qu'unedouce familiarité tempère; il rend l'honneur tout en se livrant avec abandon. Livrez-vous donc et dans le respect et dans l'obéissance. C'est là l'esprit, le caractère des enfants; ils se livrent sans peine, ils ont confiance. La confiance est comme le sang et la vie de la piété filiale. Aussi est-ce la confiance surtout que nous vous demandons en vous disant : Soyez pour nous comme des enfants. Le reste serait peu sans elle. Le reste vient bientôt avec elle et est fécondé par elle. Confiance donc, chers enfants, vous ne serez point trahis! Confiance dans vos difficultés, pour que nous puissions vous offrir nos secours; confiance dans vos peines, pour qu'il nous soit donné de vous consoler; confiance dans vos fautes mêmes et malgré les reproches qui les suivront, pour que nous ayons plus tôt la joie de vous pardonner et de vous guérir. Nous ne réclamons votre confiance que pour votre bien. Nous vous