‹ Pierre OlivaintChapitre 152 sur 293 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

traita ses débuts dans sa chaire de Grenoble ou au collège Bourbon, mais tel que l'avait fait une longue cx^ périence, jointe à un constant labeur, et que l'ont connu plusieurs générations d'élèves àVaugirard.

Un écolier de ce temps, père de famille aujourd'hui, écrit à ce sujet : « J'ai eu le bonheur d'assister au cours d'histoire que le P. Olivaint faisait à la première division, et je me souviens encore du charme que, tout enfant que j'étais, j'éprouvais à l'écouter. C'était certainement celle de mes classes qui me plaisait le plus, et si j'ai conservé du goût pour les études historiques, c'est à cet enseignement, à la fois simple et élevé, éloquent et familier, que je le dois. Ces leçons, qui roulèrent sur Christophe Colomb et la découverte de l'Amérique, me sont aussi présentes que si je venais de les entendre.... »

Le P. Olivaint eut l'occasion de formuler très-nettement ce qu'il pensait de l'enseignement de l'histoire, de son utilité, des abus à craindre, de la méthode à suivre; les judicieuses observations qu'il fit sur cette matière sont consignées dans un Mémoire inédit, rédigé par ordre de ses supérieurs.

« Les études historiques, dit-il dès la première page, ne sont plus seulement importantes ; elles sont devenues vraiment nécessaires aux catholiques surtout, puisque, en effet, c'est surtout au catholicisme qu'ont profité les progrès récents de l'histoire, les découvertes les plus inattendues et les travaux mômes entrepris pour le combattre. Les collèges catholiques ont été comme forcés, pour répondre aux besoins de notre temps, de donner un plus grand développement

aux sciences mathématiques et physiques, lesquelles cependant sont loin, par leurs applications et leurs tendances, de tourner autijint à l'avantage de la religion ; à plus forte raison doivent-ils faire une large part à rhistoire, qui offre un moyen si puissant de ramener bien des âmes égarées . »

On le voit, le professeur veut être apôtre, l'historien devenir apologiste. L'enseignement de l'histoire n'est pas un but, ce n'est pour lui qu'un moyen trèseflicace de persuader ou d'affermir la foi. Les faits profanes eux-mêmes lui apparaissent comme des témoins désintéressés et moins suspects, cités à sa barre pour déposer en faveur de la vérité divine.

Mais, hélas! ce n'est point ainsi, le P. Olivaint le savait trop, que l'histoire est généralement comprise Glaive à deux tranchants, si elle peut servir à la défense de la religion, c'est l'arme aussi que manient habilement les ennemis de l'Église.

« En général, dit-il, les cours d'histoire sont l'occasion des plus grands désordres.... C'est là que sont parfois racontées avec une affreuse insouciance les anecdotes les plus scandaleuses; c'est là que sont débitées les théories les plus vagues, les plus contradictoires, par des hommes qui ne s'entendent ni sur les principes ni sur les méthodes et qui prétendent bien ne relever que d'eux-mêmes; c'est là qu'on apprend ce qui n'exige aucun travail, la haine de l'Église, le mépris de l'autorité, les passions révolutionnaires : ainsi l'imagination des enfants est souillée et leur jugement faussé; leur foi achève de se perdre, et l'on voit se multiplier cette génération de doc-

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