‹ Pierre OlivaintChapitre 153 sur 293 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

leurs impertinents qui, tout bambins encore, tranchent les questions les plus graves avec un aplomb qui serait bien ridicule, s'il n'était si déplorable. Quelques années plus tard, laparole et les journaux ne leur suffisent plus, et beaucoup d'entre eux descendent sur la place publique à la tête de l'émeute pour ajouter une page à l'histoire qu'ils auront apprise.

« Telle est, en beaucoup d'endroits, l'intluence de l'enseignement historique. La philosophie rationaliste elle-même n'est pas tant à craindre ; contre elle, on a du moins la ressource de l'oubli et du scepticisme qu'elle inspire. On ne croit pas à la philosophie dans les écoles dont je parle, mais on croit i\ l'histoire, surtout quand elle calomnie la religion et le prêtre, quand elle pousse à la révolte et à Tanarchie. »

Dès lors ne conviendrait- il pas de contenir dans les limites les plus étroites un enseignement dangereux et si souvent funeste? A cette question, le P.Olivaint répond :

« Il est vrai, des abus signalés on peut tirer plus d'un argument contre l'enseignement de l'histoire, mais tout aussi bien et plus justement encore on peut en tirer un nouveau motif de fortifier chez nous les études historiques. Nos élèves, en elTet, seront bientôt dans le monde en présence de ceux de l'Université. La discussion s'engagera, car l'homme du monde lui-même n'est plus libre de la fuir. Religion, philosophie, politique, tous les intérêts, tous les problèmes sont agités à la fois partout et par tous. Mais tous ces intérêts, tous ces problèmes se rencon-

treni sur le terrain de l'histoire ; c'est là presque toujours que se livre maintenant le combat. A la faconde audacieuse de leurs adversaires, à tant de calomnies qui, en traversant les siècles, ont acquis pour l'ignorance un droit de prescription et l'apparence de la vérité, nos enfants n'auront-ils donc à opposer que les démentis sans preuves ou le triste silence d'une foi désarmée? N'est-il pas à craindre alors que beaucoup ne sachent pas résister à cette épreuve et, comme.il arrive à tant de catholiques, qu'ils ne reçoivent, eux aussi, l'histoire de l'Église des mains de ses ennemis et n'en viennent à douter de la vertu de leur mère, de ses droits à leur foi et à leur amour? Et cependant c'est parmi eux surtout que l'Église espère trouver des défenseurs ; c'est sur eux qu'elle compte pour exercer sa sublime influence.... Puis, la cause est si belle ! l'histoire aujourd'hui fournit des réponses si victorieuses ; celui qui sait un peu manier cette arme peut faire aujourd'hui tant de bien et renverser à droite et à gauche, à son insu même, tant de préjugés qui oppriment les âmes, qu'il serait assurément bien pénible pour nous de ne pouvoir la meUrc entre les mains de nos enfants. »

En définitive, qu'il s'agisse de la science historique ou de toute autre, ce qu'il faut proscrire, ce n'est point l'usage, mais l'abus. Et pour que l'abus ne se puisse glisser dans cet enseignement nécessaire, il suffit de quol(\ue sages précautions à prendre; le P. Olivaint les énumôre en parlant de la Méthode.

« Un danger assez à craindre, dit l'auteur du Mémoire, serait la tentation de charger les élèves d'un

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