‹ Pierre OlivaintChapitre 162 sur 293 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

incessante, pendant laquelle, au milieu d'atroces douleurs, il n'a pas un instant perdu le calme, la patience, la présence d'esprit, la douceur et les pensées les plus vives de la foi. Il est diflicile de voir une mort plus belle. Nos enfants en sont encore saisis d'admiration ; les élèves de sa classe surtout en ont ressenti l'impression la plus profonde. Que n'ai-je le temps de vous donner quelques détails ! Quand je lui faisais le signe de la croix sur le front en le bénissant: « Oh! oui, oui, s'écriait-il, marquez-moi bien de ce signe. » Il répétait toutes les oraisons jaculatoires que nous lui suggérions, avec une simplicité et une effusion tout à fait touchante. Comme nous allions l'administrer, il exprimait ainsi son désir de recevoir Notre-Seigneur: «Mais il ne vient pas! Quand donc viendra-t-il? Veni, dulcissime Jesu! » Il suivait attentivement toutes les prières, et de lui-même il m'avertissait, au commencement, que je ne parlais pas assez haut pour qu'il pût me répondre.

« Au moment où ses frères arrivèrent, sans écouter la nature, ne pensant qu'cà leur salut, il dit à chacun d'eux : « Mon enfant, mets-toi à genoux, là, à ma droite, que je te donne ma bénédiction. Je vais mourir. Profite bien de la leçon que te donne ma mort. Promets-moi de te confesser, de persévérer, de vivre désormais en bon chrétien. Il n'y a de réalité que la mort. » Et comme, en l'écoutant, ses pauvres frères, le militaire surtout, éclataient en sanglots : u Emmenez-les, nous dit-il, après avoir obtenu la promesse de conversion qu'il désirait. Ils sont trop émus pour rester là. » Les deux frères se sont

confessés à rinstantau bon M. F** de M**, cet ami fi* dèle qui a passé près de lui avec moi toute la journée du jeudi et la nuil du vendredi.

c Î4ÎS enfants du Père, qui le chérissaient, demandèrent à le voir. Je me gardai bien de leur refuser celte grâce. Quand il les vit autour de son fauteuil, car il était impossible de le mettre dans son lit, tant riiydropisie de poitrine qui l'étouffait gagnait à chaque instant, il leur parla ainsi : « Mes chers enfants, voilà donc ce que c'est que la vie ! Il y a huit jours, j'étais encore au milieu de vous : dans quelques instants, je serai mort. Tout passe.... la réalité, c'est la mort. Est-on toujours bien préparé?... Mes enfants, soyez chrétiens avant tout, entièrement chrétiens; il n'y a que cela qui reste. Il faut que vous soyez tous des saints..., non pas des saints à demi, mais des saints tout à fait. » Et sa parole prenait un accent si profond, si pénétrant, que nous fondions tous en larmes, les Pères comme les enfants.

« Si vous avez quelque affection pour moi, ajoutat-il en me montrant, vous me retrouverez dans le cœur du Père qui est là. Soyez sa consolation. Priez bien pour moi, mes chers enfants, c'est le plus grand service que vous puissiez me rendre.... Si le bon Dieu me fait la grâce d'être avec lui, je ne vous oublierai pas. Je vous donne ma bénédiction.... Retournez maintenant. »

a Un de nos anciens camarades de l'École normale est venu me voir ce matin pour avoir des détails : il m'a parlé en chrétien. Au moins est-il bien près du

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