‹ Pierre OlivaintChapitre 165 sur 293 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

cette joie qui brille sur vos fronts est pour nous la promesse que vous travaillerez mieux encore. Nous l'acceptons avec bonheur; mais nous vous faisons une promesse à notre tour, c'est de vous presser poui obtenir de vous, s'il plaît à Dieu, encore davantage »

Il excellait à ranimer l'ardeur de ses enfants par des exhortations vives, spiriiueiies, chaleureuses, telles qu'il avait coutume d'en faire après les séances académiques où poètes novices, futurs orateurs donnaient la mesure de leur savoir et de leur talent. Durant sept ans, plusieurs fois chaque année, le Recteur deVaugirard parla devant un public, presque toujours le môme, avec une variété de ton, un à-propos, une élévation d'idées, une souplesse de langage qui subjuguaient l'auditoire. Tantôt il s'élevait à une haute éloquence, à propos d'un fait historique représenté sur la scène ou d'une discussion philosophique; tantôt sa parole, plus famihère, sans cesser d'être distinguée, savait provoquer le sourire en signalant un défaut, en donnant une leçon.

En dehors de ces circonstances plus solennelles, le P. Olivaint n'épargnait rien pour entretenir parmi les élèves une généreuse émulation ; il aimait «ces combats de chaque jour livrés dans les classes, et ces larmes généreuses que plus d'une fois, disait-il, il avait vu les vaincus répandre. »

En félicitant les vainqueurs, il prenait garde d'exciter en eux la vanité et tempérait, à l'occasion, Téloge par quelques critiques qui servaient d'antidote à l'orgueil. Un ancien élève nous raconte., à ce propos, le fait suivant. « Celait, dit-il, à l'occasion d'une

séance, la première à laquelle je pris part, et ce jour-là, je l'avoue, j'avais eu l'illusion de me croire un grand orateur. Tous mes amis, tous mes parents, les Pères eux-mêmes m'avaient fait des compliments dont j'étais très-fier. Le lendemain on alla en grande promenade pour célébrer la fête du P. Recteur. Je me trouvais à la gare près de lui, espérant bien qu'il me féliciterait un peu à son tour. Si j'examineà fond ma conscience, je ne suis pas bien sûr de n'avoir pas dans ce but aidé un peu les circonstances qui me rapprochaient de lui. S'en était-il aperçu, ou voulutil simplement me tenir en garde contre un défaut qu'il me connaissait bien? Je l'ignore. Tout ce queje sais, c'est quil ne me fit à peu près que des critiques très-fondées et assez mortifiantes. Cela me surprit beaucoup et même m'irrita un peu. Je ne suis pas devenu aujourd'hui assez humble pour avoir de la rancune contre ceux dont les éloges m'avaient fait passer de si bons moments; mais je puis assurer que je me rends parfaitement compte du service que le P. Olivaint m'a rendu. S'il ne m'avait pas rappelé à l'humilité, j'aurais perdu la fin de mon année dans l'enthousiasme de mes petits succès, et sans ses critiques, je ne sais si j'aurais jamais fait eff'ort pour me corriger des défauts très-réels que seul il m'avait signalés. »

Grâce à cette direction intelligente, le travail était en honneur à Yaugirard ; on s'etïorçait, dans les hautes classes surtout, d'inspirer aux élèves le goûl des lettres, de les familiariser avec l'antiquité et avec notre grand dix-septième siècle, de leur faire voir

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