CHAPITRE II
célèbre! Sans critérium pour choisir, assez portés par l'intérêt de leur carrière à pencher vers les opinions en faveur, les futurs maîtres, pour la plupart, s'en tenaient à une froide indifférence en fait de religion. C'est d'eux surtout qu'on pouvait dire : « Quelques-uns résistent, la plupart succombent, tous sont exposés à une épreuve cruelle au-dessus de leur âge*. »
Cette absolue liberté de tout dire, de tout enseigner, était non-seulement tolérée, mais positivement voulue et hautement louée. « L'École normale, s'écriait M. Cousin avec quelque emphase, est l'image de l'Université, comme l'Université est l'image de la France. Nulle barrière religieuse , nul engagement étroit en contradiction avec V esprit de nos mœurs et de nos institutions ^ ! »
Choquante contradiction d'un régime qui, tandis qu'il émancipait l'homme de toute croyance, de toute autorité religieuse, imposait au citoyen le joug d'un enseignement obligatoire donné par l'État! Le temps a fait, en partie, justice de cette inique prétention; mais alors elle passait pour un droit inaliénabls dans les hautes régions du pouvoir, dans le monde universitaire et, plus que partout ailleurs, à l'Écol normale.
1. Le comte de Montalembert, Discours à la Chambre des Pairs, dans la discussion du projet de loi sur V enseignement secondaire ^ en 1844.
2. Discours à la Chambre des Pairs, 1844. Public par l'auteur dans non livre intitulé : Défense de V Université et de la philosophie , Paris,
Après une année de courageux efforts, Pierre Olivaint prit définitivement place parmi les « historiens ». C'était la réalisation de son vœu le plus ardent, et voici de quelle façon il en témoignait sa joie*.
« Je ne veux pas, mon ami, te laisser attendre plus longtemps la bonne nouvelle. Je passe en histoire ; la chose est décidée. Depuis deux mois, j'étais dans une inquiétude très-grande. Je me sentais peu à peu devenir.... cuvette, c'est-à-dire grammairien; c'est ainsi qu'on appelle sottement les grammairiens à l'École. Mais, quoique je reconnaisse toute l'absurdité de cette qualification et du préjugé que nous avons tous contre la grammaire, je n'aurais pas été bien aise de devenir.... cuvette! Tu en connais assez les raisons. Je sais bien qu'une nouvelle métamorphose aurait pu faire de moi un historien ; mais j'aime autant que les présidents du concours d'agrégation n'aient qu'une fois à prononcer sur moi les paroles magiques : dignus es intrare!
« Ce n'est absolument qu'au dernier moment que j'ai pu savoir mon sort. La lutte qu'il a fallu soutenir toute l'année a duré jusqu'à l'examen, et M. Letronne eût été peut-être très-embarrassé pour nous donner des rangs. J'ai eu à répondre sur des questions que je désirais avoir; toutaétépour le mieux. »
L'histoire, à laquelle Pierre Olivaint allait se>ouer, avait conquis une immense vogue depuis le commencement du siècle, et particulièrement depuis la re-