‹ Pierre OlivaintChapitre 18 sur 293 · CHAPITRE II. 9.t · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 9.t

naissance littéraire inaugurée par là Restauration. Religieuse et monarchique avec Chateaubriand, éloqucmment descriptive sous le pinceau d'Augustin Thierry, fataliste et révolutionnaire dans les nombreuxvolumcs de M. Thiers, elle avait souvent fourni des armes à la politique et subi, selon les partis ou les systèmes qui l'exploitaient, bien des métamorphoses. Une des dernières avait eu pour auteur Jules Michelet, lui-môme ancien élève du collège Charlemagne, jusqu'en 1837 maître de conférences à l'École normale, naguère royaliste et catholique de tendances, mais qui depuis, suivant le caprice de l'opinion et les vicissitudes des choses, avait orienté sa voile d'un tout autre côté*.

Au moment où Pierre Olivaint entra dans la section d'histoire, Michelet, disgracié par M. Cousin, était contraint d'interrompre son cours à l'École normale ; mais il continuait d'y exercer une immense influence, tant par les souvenirs et les regrets qu'il avait laissés, que par le retentissement de ses leçons au Collège de France, où ses anciens élèves étaient ses auditeurs assidus.

Peu de professeurs unirent, au môme degré que Michelet, à d'étranges travers d'esprit les qualités les plus séduisantes. Il aimait ses élèves, il était aimé d'eux ; une naïve admiration de lui-même, jointe à une extrême sensibilité, lui dictait, à ce propos, des pages pleines d'une émotion un peu affectée peut-être,

l. Victor Cousin se vantait d'avoir empêché Uicheleldese jeter dans les bras du christianisme.

mais qui gagnait aisément ses jeunes disciples.

« Vivant dans une grande solitude, dit-il, je désirais de moins en moins la société des hommes. Celle que je trouvai dans m.es élèves, à l'École noi • maie et ailleurs, rouvrit mon cœur, le dilata. Ces jeunes générations, aimables et confiantes, qui croyaient en moi, me réconcilièrent avec l'humanité. J'étais touché, j'étais attristé souvent aussi de les voir se succéder devant moi si rapidement. A peine m'attachais-je, que déjà ils s'éloignaient. Les voilà tous dispersés, et plusieurs (si jeunes!) sont morts. Peu m'ont oublié; pour moi, vivants ou morts, je ne les oublierai jamais. Ils m'ont rendu, sans le savoir, ufi service immense. Si j'avais, comme historien, un mérite spécial qui me soutenait à côté de mes illustres prédécesseurs, je le devais à l'enseignement, qui, pour moi, fut l'amitié. Ces grands historiens ont été brillants, judicieux, profonds. Moi, j'ai aimé davantage*, ^-y

Celte sympathie mutuelle du maître et des disciples, rendait facile et presque fatale la communauté d'idées et de sentiments.

Ce poète qui, dans un état d'exaltation fébrile, chantait les événements sur un ton d'inspiré et transformait l'histoire en épopée, en drame, en roman; ce philosophe fataliste, soumettant les actions humaines à des lois nécessaires, à des formules algébriques ; ce chercheur aventureux qui, trop souvent, mêlait à des appréciations j.ustes les conceptions les plusbizar-

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