CHAPITRE XIII
lui ; nous nous concerterons sur ce qu'il convient de faire.
« Agréez mes respects les plus dévoués en rs'.-S. Conflance !
« P. Olivaint. »
Par la persuasion plus que par la rigueur, le Recteur de Yaugirard s'efforçait de dompter les natures rebelles, ou plutôt de leur apprendre à se dompter elles-mêmes. « Domptez-vous, disait-il aux enfants, vince teipsum.Nous pouvez plus en quelque sorte que nous pour faire de vous des hommes. 11 faut que le jeune aigle agite de lui-même ses ailes, qu'il tire luimême de son cœur le noble essor qui l'emportera bientôt. Domptez-vous vous-mêmes : voilà l'effort qui doit vous élever à toute la dignité de votre nature. C'est peu de vaincre les autres. 11 suffit trop souvent pour cela d'abuser de leur douceur ou de leur faiblesse, de céder lâchement à sa fougue, à son orgueil. Mais prendre parti pour l'ordre et pour Dieu contre soi, venger contre soi les droits inviolables de Dieu, briser toutes les oppositions d'une nature mauvaise, soumettre les sens révoltés, forcer la volonté par la volonté même à faire triompher la raison, la grâce et la foi : c'est donner le plus noble exercice à toutes les puissances de notre être ; c'est avancer dans cette vie chrétienne qui n'est qu'un perpétuel combat; c'est atteindre déjà la vertu qui, seule, comme son nom l'indique, produit, avec la vraie force, la vraie virilité. » Morale ausière, sans doute, mais qui n'avait rien, dans la bouche du P. Olivaint,
du stoïcisme antique ou du jansénisme moderne. La force n'étouffait pas, chez lui, la tendresse et sa parole était admirablement comprise des mères chrétiennes quand il leur disait, en présence de leurs chers enfants :
« Malgré nos rigueurs apparentes, nous ne craignons pas de l'avancer, nous n'avons pas oublié la douceur; nous sommes restés des pères; que dis-je, nous avons tenté bien souvent, quoique en vain, de rivaliser avec vous, de devenir des mères. Pour y mieux réussir, il est une Mère, la plus tendre des mères, qu'incessamment nous appelons à notre aide. Vos enfants, je le crois, l'aiment tous maintenant davantage ; ils vous aiment donc davantage aussi. Non nous ne sommes pas de ceux qui croient que, pour être un homme, il faut n'avoir plus de larmes dans les yeux : le Sauveur a pleuré. Nous ne sommes pas de ceux qui croient que, pour être un homme, il faut rejeter avec dédain cet héritage de sentiments délicats, pieux et tendres que nos mères ont déposés en nous, comme un présent de Dieu, en nous arrosant de leurs larmes quand nous étions tout petits. Autant vaudrait dire que, pour faire un homme, il faut commencer par lui arracher le cœur. Aussi vous demandons-nous, mères chrétiennes, d'augmenter, par une sainte influence, en vos enfants, cette délicatesse, cette piété, cette tendresse, et l'esprit de famille et l'affection qu'ils ont pour vous. Tout cela nous aidera dans notre tâche, car tout cela est digne du chrétien. »
Ainsi, pour mieux aimer les enfants, le P. Olivain,