‹ Pierre OlivaintChapitre 179 sur 293 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

resije connais votre cœar, cher ami. Comprenez-le bien, il y a dans ce mallieur une miséricorde de Dieu toute particulière pour vous-même. A votre âge on ne croit pas à la mort; on fait des projets pour les années de la jeunesse, projets d'ambition, déplaisirs, d'égarements quelquefois, comme si Ton était sûr de pouvoir tout réparer avant la rencontre inévitable de la mort. Quelle leçon ! Voilà donc la fin de tout! Il n'y a pas d'âge, il faut être prêt quand la mort est prête. Est-ce que je veux, mon enfant, vous affliger davantage en vous parlant ainsi? Non, non. Mais vous êtes capable de pensées élevées et sérieuses : Sursum corda! Profitez de ce coup pour vous porter vers Dieu avec encore plus d'ardeur, et prendre une résolution plus énergique encore de le bien servir, quelle que soit la carrière où vous deviez entrer un jour. Tenez, cher ami, votre petit frère promettait bien d'être plus tard un de ces hommes qui honorent leur foi par leurs œuvres ; eh bien, ne serait-il pas digne de vous de dire à Dieu que vous allez bravement travailler pour deux, et que vous tiendrez dès maintenant et plus tard les promesses de Léon en même temps que les vôtres? Le 16 de ce mois, vous avez triomphé ensemble ^ ; c'était entre vous une fraternelle rivalité de succès bien touchante. Léon vous a devancé maintenant. Il a reçu là-haut un prix plus beau que tous les autres. La grande chose, la seule nécessaire, la rivalité fraternelle pour vous, c'est de gagner à votre tour ce prix-là. »

1* Le 16 août 1854; jour de la distribution des prix.

318 PIERRE OLIVAIiNT.

Enfin , revenant au père affligé qu'il console si bien, le P. Olivaint conclut sa lettre par ces affectueuses paroles: « Vous ne trouverez pas mauvais, mon bien cher monsieur, que je me sois laissé aller à causer avec votre enfant dans cette lettre qui est pour vous. Gomme si mon cœur s'était mis dans votre famille, je n'ai pu vous séparer les uns des autres.... »

Le P. Olivaint n'avait-il pas le droit d'affirmer «qu'il aimait ses enfants du propre amour qu'avaient pour eux leurs pères et leurs mères? »

Il disait, dans cette lettre, au, jeune frère du cher petit Léon, de s& porter vers Dieu avec encore plus d'ardeur, de prendre une résolution plus énergique encore de le bien servir, quelle que fût la carrière où V enfant dût entrer un jour.

Ce conseil viril, mêlé ici de pieuses consolations, le P. Olivaint le donnait à tous ses enfants, à ceux-là surtout qui se disposaient à franchir le seuil du collège. Avoir une carrière, faire quelque c/ios6, c'était pour chacun, pensait-il, an rigoureux devoir. Dès les débuts de son rectorat' il exprima là-dessus nettement sa pensée.

« Yous devez faire quelque chose, disait-il, et si vous avez du cœur, ce sera quelque chose de grand, de noble, de généreux, quelque chose digne de vous, de vos familles, qui réponde à l'attente de l'Église et de la Patrie.

« Un poëte en mourant s'écriait la main au front : « Et pourtant il y avait quelque chose là 1« Mes

Discours à la messe du Saint-Esprit^ année scolaire 1857>1858.

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