CHAPITRE XIII
enfants, en mcllanlla main, non à voire front, mais sur voire cœur, n'est-ce pas qu'on peut dire aussi : « Il y a quelque chose là ! »
La pensée du P. Olivaint n'clait assurément pas qu'on dût indistinctement pousser les enfants aux écoles, pour faire d'eux tous des officiers ou des ingénieurs, des magistrats, des avocats, des administrateurs, des médecins ou des industriels.
Il savait à merveille qu'en dehors de ces carrières il en est d'autres non moins honorables, et qu'un propriétaire à la campagne, par exemple, s'occupant de culture, maire de son village, ou conseiller général de son canton, peut rendre d'immenses services à la cause de la religion et du pays. Mais il protestait contre ceux qu'il appelait énergiquement les inutiles^ contre ces hommes de désœuvrement et de plaisir, qui, ne faisant rien de bon, finissent presque toujours par faire beaucoup de mal.
11 insistait sur la nécessité d'une position pour tous, au temps où nous vivons. « H y a, en effet, comme un déclassement général , les générations montent à l'assaut des richesses, des honneurs, des emplois ; il n'est plus, comme autrefois, de position faite pour personne, passant des pères aux fils comme une portion de l'héritage. Où sont maintenant les charges héréditaires, les fortunes qui n'ont rien à craindre? Quand môme on ne rencontrerait pas de révolution sur son chemin, la loi des partages suffit à mettre en question pour les enfants la position de leurs parents à chaque génération. Le travail est donc aussi nécessaire pour conserver que pour
acquérir, pour ne pas déchoir que pour s'élever,... »
« Dans le monde, combien de jeunes gens, sans souci de leur position, ont le parti pris de ne rien faire! Vos mères les ont vus, et ont frémi pour vous. C'est que la vie de pareils jeunes gens est d'une inutilité déplorable. Encore s'ils se contentaient d'être inutiles ! Mais c'est leur illusion de se dire : Nous ne faisons rien. On fait toujours quelque chose, c'est la loi delà vie; si ce n'est pas le bien, c'est le mal. Si on ne se livre pas au travail, on s'abandonne au plaisir et bien vite au désordre. Alors fortune perdue, santé perdue, c'est peu.... honneur perdu, principes et foi perdus, bonheur perdu, âme éternellement perdue ! Voilà ce que comprennent vos pères et vos mères. »
Ce discours fit événement dans l'auditoire d'élite réuni à Vaugirard. Quelques-uns, il est vrai, trouvèrent le langage du P. Recteur sévère et soupçonnèrent une censure là où il n'y avait qu'un avis paternel. Mais l'immense majorité des parents applaudit à ce manifeste et ne cessa de seconder les efforts du P. Olivaint pour former une génération intelligente, laborieuse et dévouée.
Un personnage des plus distingués, après avoir entendu cette parole incisive et vigoureuse, disait : « Je ne connais pas celui qui a fait ce discours ; mais c'est un homme. »
Quand le choix de la carrière était fait et que l'heure de la séparation avait sonné, le P. Olivaint n'abandonnait pas, sur le seuil de Vaugirard, les