CHAPITRE XI II
«nfanls que, durant plusieurs années, il avait entourés de son intelligente sollicitude. Il savait trop quels dangers, à leur entrée dans le monde, menaçaient leur foi et leurs mœurs!
Tous ses efforts tendaient à resserrer entre ces jeunes gens les liens contractés au collège, à former de nouvelles amitiés dont Jésus-Christ fût le centre. Ce qu'il redoutait davantage pour un jeune homme à Paris, c'était l'isolement. Vœ soli !... *. Cet oracle de la divine sagesse lui semblait proféré surtout pour renseignement de la jeunesse des écoles, jetée chez nous au milieu de toutes les séductions et de tous les tumultes d'une capitale.
ce Unissez-vous, disait-il, aimez-vous ! pour vous soutenir les uns les autres, pour vous préserver des dangers qui vous menacent, et particulièrement de l'un des plus grands: de l'isolement et de l'ennui. Mais quoi ! faut-il donc vous unir, vous aimer, par cgoïsme, par un sentiment d'intérêt personnel? Non, non ; il n'y aura point d'égoïsme, puisque chacun se dévouera pour tous, et qu'un jour tous, rendus ainsi meilleurs, vous ferez plus de bien aux autres. Unissez-vous, aimez-vous pour le salut individuel bien entendu, inséparable du salut d'un grand nombre, et vous pratiquerez vraiment la charité fraternelle, la charité sociale. Vous recevrez de vos amis l'exemple de ce qu'ils font de bien, le témoignage de leur affection, leur conseil dans vos doutes, leur appui dans
1. Vse soli, quia qicum cecideritnon habet sublevantem se. (Eccl. V, 10.)
VOS difficultés, leur consolation dans vos peines, leur impulsion vers tout ce qui est noble et grand. Mais, trop généreux pour vous contenter de recevoir, vous donnerez ce que vous avez reçu vous-mêmes: la charité d'un cœur aimant et qui veut se dévouer parce qu'il aime. »
Cette union fraternelle n'est une force qu'à la condition d'être cimentée par l'amour de Dieu et par les œuvres de la piété chrétienne. Le P. Olivaint, sous ce rapport, exigeait beaucoup de ses chers jeunes gens ; il savait bien que le cœur, chez eux, est généreux , et que les plus pénibles devoirs leur deviennent doux et faciles, quand, pour en exiger l'accomplissement, on s'adresse à leur cœur.
On n'écoutera pas sans intérêt le dialogue suivant, qui eut lieu entre le P. Olivaint et l'un de ses enfants les plus dévoués. C'est l'interlocuteur lui-même qui l'a textuellement reproduit.
« Mon Père, au collège, beaucoup fréquentent les sacrements tous les huit jours : doit-on continuer ainsi dans le monde?
— 11 y en a, mon ami, qui vous diront : C'est impossible, c'est ridicule. Moi, je vous dirai : C'est une question relative ; c'est pour cela qu'il faut être soutenu et guidé. Tel jeune homme qui est fort, pourra attendre quinze jours; tel autre, s'il ne se confesse et ne communie pas tous les huit jours, tombera dans le péché mortel et fera naufrage. On ne peut poser un principe absolu : tous les jeunes gens portent-ils un vêtement de même longueur? Non, puisqu'ils ne sont joas de même taille.