CHAPITRE XUl
— Mon Père, c'csl bien diflicilc de communier tous les huit jours.
— 11 s'agit de le vouloir. Je connais Ici jeune homme qui ne s'est sauvé que parce qu'il a pris cette résolution cl qu'il l'a suivie.
— 11 est, mon Père, une autre chose qui m'embarrasse. On arrive dans le monde, et tout à coup on se trouve en contradiction perpétuelle avec la plupart, pour les idées, les opinions, les principes....
— Rappelez-vous, mon enfant, ce que je vous ai dit. Piimo^ le plus souvent ne discutez pas; vous ne ramènerez personne par la discussion. Exposez la vérité clairement, simplement, dites : Voilà ce que je pense; jugez. Secundo, s'il faut discuter, eh bien, l)renez l'olfensive, ne vous laissez pas toujours attaquer; interrogez à votre tour. Dans un duel, quand il y a soleil et poussière, on lire du moins au sort pour savoir qui aura la mauvaise place ; on ne dit pas : A vous d'avoir le soleil dans les yeux; metlez-vous là, que je vous envoie une balle dans le cœur. Et dans ce duel d'idées, il y a quarante-neuf catholiques sur cinquante qui accej)teront la mauvaise place! Mais attaquez donc! Dites : Vous qui voulez me prouver que j'ai tort, voyons; enseignezmoi la vérité que vous prétendez tenir. Expliquezmoi ceci, définissez-moi cela.. . . Vous voyez un homme qui bat en retraite, qui se trouble, qui vous répond : Bah 1 bah ! bah!... qui se fâche et se dit à lui-même : On me demande des définitions : sauvons-nous !
— Mon Père, cela est bon pour un homme instruit, prêt ^ répondre à tout ; il ueut se risquer; mais pour
moi qui sors du collège, n'ayant qu'une notion superficielle de toutes choses....
— D'abord, mon cher ami, avec l'instruclion catholique que vous avez reçue, il est bien peu de cas où vous ne puissiez vous tirer à peu près d'affaire. Mais vous aurez été embarrassé; vous aurez senti au dedans de vous-même que vous n'étiez pas bien fort : notez la question, puis étudiez-la. En six mois, on vous aura porté toutes les bottes qu'on vous portera jamais; car les objections qu'on fait contre la religion sont ressassées.
— ' Mais ce n'est pas tant les objections contre la religion que je crains. Dieu merci, j'ai la foi, je veux défendre l'Église; lors même que je ne pourrais résoudre une difficulté, je me dirais : Je ne comprends pas, mais je crois. Là où je crains, c'est dès qu'il s'agit de ce qu'on appelle les idées modernes^ les j)'i"i'ii' cipes nouveaux^ idées, principes que je n'ai pas, mais que j'ai peur en six mois d'avoir.
— Mon enfant, vous serez toujours libre, quand on vous aura exposé une théorie, d'aller écouter un homme mûr et instruit qui vous donnera la solution
ontraire : comparez et jugez.
— Mais on me dira : Au collège, on ne vous a pas résenté la question sous ce jour; si on l'eût fait, ous penseriez autrement...
— Dites, mon ami, à ceux qui vous parleront &'idées modernes, dites-leur : Vos idées, que vous faites ^ater de 89, dans ce qu'elles ont de bon sont fort anciennes. Car c'est l'Église qui a apporté la liberté au monde ; lisez l'histoire. L'Église, loin d'être