‹ Pierre OlivaintChapitre 183 sur 293 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

une école d'absolutisme, est une école de liberté ; tout bon catholique est un sincère ami de la vraie liberté. Mais il ne s'intitule pas libéral : ce serait faire injure à l'Église que de prendre aujourd'hui ce titre; ce serait faire entendre que l'Église, jusqu'à ce jour, n'a pas connu la liberté. Maintenant, dans les idées modernes sont comprises les idées révolutionnaires. Celles-là sont neuves, et si vous êtes un argumentateur un peu serré, vous amènerez votre adversaire logiquement à la révolution, de la révolution au socialisme, c'est-à dire à la destruction de la société, de la famille et de la propriété.

— Il est aussi, mon Père, unequestion bien difficile, c'est de savoir comment se conduire dans les conversations entre jeunes gens, jusqu'où Ton peut aller.

— Mon enfant, un principe : évitez toujours les conversations légères.

— Mais les conversations sont les mêmes chez presque tous les jeunes gens....

— Mon enfant, faites bien attention à ce que je vais vous dire : Il y a trois classes de jeunes gens. Les premiers, sans être bigots, sans dire toujours des patenôtres, ont une piété solide ; ils veulent se consacrer au service de la religion, de la vérité: ceux-là n'ont point de ces conversations légères.

« Les seconds, eux aussi, sont sérieux, aiment le travail; mais ils ont peu de religion. Néanmoins ils parlent encore peu de pareilles choses ; l'ambition les pousse, des théories les occupent; ce ne sont plus, comme les premiers, des hommes de dévouement; ils sont pourtant bons encore.

« Les troisièmes, ce sont les fainéants, ce sont ces jeunes gens qui passent leur vie sur le pavé de Paris, qui, le soir surtout, dans leurs promenades, sont assaillis par de continuelles tentations. Et vous voulez que, lorsqu'ils auront le cœur souillé, la liberté dans les paroles n'entraîne pas la liberté dans les pensées* dans les regards, dans la tenue, dans les actions ?

« Veillez bien surtout sur la liberté des regards. Vous me direz : Je suis là, dans un bal, je ne peux pas mettre mes yeux dans ma poche..., — Voyez et ne regardez pas. Le bon Dieu est là; il vous avertira secrètement qu'il y a quelque chose à faire. Encore une fois, détournez les yeux, voyez et ne regardez pas; voyez tout bonnement et le bon Dieu vous soutiendra.

« Il est bien d'autres occasions périlleuses auxquelles vous n'échapperez que par la prudence et la générosité. Ce n'est pas le lieu d'entrer dans le détail; pour vous décider dans les cas particuliers, ayez un directeur ferme, d'un certain âge, plein d'expérience, en qui vous aurez toute confiance, et écoutez-le.

— Une dernière question, mon Père. Doit-on rester avec un jeune homme pour le sauver?

— Si vous êtes assez fort, oui; sinon, dites- lui : Je ne suis pas ton ami pour souiller mon cœur. Et tenez : l'amitié doit être une influence réciproque. Vous vous liez, mais vous devez garder votre indépendance, votre individualité. Si vous vous apercevez que votre ami va mal et que, d'autre part, il acquiert sur vous un ascendant toujours plus grand, rompez.

« En deux mots, le tout c'est d'être homme do

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