CHAPITRE XIII
mes fils prennent une carrière, et au besoin un niétier.» L'enfant grandit à Vaugirard, avec ses deux jeunes frères qui portent aujourd'liui l'épée. Quand vint pour lui l'heure critique d'obéir à la recommandation paternelle et de choisir sa voie, la lumière se fit promptement dans l'esprit d'André, sous l'action de la grâce; il eutdès lors laconviction inébranlable que Dieu le voulait religieux. Mais en môme temps, contre les sollicitations divines commencèrent à lutter toutes les répugnances de la nature, toutes les rébellions de l'amour-propre humilié et déçu dans ses rêves. Quelque jour peut-être sera-t-il permis de publier le récit de ces intimes combats dont l'âme généreuse d'André fut le théâtre, le P. Olivaint le confident, et Dieu le rémunérateur. Qu'il suffise de dire qu'à la suite de plusieurs années d'épreuves, la chair et le monde furent vaincus et la grâce triompha. Il méritait bien de remporter cette victoire, le digne enfant du P. Olivaint qui, au milieu même de ces longs orages, écrivait cette prière en forme de lettre adressée à la sainte Vierge. « Le 8 décembre 1863, en la fête de l'Immaculée Conception. 0 ma très-bonne mère, je me consacre aujourd'hui à vous, d'une manière toute particulière et vous prie de me regarder désormais comme vous appartenant en tout et pour tout sans restriction. Souvenez-vous toujours de cette donation de votre enfant, et, en échange, ma bonne mère, priez votre Fils Jésus de me donner le courage d'entrer et de mourir^ fût-ce martyr^ dans sa Compagnie^ si telle est sa volonté. André de Montalembert. »
L'amour de Jésus-Christ établissait déjà entre le P. Olivaint et le jeune André des rapports de frappante ressemblance. On se souvient de l'enthousiasme du professeur de Grenoble lisant à son ami le chapitre v du troisième livre de V Imitation. Or, un confident intime d'André raconte ce qui suit: « Un jour, dans la cour de récréation, ;\ Vaugirard, André me commenta ce même chapitre : Des admhmhles effets deVamour divin. Nous étions touchés presque jusqu'aux larmes. Il insista longtemps sur ces paroles : « L'amour veut s'élever.... il donne le tout pour le tout....» Mais il s'arrêta longtemps à cet autre passage : « On ne vit pas sans douleur dans l'amour..., » Il y a de cela quatorze ans et je m'en souviens comme si j'entendais encore sa voix émue, comme si nous marchions encore au milieu de la cour, le petit livre à la main.»
Le 13 janvier 1866, après un an passé dans le monde, André écrivait à son oncle, le comte Charles de Montalembert, cette lettre datée du noviciat d'Angers : « La retraite que j'ai achevée hier ne me laisse plus aucun doute sur ma vocation : je suis résolu à la suivre.... Après avoir réfléchi longtemps et beaucoup prié, j'ai fait tout mon sacrifice. Je vous avoue qu'il m'en a beaucoup coûté. Cette vocation, dont j'ai si longtemps chassé l'idée loin de moi, me répugne autant que possible; mais enfin je sens fort bien que Dieu m'appelle ; cette retraite me l'a montré clair comme le jour ; je laisse de côté mes goûts et mes répugnances et je réponds à Dieu. On m'a offert de me renvoyer durant deux ou trois mois dans ma