‹ Pierre OlivaintChapitre 187 sur 293 · CHAPITRE XIII. 33V · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 33V

famille; cette idée m'a souri un instant, car mon départ avait été si précipité qu'à peine avais-je eu le temps de voir ma mère autant que mon cœur l'aurait voulu ; mais enfin je n'ai pas cru devoir m'accorder cette satisfaction; il m'a semblé que rester tout de suite est plus généreux et je reste : je ne regarde plus en arrière. Tant qu'à faire le sacrifice, j'aime mieux le faire aussi complet que possible....

« Comme je vais prier pour vous, mon cher oncle, car je ne puis croire que ce n'est pas vous qui me valez cette grâce. Longtemps je me suis senti trèshumilié à la pensée deme faire jésuite; mais maintenant je vois là bien plutôt une gloire et surtout une bénédiction que Dieu accorde à votre race en reconnaissance de tous vos travaux pour lui et d'une vie tout entière dévouée à l'Église. Maintenant, mon cher oncle, il faut que je vous dise adieu.... Je n'ai pu vous demander pardon de vive voix, de tout ce quej'ai fait dans ma vie qui ait pu vous déplaire ; mais je vous le demande à présent tout en larmes. Je tiens beaucoup à ce que vous me l'envoyiez, si vous m'écrivez prochainement. »

Le comte de Montalembert répondit :

a Mon très-cher enfant, il m'a fallu quelques jours pour me remettre de la vive et profonde émotion que j'ai éprouvée en apprenant votre décision. Je vous avoue que je ne m'y attendais pas. Je vous avais mal jugé et je vous dois avant tout une réparation. Je ne vous croyais pas l'énergie nécessaire pour faire au matm de votre vie un sacrifice si difficile et si généreux. J'en suis pénétré d'admiration, et je reconnais,

dans cette victoire remportée sur votre nature, un des plus beaux et des plus signalés triomphes de la grâce divine. J'en remercieDieu avec vous, mon enfant; car il aie semble impossible qu'il nebénissepas l'effort si violent qu'il vous a fallu faire sur vous-même pour vous consacrer exclusivement à son service, avant même d'avoir fait l'expérience des joies et des désillusionnements de la vie du monde. Oui, mon enfant, je le crois comme vous, c'est une grande gloire et une grande bénédiction que Dieu accorde à notre famille, non pas en échange, comme vous dites, des pauvres petits services que j'ai essayé de rendre à son Église, mais pour vous récompenser, vous, de la pureté d'intention que vous avez conservée depuis votre enfance et de votre obéissance à cette voix intérieure contre laquelle regimbaient la chair et le sang. Oui, je crois tout à fait que vous continuerez à m'aimer avec une filiale tendresse. L'exemple de ma fille m'a prouvé que la vie religieuse, bien loin d'éteindre ou d'amortir les affections domestiques, pouvait leur ajouter une force et une intensité dont les cœurs distraits ou absorbés parle monde sont à jamais incapables. Je suis sûr que vous aussi, vous vous occuperez de mon âme et je vous le demande instamment ; car pendant le peu de temps qu'il me reste à vivre, j'ai beaucoup à faire pour me rendre moins indigne des grâces que j'ai reçues et pour profiter des épreuves douloureuses, mais salutaires, qui m'ont été imposées

« Vous me demandez pardon de tout ce qui a pu me déplaire en vous. Mon cher enfant, je n'ai aucun

Page 1