‹ Pierre OlivaintChapitre 188 sur 293 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

pardon à vous donner ; car vous ne m'avez jamais offensé ni déplu. Je gémissais un pou de ne pas trouver chez vous l'ardeur et l'élan que j'avais à votre âge; mais je reconnais aujourd'hui que c'était là un jugement téméraire, puisque vous réserviez toute cette ardeur et tout cet élan pour en faire l'usage le plu^ utile et le plus magnanime qu'il soit donné à un chrétien d'imaginer. Vous me demandez ma bénédiction: je vous la donne, malgré mon indignité, du fond d'un cœur profondément ému, d'un cœur contrit et humilié par la leçon que vous lui donnez en suivant avec un si viril courage l'appel de Dieu. Je vous la donne surtout au nom de votre pauvre père qui eût été heureux et fier, comme je le suis moi-môme, du parti que vous avez pris. ^)

Le sacrifice d'André fut héroïquement oflert.

« Le voilà consommé, écrivait-il au R. P. Provincial*. Hier j'ai prononcé les vœux qui m'ont consacré enfant de la Compagnie à la vie et à la mort, pour le temps et pour le ciel. Je l'ai fait joyeusement, sans regret, car la terre n'en mérite point; sans peur, car l'œuvre était tout entière de Dieu. Je l'ai fait avec amour pour Notre- Seigneur, qui, après avoir sauvé et guéri mon cœur, s'en est enfin emparé tout à fait, et ensuite pour saint Ignace, mon bienheureux et bien-aimé Père que peu à peu je comprends et j'admire et dont le grand modèle m'a séduit.... Saint Ignace m'apprend que le miel de toutes les fleurs du

1. Lettie au R. P. de Ponlevoy, datée de Saint-Acheul, 13 janvier 1868.

monde rC est pas si doux que le fiel du Sauveur Jésus. Et le Sauveur Jésus lui-même fait luire à mes yeux la Croix d un éclat et d'un attrait qui m'éblouissent. Déjà il est entré dans mon cœur et, je le sais, quand il entre quelque part, la Croix le suit. J'attends donc la Croix, et — je ne sais comment — je l'aime. Ce n'est pas pour rien que j'ai été baptisé d'un nom de crucifié.... Du reste, jusqu'ici Jésus semble se contenter de ma bonne volonté. Il est entré tout seul dans mon cœur. Je cherche en vain la croix ; elle est restée à la porte. Je l'aperçois un peu par les fentes ; mais je ne puis la toucher. Je n'en suis encore qu'à Nazareth et je goûte les charmes de la vie cachée. Pas de bruit, pas de tempêtes ; Saint-Acheul est une cachette délicieuse. Je m'y blottis, tout contre Notre- Seigneur, et, mon cœur sur son cœur, je suis assez riche, je ne veux rien autre chose: clives 6um saris. La nouvelle vie de mon cœur, ce sont deux amours immortels: l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ et l'amour de sa Compagnie. »

La croix ne tarda pas à venir. La contrainte de la règle, l'assujettissement à des études peu conformes au goût naturel, l'humiliation causée par quelques saillies, aussitôt réprimées, de légèreté ou d'humeur, tout cela ne fut que le nécessaire exercice d'une vertu qui grandissait par l'effort. André pouvait dire : « Mon âme monte toujours. L'escalier a eu des marches plus rudes les unes que les autres. Qu'importe, dès qu'elles sont franchies ? Notre-Seigneur me tend toujours la main du haut....» Lejeune religieux, de son côté, serrait avec ardeur la main divine. 11 sollicitait et

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