CHAPITRE XV
réternité. « Vous voulez, ô mon Dieu, que je m'avance à la conquête des âmes, disait-il à cette époque même ; vous avez tout fait pour m'y préparer. Après m'avoir essayé dans quelques combats, vous allez me jeter dans la mêlée, et c'est au plus épais, au plus difficile que vous me jetez ^ »
Ainsi, tout ce qu'il avait fait jusque-là n'était, à son sens, qu'une préparation, un essai, et pour ainsi dire une escarmouche ; la grande guerre allait commencer.
Avant de s'y engager, le P. Olivaint se retira dans la solitude et sonda son cœur. Deux sentiments contraires l'agitaient. Bien qu'affermi depuis longtemps dans cette parfaite indifférence qui, d'après saint François de Sales, consiste à ne rien demander, à ne rien refuser, à ne rien désirer, l'ancien recteur de Vaugirard ressentait douloureusement la peine de la séparation. Grâce à Dieu, la vertu d'indifférence n'a rien de commun avec l'insensibilité ; le divin agonisant de Gethsémani lui-même souffrit une angoisse mortelle, en disant au Père céleste : Fiat! Son fidèle imitateur avait-il, avec le regret résigné de ce qu'il quittait, le pressentiment de la passion sanglante qui l'attendait dans un si prochain avenir? Toujours estil que, durant ces jours de retraite, il éprouva, ditil, « une sorte de marasme moral, de fatigue, de découragement, comme si le fardeau était trop lourd,...
1. Noies inédites. — « Puissé-je travailler un peu mieux à la gloire de Dieu, avec plus de générosité^ avec plus de loi, avec plus d'union au Maître. • (Lettre du IB juillet 1865.)
aa point qu'il eût été content si Gayenne ou même le choléra était venu le délivrer ^ »
Ce fut pour lui comme une agonie du cœur ; en conformité avec le Sauveur des hommes, celui qui devait travailler au salut d'un grand nombre, commença par souffrir les tourments de la tristesse et de l'ennui, du dégoût et de la crainte'. Mais, lui aussi, prolongeant sa prière, fut réconforté par l'ange de Dieu. A cette impression passagère de découragement succéda la détermination généreuse de n'y point céder.
« La lâcheté est en contradiction avec ma nature, se dit-il, avec la direction que je donne à tant d'âmes, avec ma devise : Confiance et courage!
ce Aussi bien, quelle Providence sur moi î Comment Notre-Seigneur m'a-t-il amené ici, à l'apostolat que j'ai tant désiré, malgré l'âge, les fatigues, les engagements du Collège? On dirait que, dans sa délicatesse, Jésus m'offre consolation, réparation, pour ainsi dire. Non, non, ce n'est pas un piège, il ne peut me trahir. Par là même qu'il me met ici, je dois compter sur son secours'. »
A mesure qu'il avance dans les saints exercices, la tristesse et l'abattement font place à une humble joie, à je ne sais quel enthousiasme pieusement guerrier. A propos de la magnifique contemplation du règne ou de Vappel, que le P. Olivaint nomme heu-