CHAPITRE XV
reusement la levée, avec quelle bravoure il se jette ba avant ! « Je veux, Seigneur, me signaler à votre fct^vice. Je veux faire comme ces chevaliers qui cédaient leurs châteaux à leur prince. Je vous livre aussi tout mon cœur : faites-en un sanctuaire où tout chante vos louanges ; faites-en un fort, armé pour vos combats. Cette divine occupation ne s'accomplira pas sans souffrance. J'accepte la souffrance, Seigneur. — Que de privations, que d'humiliations, que d'abnégations !... Coûte que coûte, Illura oportet crescere, me autem minui ^ Je l'ai dit, je ne me rétracterai jamais. Encore une fois, je vous livre tout, et j'aurais mille cœurs, que je voudrais ainsi vous les livrer sans partage. » Et après un humble retour sur le passé : « Comment, ô mon Dieu, ne m'avezvous pas chassé de votre service, comme vous en avez chassé bien d'autres à qui vous avez fait moins de grâces et qui vous avaient fait moins d'injures? Au lieu de cela, sans vous lasser, que de fois chaque année, que de fois chaque jour, vous m'avez de nouveau fait entendre votre voix, votre appel sacré, au fond du cœur! Yous me pressez encore maintenant et plus vivement que jamais. »
Toutefois, à l'entrée de la carrière apostolique ouverte devant lui, il hésite : « J'ai peur maintenant, j'ai peur de moi. En vous promettant autrefois tant de fidélité et de courage, il me semble que je ne savais ce que je disais, que je ne me figurais pas à quelles luttes vous alliez me conduire ; mais mainte-
I- « Il faut qu'il croisse et que je diminue. » (Joan.^ iir, 30,)
nanique j'ai si souvent éprouvé ma faiblesse, c'est à peine si j'ose vous dire : Adsum! comme autrefois.
ce Si vous me demandiez de partir pour Gayenne, aussitôt je répondrais : Oui, de tout mon cœur*. Si vous me montriez un hôpital de pestiférés, j'y entre rais avec joie. S'il fallait travailler au salut des âmes sur un champ de bataUle ou dans les horreurs d'une révolte, je me sens encore prêt à courir. Si vous désiriez me confiner dans un coin obscur, dans un village ignoré, ou me jeter dans un cachot, je m'imagine que j'accepterais avec bonheur !... »
Dans cinq ans, tout cela et plus que tout cela sera réalisé ! Mais , en attendant, qu'est-ce donc que le P. Olivaint appréhende plus que la mission des forçats, l'hôpital des pestiférés, les périls du champ de bataille, la captivité ou la mort? C'est Paris, c'est la situation plus en vue qui lui est faite, avec les relations qu'elle va lui créer.
« Travailler à Paris, dit-il, sur ces personnes du grand monde, au cœur même des trois concupiscences... je crains d'avoir le vertige, je crains de vous trahir. Cependant, je vous entends me dire d'avoir confiance. Par assez de signes, vous m'avez montré que vous m'attendiez là; je n'ai plus rien à dire. Le dévouement est ma passion. Je voudrais vous être dévoué comme en Chine. L'occasion est belle. . . . Toutes
1. La pensée du P. Olivaint, on le voit, se porte vers Cayenne avec persistance. Son cœur y était particulièrement à ce moment, où son vieil ami de l'École normale, le P. Charles Verdière, venait de s'embarquer pour cette lointaine et rude mission des forçats.