CHAPITRE XV
mes fautes passées, je les jette en bloc dans le feu de votre miséricorde *.
« Une chose me rassure, dans les tentations qui ne manqueront pas devenir, c'est que j'aimerais mieux ne pas être placé sur un si grand théâtre, c'est que je sacrifierais sans peine toutes les relations d'où sortent mes épreuves ; c'est que le tourment de ma vie, c'est de ne pas être encore assez humble, assez mortifié par amour pour vous.... Que le démon et le monde fassent tout ce qu'ils voudront, ô mon Dieu, mon cœur est à vous, à vous seul !
« Il me semble encore que je me trompe et que je vous trompe, quand je dis qu'il est à vous....
« Ah ! je voudrais qu'en ce moment il fût percé de votre croix, qu'il s'enflammât de votre feu sacré, quelles que soient les souffrances!... Que m'importent les souffrances, sijepuis être à vous ! Percez donc mon cœur, allumez-y votre feu, que ce feu divin se porte dans tous mes sens, dans tout mon être pour le vivifier. Que je sois comme changé en vous, que ce ne soit plus moi, mais que ce soit vous !..
« 0 Seigneur, que je me livre donc enfin : il est bien temps ! C'est maintenant ou jamais qu'il faut que je me livre. J'ai été jusqu'à présent si lâche, il est bien juste que je répare mes fautes passées. Il en est si peu parmi vos serviteurs qui se donnent vraiment tout à vous ! J'en rougis pour eux. Comment ! Et moi je ne serais pas de ce petit nombre qui vous consolent à tout prix par un dévouement sans regret et sans
1. Cette belle pensée est du vénérable Père de la Colombière.
ipesure? Non, mon Seigneur Jésus, vous qui m'avez tant aimé, vous que j'aime, il n'en sera pas ainsi. Emmenez-moi avec vous à la conquête des âmes; faites-moi partager votre pauvreté, vos humiliations, vos souffrances; je rejette une pusillanimité misérable, une humilité mal entendue qui paralyserait le zèle en mon cœur. Si je ne sais pas vous aimer comme il faut, que je vous gagne au moins des âmes qui vous aiment. Donnez-moi le dévouement généreux et simple d'un Paul Granger*. Spin^us m nobis!... Que votre Esprit emporte mon char de guerre ; que votre Esprit m'unisse à vous et me donne puissance sur les âmes. »
Cet admirable entretien de l'apôtre avec son divin Maître, écrit de sa main sur une feuille volante, ne faisait pas partie du Journal des Retraites. Il en complète les révélations et nous aide à pénétrer plus avant dans ce cœur vaillant, invincible à l'épreuve et déjà ambitieux du martyre.
A la rue de Sèvres, le P. Olivaint fut, dans toute la vérité du mot, un ouvrier^ operarius^ ; ouvrier infatigable, « sacrifiant tout, son temps et sa santé pour Tœuvre la plus petite; prenant pour lui le plus pénible, se chargeant volontiers de la tâche d'autrui, et dans les préoccupations d'un labeur incessant, oubliant même de réparer ses forces * «. On l'a justement
- 1. Le Frère Paul Oranger, reçu dans la Compagnie de Jésus en 1846; mort en 1850 au collège de Brugelette, digne imitateur des Stanislas, des Louis de Gonzague, des Berchmans.
2. C'est le nom officiellement donné dans la Compagnie aux religieux appliqués aux fonctions du ministère apostolique.
3. Dépositions de plusieurs Pères de la Résidence. « Je ne crois pas,