‹ Pierre OlivaintChapitre 212 sur 293 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

défini un homme toujours debout^ lutlcur et marcheur exerçant dans la sphère de son action, comme iame dans le corps, une influence partout présente, mais que son humilité s'efforçait de rendre invisible. Toute sa sollicitude était de se montrer ainsi un bon ouvrier, agréable à Dieu, insensible aux jugements contradictoires du monde, et, comme il aimait à dire après saint Paul, incon fusible^ : devoir plus rigoureux au luilieu de Paris, « cette Babylone où le mal est si grand, où les ouvriers d'iniquités sont si nombreux et déploient tant de zèle. « Jamais, disaitil, l'ouvrier de Dieu n'a trouvé en ace de lui les ennemis du bien plus puissants, les mauvaises doctrines plus universellement répandues, les mœurs publiques plus perverties, les dangers de l'Église plus extrêmes, la haine contre la Compagnie de Jésus plus vive. En de tels temps, ce qu'il faut redouter, c'est la pusillanimité, la faiblesse. Soyons incon fusibles; élevons-nous au niveau de nos épreuves. Si nous n'avions plus d'épreuves, alors seulement il faudrait trembler; le diable alors ne tenterait rien contre nous, parce qu'il n'aurait rien à redouter de nous. C'est bon signe qu'il s'agite, s'irrite et résiste. »

Mais d'autre part, l'ouvrier apostolique ne voulait pas qu'on calomniât trop ce siècle, où le bien heurte

dit l'un d'eux^ que le P. Olivaint mangeât la moitié de ce qui lui était nécessaire et de ce que les autres religieux mangeaient à leurs repas ordinaires. » — «Nous en étions réduits, ajoute un autre, à nous plaindre au P. Provincial de ce que le P. Olivaint ne s'épargnait en rien et s'épuisait. »

1. Sollicite cura te ipsiim probabilem Dco exhibere operarium incon fusibilem. (Il Tim., u, 15.)

partout le mal; c'est ce champ, et non pas un autre, que le père de famille nous ordonne de cultiver : il serait trop aisé de le maudire en se croisant les bras.

« Ne nous prenons pas à souhaiter des temps moins troublés, parce que l'apostolat y était plus facile ; peut-être avons-nous autrefois demandé les missions lointaines où l'apostolat est plus laborieux: réjouissons-nous d'avoir en compensation quelque chose à souffrir pour le nom de Jésus-Christ.

« Après tout, ne nous exagérons pas, comme les alarmistes, les misères de notre temps. Que de signes heureux ! que de retours consolants, présages de nouveaux retours! Quelle n'est pas la faiblesse de nos adversaires au point de vue des doctrines ! Quel besoin de Dieu dans le cœur d'un grand nombre, besoin d'autant plus grand qu'ils ne l'ont jamais connu! Et puis est-ce que la grâce et le sang de Jésus-Christ ont perdu leur efficacité? Non sans doute. Nous sommes bien faibles : Infirma mundi elegit Deus M — Un saint Vincent de Paul n'y ferait rien, disait un prêtre découragé. — Aucontraire, seulunsaintpeut faire quelque chose. Ce sont les saints qui nous manquent. C'est là le plus grand besoin de notre temps. Soyons des saints, donnons satisfaction à ce besoin : comme facilement on fera face alors à tous les autres'^ !»

Un saint! Voilà, pour tou résumer d'un mot, ce que, plus que jamais dans cette dernière phase de sa vie, le P. Olivaint voulut devenir. Dans quelle mesure

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