CHAPITRE XV
pas d'autre prêtre au monde, pour que je me décidasse à me confesser à lui. — Et pourquoi donc, dit son amie ? » Après une minute de réflexion : « C'est qu'il me semble qu'il connaît déjà tous mes défauts. -— EIi bien, alors ?....5>
Celte simple interrogation fit jaillir la lumière. Quelques jours après, cette âme, jusqu'alors inquiète et bésitante, trouvait auprès du directeur qu'elle avait tant redouté, le calme, la générosité et la force, Les résistances de la nature prouvaient bien que tout avait été surnaturel dans la démarche qu'elle avait faite, comme dans l'accueil qu'elle avait reçu.
Le fait suivant fera comprendre à quel point le P. Olivaint s'était affranchi de toutes considérations humaines dans l'exercice de ce fructueux apostolat.
Quelques mois avant son départ de Vaugirard pour la rue de Sèvres, une nouvelle se répandit parmi les nombreuses pénitentes du Père Olivaint : désormais son confessionnal ne devait plus s'ouvrir à personne. Qu'était-il arrivé ? Nous le dirons simplement, pour mettre en évidence l'obéissance et le dégagement surnaturel du religieux.
Le ministère de la confession détournait-il le recteur des soins qu'il devait au collège? rien n'est plus douteux ; il semblait, au contraire, que l'action salutaire exercée sur les mères dût profiter aux enfants. Mais, à ce sujet, une observation fut faite, un simple conseil fut donné. « Je vous exprime un désir »... disait le P. Provincial. Aussitôt sans se permettre la moindre objetion, ni le moindre délai, ce directeur
aussi humble que sage, aussi obéissant que zélé, se soumit avec la simplicité d'un enfant.
Le sacrifice fut agréé de Dieu. Peu de temps après, le P. Olivaint, appelé à la maison delà rue de Sèvres, succédait au P. de Ponlevoy et au P. de Ravignan dans la direction de l'œuvre des Enfants de Marie. Dès lors il pouvait dire : « Quelle Providence sur moi! Comment Jésus m'a-t-il amené ici? On dirait que dans sa délicatesse il m'offre consolation, réparation, pour ainsi dire *. »
Cet acte d'obéissance abondamment béni expliquerait à lui seul la fécondité extraordinaire de l'apostolat du P. Olivaint. L'instrument était si absolument abandonné à la main du divin Ouvrier!
Une fois qu'on s'était mis sous la conduite du P. Olivaint, on devait secouer toute lâcheté, toute paresse spirituelle et tendre courageusement au mieux, il ne souffrait pas la médiocrité dans les aspirations d'une âme chrétienne, d'une âme religieuse surtout. « Jésus-Christ vous veut ! » disait-il avec un inimitable accent. Et pour ranimer l'ardeur si vite défaillante, il répétait, dans ses brèves exhortations et dans ses lettres également laconiques, sa chère devise: Courage et confiance! Cette devise, à dire vrai, n'est sienne que par l'adoption particulière et l'usage persévérant qu'il en a fait. N'est-elle pas de tous les saints, et du Roi des saints lui-même? Jésus-Christ, dans l'Évangile, n'a-t-il pas continuellement aux lèvres la môme parole? « Confiance, vos péchés vous
l. Journal des RctrmteSf 18G5j llj p. 212.