CHAPITRE XVI
retard justifié par toutes les préoccupations de la vie active, surtout si la guerre éclate'. »
Tant de prières ferventes touchèrent le cœur de Dieu. Le vieux maréchal sentit la lumière se faire dans son esprit, tous ses doutes se dissiper et un mystérieux attrait le pousser dans le sein du catholicisme, n s'en ouvrit, avec sa franchise habituelle, à celle qui n'avait vécu que pour lui obtenir ce bonheur. La mort, disait-il, approchait : ceux que réunirait la même tombe, devaient avoir une même foi ici-bas, afin de se retrouver ensemble dans une autre vie.
ce Magnificat!... Te Dewm!... s'écria le P. Olivaint avec transport. Voyez-vous que la sainte Eucharistie a exercé sur lui sa toute-puissante influence! Je ne saurais vous dire à quel point je partage votre joie. »
Peu de jours après, eut lieu la première entrevue du maréchal avec celui qui depuis si longtemps s'intéressait à son âme. L'entente s'établit aussitôt. «Le bon maréchal, écrivait son nouveau guide, a une droiture et un mouvement du cœur qui me touchen* profondément. »
Enfin, après que le noble vieillard eut été suffisamment instruit du dogme catholique, le jour fut fixé pour sa réconciliation avec la sainte Église. Le 2 2 décembre 1867, dans l'humble chapelle d'un orphelinat, en présence du P. Olivaint et de deux témoins, le maréchal déclara « reconnaître l'Église catholique pour la seule véritable Église, faire profession de la
1, Lettre du 23 juillet 1867.
religion catholique, apostolique et romaine et re^ noncer à l'hérésie de Calvin. «
Depuis lors, il apporta au service de Dieu une fidélité que le P. Olivaint appelait « militaire «.
« J'admire vraiment, écrivait-il, la grâce de Dieu dans cette âme si droite; comme il prend simplement les choses! »
Une particulière amitié unit jusqu'à la fin le prêtre et le soldat.
Le 22 juillet 1870, le P. Olivaint adressait au maréchal la lettre suivante.... « Laissez-moi, monsieur le maréchal, vous témoigner le bonheur que j'ai ressenti d'être auprès de vous l'instrument de la grâce de Dieu. Je vous ai voué un attachement sincère et profond. Je vous suivrai de cœur sur cette terre d'Afrique ' où par votre esprit chrétien vous avez fait tant de bien autrefois, où vous ferez bientôt, maintenant que vous êtes plus près de Dieu, plus de bien encore. »
De son côté, le maréchal exprimait avec bonheur sa reconnaissance au P. Olivaint « pour tous les secours spirituels qu'il lui avait prodigués. Je vous prie de croire, ajoutait-il, que je n'oublierai jamais ce que je vous dois à ce sujet, car j'y trouverai une consolation et un soutien dans les adversités dont la vie est ici-bas parsemée, et une confiance bien grande pour cette vie qui nous est réservée dans le ciel. «
Le maréchal entrevoyait le terme ; il l'atteignit
I. Le maréchal Randon, nommé de nouveau gouverneur général de l'Algérie, fut contraint, prcsqu aussitôt, de résigner ces hautes foncjions. {Mémoires, II, p. 31U.)