CHAPITRE XVII
Le siège de Paris. — La Commune.
Les dernières années qui précédèrent les douloureux événements de 1870, furent signalées par la recrudescence des passions révolutionnaires et antireligieuses. L'Église, les congrégations, les jésuites, dénoncés à la tribune du Sénat et du Corps législatif, redevinrent le thème habituel des déclamateurs de clubs et des journalistes de faubourgs; le dévergondage des idées fomentait le désordre et préparait l'émeute.
Le P. Olivaint suivait d'un regard attristé les progrès du mal. La faiblesse du pouvoir en face des manifestations démagogiques, l'apathie des bons, leurs divisions intestines lui faisaient prévoir, à courte échéance, la catastrophe; mais ce qui l'inquiétait plus que la violence des ennemis de l'ordre social, c'était la timidité de ceux qui auraient dû le défendre. Les catholiques eux-mêmes, à les considérer en général, ne lui paraissaient pas déployer un
courage égal au péril. Nous trouvons, dans ses notes, cette plainte énergiquement exprimée : ^c Coiiduite des catholiques, — Gomme ils s'eilacent, au lieu de s'affirmer! comme ils se trahissent, au lieu de se soutenir ! comme ils se retirent, au lieu de s'avancer ! comme, seuls, ils font des concessions! comme ils exaltent leurs adversaires et rabaissent leurs défenseurs ! comme chacun prétend avoir exclusivement l'Église pour soi et lutte contre les autres !... «
Le profond chagrin qu'il éprouvait à ce spectacle était, grâce à Dieu, adouci par le zèle et la générosité que plusieurs déployaient au service de la religion et du pays. Il était heureux, par exemple, quand quelques-uns de ses enfants, au club du Pré-aux-Clercs ou du Vieux-Chêne, avaient affronté bravement la colère ou les sarcasmes d*un auditoire hostile pour défendre la vérité et venger l'honneur de l'Église.
En voyant se multipher les attaques contre la Compagnie de Jésus, le P. Olivaint se dit que l'heure était venue de souffrir sans faiblesse la persécution dont le mystérieux attrait avait naguère décidé de sa vie. Il ne cessa de conseiller la résistance par toutes les voies légales, mais sans se faire illusion sur le résultat; il savait qu'en temps de révolution la loi n'est plus qu'un vain mot. Tout son espoir était en Dieu : « Nous retiendrons sur nous et sur V nos œuvres la bénédiction d'en haut, écrivait-il dans un mémoire adressé au P. Provincial, si nous sommes vraiment religieux, religieux avant tout. Devant la loi, c'est le citoyen qui sauve le religieux; mais, dans la pratique et devant Dieu, il est bien plus vrai