CHAPITRE XVJII
Quand le Frère arriva au lieu ae retraite du P. Caubert, il le trouva en prière. Il était environ dix heures et demie du soir. Après une brève explication : cLa clef est là-bas! dit simplement le Père; est-il nécessaire d'y aller? — Le Père Supérieur est dans l'embarras, il vous appelle. » A ce mot, l'obéissant religieux se lève, prend son chapeau et part.
Tout cela fut l'affaire de vingt minutes. Apercevant le P. Caubert en costume laïque, le P. Olivaint dit à Lagrange : « Voici le Procureur. » Ce dernier exposa paisiblement qu'il n'y avait absolument rien dans sa caisse; le siège avait épuisé les dernières ressources et l'on avait même dû, peu de jours auparavant, emprunter quatre cents francs pour payer le boucher et le boulanger. Le coffre en effet fut trouvé vide. Lagrange, furieux, se retourna vers les siens : «Nous sommes volés, criait-il. Mais ce sont là des ruses jesuitiques, elles sont parfaitement connues. Eh bien, puisqu'il en est ainsi, vous, monsieur le Supérieur et vous, monsieur le Procureur, je vous arrête par ordre du préfet de pohce et de la Commune. Vous allez
deux mois après le P. Olivaint, il Ht son noviciat à Saint-Acheul et prononça ses premiers vœux à Brugelette, le 31 juillet 1847. Il se trouva sur les bancs de la classe de théologie, à Laval, avec Pierre Olivaint, puis, ordonné prêtre, il ne cessa d'être employé dans diverses maisons comme ministre, procureur et confesseur : au grand sémiaire de Blois trois ans, à l'école Sainte-Geneviève sept ans, à la maison de la rue de Sèvres dix ans. Il avait fait sa troisième année de probation à Notre-Dame de Liesse, en 1853, et ses derniers vœux, le 15 août 1855, clans la chapelle de la rue Lhomond. C'était un homme admirablement humble, d'une piété simple et solide, très-recueilli, et fort avancé dans les voies spirituelles. Sous ces apparences modestes se cachait un grand cœur.
nous suivre. — Soit, nous vous suivrons, » répondirent les deux futurs martyrs, d'une même voix et d'un même cœur.
Au milieu des vociférations et des injures, on entendit le P. Olivaint dire de sa voix ferme : « C'est bien ! » Sous la garde de deux jeunes fédérés, il remonta un instant dans sa chambre, y prit un peu de linge, son bréviaire et but un verre d'eau.
Il se retrouva bientôt à la porte avec le P. Gaubert (}ui l'attendait en priant, et le P. Lefebvre, qui suppliait en vain qu'on voulût bien l'emmener avec ses
Frères.
Une foule considérable encombrait la rue et stationnait à la porte. On n'avait pu trouver aucune voiture; le long trajet dut se faire à pied. Le jeune Frère Gautier, enfant bien-aimé du P. Olivaint, courut après lui pour l'embrasser encore. Le Père l'aperçut, le pressa dans ses bras, lui fit un signe de croix sur le front, en lui disant: « Allez -vous-en, mon enfant; ne vous faites pas arrêter; c'est assez de nous. »
Bien qu'il fût onze heures et demie du soir, les fédérés s'attardaient et répondaient mal à l'appel du tambour. « Nous n'avons pas été à la cave,'criaient-ils ; nous avons oublié le meilleur. » Lagrange les apaisa en leur promettant de les ramener bientôt. Tout ce qu'on en put réunir, car plusieurs avaient disparu, forma la haie, et les deux captifs, ainsi escortés, se mirent en marche. Dans la foule les uns disaient :« Il y aeu quelque chose, ce sontdes suspects. »Mais d'autres : « Pourquoi les emmenez-vous? que vous ont-ils fait? » Le plus grand nombre témoignait une muette