CHAPITRE XVIII
Voici, daté du 5 mai, le bulletin de sa santé : « J'espère que ce mot vous parviendra. Comme je vous remercie de toutes vos bontés ! Je mets ma reconnaissance à compter tout à fait sur vous. J'en suis bien sûr, vous voulez de mes nouvelles avec quelques détails. Je me croirais ingrat envers vous, f: je ne vous disais rien. Les rhumatismes sont revenus, mais je suis resté maître, et il n'en est plus question. Ma bronchite n'a pas reparu. Je tousse le matin, mais très-peu. Je ne me sens pas la poitrine fatiguée.
« Mais passons à un autre sujet. Je suis au trenteunième jour de ma retraite. Pour me reposer un peu, je n'ai fait aujourd'hui que trois méditations. Ah! si je pouvais, au spirituel, avoir cette ardeur du généreux Basque qui a fait le livre des Exercices î Toutefois, je bénis Dieu.
« Je garde vos livres de Tautre jour : vous avez eu la main heureuse. Tâchez deme procurer: 1" la Théologie dogmatique du P. Schouppe; 2<* Quelque chose de sainte Thérèse.
a Je pense que plusieurs des nôtres sont dans la même division que moi ; mais nous n'avons aucun rapport. C'est la solitude complète.
« Nos surveillants sont très-honnêtes et très-bons. Ils nous remettent avec beaucoup de complaisance les petits soulagements que l'on nous apporte. Le plus dur, c'est d'être sans nouvelles de tous ceuxauxquels on s'intéresse. Mais il y au troisième livre de Vlmitalion un chapitre dix-septième qui me fait rentrer dans l'abandon de plus en plus. »
Le 7 mai: « Je continue d'aller bien. Je poursuis ma retraite. Je deviens Chartreux. De cœur à tous. »
Le 9, il demande encore des livres: la Théologie morale du P. Gury, la petite histoire de l'Eglise de l'abbé Darras. « Santé bonne, et la retraite va bien toujours. C'est vous dire que je n'engendre pas mélancolie. Fiat! ^^
« Ne vous inquiétez pas pour les aliments chauds, écrit-il encore. J'ai quelquefois fait apporter du chaud par le commissionnaire, mais le froid ne me fait pas de mal. C'est étonnant comme on se façonne à tout! Dites-vous bien qu'après tout je ne suis guère à plaindre. Je reçois bien plus qu'il ne me faut. Toutefois, j'ai une grande consolation, c'est, quand j'ai trop, d'envoyer quelque chose à ces malheureux auxquels personne ne s'intéresse. Si je pouvais donc aussi facilement les aider à trouver la vie de l'âme! »
Le pain eucharistique, à l'aide de précautions infinies et des préparatifs les plus délicats, était parvenu une première fois au captif de Jésus-Christ. Depuis lors, le P. Olivaint ne cessait de soupirer après une nouvelle visite du divin consolateur. Dans une lettre datée du 12 mai, il fait une allusion discrète à son désir, dans un langage inintelligible pour tous ceux qui n'étaient pas du pieux complot.
« Aujourd'hui, un mois que je suis à Mazas. Ah! certes, je n'avais pas prévu que j'y viendrais jamais! Après tout, quand on vit avec Dieu, on peut se trouv<^r bien même à Mazas.
« J'ai reçu votre lettre et aussi vos provisions: merci, encore, encore et encore ! Mais remarquez