CHAPITRE III
férc ; il portait partout avec lui un petit exemplaire de SCS œuvres, d'une édition estimée, mais tout usé plus encore aux pages qu'à la couverture, et il l'avait lu tant de fois, qu'il pouvait le réciter par cœur presque tout entier. Deux événements avaient marqué sa vie d'écolier : une infortune pour laqiielle il fut universellement plaint, un triomphe, qui ne lui fit aucun jaloux, tant il était aimé. Il avait mérité, en seconde, le premier prix de vers latins au grand concours; mais, sur les réclamations d'un autre collège qui prétendit avoir fait déjà la même composi* tion, le résultat, connu pourtant, fut déclaré nul. Félix prit noblement sa revanche en rhétorique où il obtint le premier prix de poésie latine, et il l'eut encore, comme vétéran, au concours de 1835, avec le grand prix d'honneur.
Dans cette dernière circonstance, le jeune lauréat fut, selon la formule classique, couvert de gloire. M. Yillemain combla d'éloges son élégante latinité, acquise, disait- il avec raison, grâce à la culture assidue des vers latins. Puis Félix fut invité à la table du roi. Conduit aux Tuileries, comme un triomphateur, dans une voiture de la cour, accueilli avec bonté surtout par la reine Marie-Amélie, le rhétoricien, après avoir admiré la bibliothèque du château, dont Louis-Philippe lui-même lui fît les honneurs, reçut, en souvenir de ce grand jour, une magnifique collection des poètes latins, marquée aux armes royales.
A l'École normale, dont il franchissait le seuil en même temps que Pierre Olivaint, le brillant élève
kQ PIERRE OLIVAINT.
d'Henri IV maintint au même niveau sa réputation. On l'admirait pour son talent; on le chérissait pour l'exemplaire régularité de sa conduite, Tamabilité de sa vertu, l'élégante simplicité de sa personne, la suavité de son sourire, de sa voix. Tout en lui révélait le poëte, et sa vue avait un charme indéfinissable qui gagnait les cœurs. Dieu lui avait donné pour ange visible, un de ses condisciples d'Henri IV et de la pension Hallays-Dabot, devenu son camarade d'école. Dès lors, il y eut trois inséparables : Pierre, Félix et Charles Verdière. Ces jeunes gens professaient le même enthousiasme pour les conférences de Notre-Dame, et c'était, entre eux, un premier lien de sympathie. Puis, leur âme était hvrée au même travail intérieur de la grâce. Charles était pleinement revenu à la pratique des devoirs religieux; Pierre essayait les premiers pas ; Félix s'était arrêté à moitié route. Au fond, celui-ci était déjà la conquête de Dieu qui daignait user, pour vaincre son cœur, des armes auxquelles il résistait le moins : l'éloquence et l'amitié. Mais il était dans sa nature d'hésiter avant toute détermination importante. Aux pressantes exhortations de son meilleur ami, Félix, tout absorbé dans ses préoccupations d'examens et de concours, avait fait, toute une année, la même réponse. « Quand je serai à l'École, » disait-il doucement; promesse bien loyale, mais dont le terme plus éloigné ne l'effrayait pas autant.
On était à la veille de Pâques 1837 ; c'était un jour de sortie, et la plupart des élèves avaient quitté l'École. Félix resté seul, pensif, s'était assis près du