CHAPITRE IV
serait bien mal interprétée, si on en induisait que son but fût de faire des discours sur la charité, et de discuter sur les améliorations à introduire dans le sorl des classes pauvres.
ce En se plaçant dès l'origine sous l'invocation de saint Vincent de Paul, afin d'obtenir par ce grand serviteur de Dieu quelques rayons de l'esprit de charité et de foi dont il élait enflammé, la Conférence indiqua assez nettement que ce n'était point par des études purement théoriques, mais par des œuvres et uniquement par des œuvres, selon la mesure de sa faiblesse, qu'elle se proposait de suivre de loin les exemples de son bienheureux patron.
« Les premières réunions eurent lieu au mois de mai 1833. Elles ne se composaient alors que de huit membres, et ce fut peut-être un avantage, parce que, dès le début, grâce au petit nombre des associés, s'établirent dans la Conférence ces habitudes de cordialité, ces façons affectueuses, simples, familières, dont, grâce à Dieu, la tradition ne s'est pas perdue. Ceux qui firent partie de ce groupe primitif, garderont toute leur vie l'heureux souvenir des amitiés qu'ils y formèrent. »
Voilà l'histoire que Pierre Olivaint nous a laissée des commencements modestes de cette œuvre inspirée, à notre époque d'indifférence et d'égoïsme, par la foi et la charité catholiques. Comme le P. Lacordaire le remarque, il y avait là une démonstration sensible de la divinité du christianisme. « Ces huit jeunes gens, dit -il dans la notice qu'il a consacrée au plus illustre, Frédéric Ozanam, ces
huit jeunes gens eurent donc cette inspiration, de prouver une fois de plus que le christianisme peut en faveur des pauvres ce qu'aucune doctrine nu pu avec lui et après lui; tandis que les novateurs s'épuisaient en théories qui devaient changer le monde, eux, plus modestes, se prirent à monter les étages où se cachait la misère de leur quartier. On les vit, dans la fleur de l'âge, écoliers d'hier, fréquenter sans dégoût les plus abjects réduits et apporter aux habitants inconnus de la douleur la vision de la charité. La charité est belle en quiconque l'accomplit,... mais c'est dans le jeune homme qu'elle apparaît tout entière, telle que Dieu la voit en lui-même au printemps de son éternité, telle que Jésus la voyait au jour de son pèlerinage sur le front de saint Jean. Fille de la foi, Ozanam et ses amis voulurent lui confier la leur comme ù une mère, et ce fut leur intention que la charité servît de médiatrice aux générations de leur siècle et y versât la lumière que le raisonnement éperdu y répandait en vain. «
Comme la Conférence de Saint-Étienne du Mont, mère de toutes les autres, celle de Saint-Sulpice était presque exclusivement composée de jeunes gens des Écoles'. C'est à ce second cénacle que Pierre Olivaint, dès l'année de sa conversion, était venu se présenter. Mais au mois de juin 1839 il fut
l. La police ayant conçu, bien à lort^ quelques soupçons ou sujet de ces inoffensives réunions de charité tenues à Saint-Sulpice, trois a°-ents furent clandestinement envoyés pour les surveiller. Mais quelque temps après, le commissaire de police se plaignait de ce qu'ils étaient devenus tous trois dévots.