CHAPITRE V
coulaient sur ses joues; je ne pus m'empcclicr de pleurer, je n'osais plus lui parler.... >^
Cependant, plusieurs personnes, averties de cette détermination imprévue, conjuraient Pierre de renoncer à son projet. Un vieil ami de la famille, égaré par la colère et la douleur, maudissait «v l'infâme Hippolyte «et traitait Olivaint de lâche, de jésuite, ce (lui, dans sa bouche, était la dernière injure. Il voulait, disait-il, aller trouver Lacordaire, pour Implanter six pouces de fer dans la poitrine.
Un homme plus maître de lui, sincèrement dévoué à Pierre dont il voulait protéger, la carrière dans l'Université, M. Douillet, intervint vainement à son tour. Les intimes confidents d'Olivaint le trouvaient profondément triste, mais inébranlable.'
« Il devait partir le lendemain mardi, poursuit le témoin cité plus haut. J'allai chez sa mère, et presque aussitôt il arriva. En entrant, il alla droit à Mme Olivaint, lui prit la main, puis l'embrassa sans rien dire: leslarmes l'étoulTaient. Il s'enferma quelques instants avec elle, et je l'entendis sangloter. Sa mère, quand elle revint, n'avait rien obtenu. Je ne savais que penser ; j'aurais presque accablé Olivaint de reproches : résister aux larn^ies de sa mère! Enfin, je m'assis auprès de lui. Il me serra les mains, sans me laisser le temps de lui parler: « Je ne t'en veux pas, me dit-il, j'en aurais fait autant à ta place, mais je ne suis pas le maître : je sens quelque chose qui m'entraîne.... « Je ne pus que lui dire quelques mots, l'heure était venue pour moi de me retirer. D'ailleurs, je pensais qu'un tiers serait peut-être de trop : il lui fallait le
spectacle de sa mère accablée de douleur.... J'ai su depuis qu'elle ne lui avait rien dit. Après être restée quelque temps avec lui, elle s'était enfermée dans sa chambre pour donner libre cours à ses pleurs. C'est alors que Pierre, enfin vaincu, alla lui promettre de ne pas partir. Elle l'emmena aussitôt chez son protecteur, M. Bouillet, pour lui faire renouveler sa promesse. Elle voulait l'engager, elle craignait une rétractation : elle en serait morte, je crois. Quelle triste affaire, mon cher ami ! Je ne comprends pas même qu'Olivaint ait seulement pu concevoir l'idée d'abandonner sa mère.
ce Hier, elle est allée le voir à l'École; il était tout à fait calme. Pendant qu'elle causait avec lui, Hippolyte apporta la réponse de M. Lacordaire : Olivaint avait passé la nuit à lui écrire. M. Lacordaire l'approuve; Hippolyte seul sera dominicain. H voulait éviter tout chagrin à Mme Olivaint et parlir sans rien dire à la place de Pierre, dans le cas où le choix serait tombé sur celui-ci. H mérite plutôt des éloges. J'étais fâché d'avoir mal jugé Hippolyte; je lui en ai offert des excuses. H s'est mis à pleurer, en me disant qu'il ne m'en voulait nullement. H était temps de mettre un terme à toutes ces scènes.... »
Pour compléter le récit, il ne reste plus qu'à transcrire la touchante lettre de Pierre Olivaint au P. Lacordaire.
« Vous aviez bien raison dédire, monsieur, que le plus fort obstacle était du côté de ma mère. Je l'ai bien mieux compris encore quand je suis allé lavoir, après vous avoir quitté. J'étais entré dans une église pour