‹ Pierre OlivaintChapitre 55 sur 293 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

se remplissent, il est vrai; les jeunes gens se convertissent ; mais il n'y a pas assez d'hommes qui communient, n semble qu'ils aient honte d'approcher de Tautel. Le respect humain les arrête ou l'indifleience les aveugle. Il faut tuer le respect humain en nousmêmes d'abord, puis dans les autres. Il faut tuer l'indifférence. Les exemples d'une vie sainte, de bonnes et nombreuses prédications y feront beaucoup. Il y a tant à espérer des dominicains! Si on les empêche de s'établir en France, tant mieux ! Ils auront plus de force et d'influence si on les chasse, et de la frontière ils seront tout-puissants. Il y aura des émigrations vers eux et un grand mouvement se fera.

« Il faut que tu écrives pour moi à M. Lacordaire, et fais lui les questions suivantes :

r S'il consentirait à me recevoir cette année;

2° S'il faut del'argentouune pension annuelle pour entrer dans l'Ordre, ce qui malheureusement serait pour moi un obstacle ;

S"* Ce que coûte le voyage, — s'il en coûte davantage d'aller par terre ou par mer.

« J'ai bien pensé à une objection que tu me feras . Il faut être robuste pour être dominicain, il faut avoir une santé éprouvée, ce que je n'ai pas, il est vrai. Mais si j'ai assez de force pour être professeur de philosophie, j'en aurai assez pour être dominicain. Car le métier de professeur n'est pas une sinécure, et comme je voudrais savoir ce que je dis, cela ne me coûterait pas peu de peine de faire une leçon tous les jours, et d'ailleurs il me répugne de commencer à parler dès maintenant ; je n'ai pas assez de science et je serais

forcé de me faire des opinions philosophiques au jour le jour. Ce sont là des tours de force inutiles.— Si d'un autre côté je ne dois pas vivre longtemps et si les fatigues d'une vie occupée doivent me tuer, j'aime mieux mourir en étudiant la religion qu'en enseignant la philosophie, et il faut que je fasse l'un ou l'autre. Il ne m'est pas donné de vivre en rentier et tout paisiblement. Ainsi donc, fatigue pour fatigue, j'aime mieux un travail dont le moindre avantage sera d'être utile cà mon âme et à mon salut, qu'un travail qui ne me rapportera que des rêves et des imaginations vaines. L'exemple seul d'ailleurs aura peut-être quelque influence, et quand je devrais seulement ramener deux ou trois jeunes gens, j'aimerais mieux cela que beaucoup de leçons de philosophie inutiles. «

'< Je vous ai copié fidèlement, mon père, la plus grande partie de la lettre d'Hernsheim, pour que vous puissiez juger de ses dispositions. Je me serais reproché d'ailleurs de substituer ma manière d'exprimer ce qu'il éprouve à la sienne. Quand je me rappelle toutes les circonstances de sa conversion, quand je vois par quelle mystérieuse influence il est poussé et avec quelle ardeur il entre dans la voie nouvelle, je ne puis m'empêcher de croire que Dieu a sur cet homme des desseins particuliers et qu'il veut en faire un des fermes soutiens de son Église. Déjà il lui avait donné le talent et les forces pour écrire et parler, et maintenant il vient de lui donner la foi dans laquelle il trouvera une force bien autrement puissante. Hernslieim a été frappé comme Saul et, d^ persécuteur, il

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